Les meilleures choses ont une fin
…
Depuis trois ans que j’écris, j’essaye d’apprivoiser certaines notions, un diagnostic probable, un vocabulaire spécialisé, des questions théoriques… je cherche à comprendre
à me comprendre et à comprendre les autres
depuis trois ans, je cherche à comprendre et je ne comprends pas mais ce n’est pas très grave,
j’ai appris beaucoup de choses qui me seront utiles…
J’ai fait toutes sortes de rencontres sur internet et je me souviendrai très longtemps de certaines personnes
je remercie ceux qui m’ont encouragée.
Je ne sais pas si je vais bien
je ne sais pas si je vais mal
je crois que tout ceci ne veut rien dire…
je suis en vie
portée par le tumulte,
probablement à l’instant le plus lucide de ma vie, le plus lucide et le plus complexe…
je suis à cet instant où je ne suis plus malade sans être guérie pour autant.
Je pars car il est grand temps
j’ai peut-être trop parlé ou plutôt trop écrit
j’ai eu l’impression étrange, parfois, de parler à la place des autres… ceux qui souffrent en silence
et je quitte internet, aujourd’hui,
sans aucun regret.
Cép

par Cepaduluxe
A la fin il y a une lassitude
l’envie de tout oublier
de tout renier
de tout recommencer
à la fin, il y a un doute
une curiosité infinie
une envie légitime de tout comprendre
une incompréhension globale, totale, énorme, presque définitive, face à un passé qui s’estompe, et qui, ainsi qu’un fantôme fugace, se laisse voir au moment même ou il disparait
à la fin, il y a le désir de mener une vie simple
laborieuse
raisonnable
une vie précautionneuse
une vie de petit comptable, de petit bonhomme, de petit soldat brave et sérieux, de petit personnage installé dans sa cabane, son environnement familier, son environnement reconstruit
une vie de personne modeste qui ne veut rien détruire
qui cherche la paix
il y a une peur
la peur que tout recommence
la peur de la rechute
la peur des émotions trop fortes, trop vibrantes, des émotions qui entrent en résonnance avec l’intelligence et menacent de s’imposer par la force
la peur des raisons particulières, des raisons paradoxales, des raisons monotones et répétitives au bord de l’obsession
la peur de tout ce qui diffère
de tout ce qui pourrait
peut être
ranimer le dragon
à la fin il y a l’économie
une vie parcimonieuse
fragile et dérisoire
il y a la fatigue et la patience
il y a le souci de la qualité
qualité des gestes et des pensées
remplaçant la quantité
remplaçant la multitude
il y le besoin de calme et de confort
le besoin de réconfort
l’envie de vieillir en douceur
l’envie de connaitre certains plaisirs
il y a quelques reproches
de l’amertume face au bilan comptable d’une jeunesse impossible
et disparue sans avoir existé
il y a quelques sentiments durs et cruels qu’on voudrait opposer à tous ceux qui ont joué l’indifférence au plus mauvais moment
et il y a la honte
à la fin, il y a une sympathie nouvelle pour celles et ceux qui souffrent,
pour celles et ceux qui diffèrent
s’égarent
se condamnent
ou sont condamnées
pour celles et ceux que la vie renverse à chaque pas
pour celles et ceux que tout le monde accuse
à la fin, il y a l’envie que tout change
que la société soit plus juste, plus accueillante, plus fraternelle, moins exigeante
il y a de nouveaux rêves et de nouveaux espoirs.
par Cepaduluxe
publié dans :
vivre avec
au debut, il y a un glissement
un glissement du monde et des circonstances
un glissement vers un monde qui n’existe pas
une modification des habitudes et des conventions
un élargissement de certaines perpectives intellectuelles
une résonnance infini de certains sons, de certains mots
un désordre
une accélération
un changement de cap
comme une transformation régie par des lois absurdes
au début il y a cette impression que tout devient plus dur, plus tragique, plus difficile,
que plus rien n’est innocent
il y a cette impression d’entrer dans un monde étranger auquel on ne s’habituera pas
d’entrer dans un monde inconnu et sophistiqué
de devenir un visiteur
un passager
d’être en permanence chassé
d’être en permanence cet intrus injustifié qui s’obstine à s’inviter, qui s’obstine à exister, qui tente de résister, qui tente de s’imposer,
qui tente de se maintenir
et qui n’y parvient pas
au début, il y a l’invention de nouveaux personnages
et de nouvelles règles
passablement esthétiques
plus en accord avec le nouveau monde
et la modernité
d’une épopée tranchante
au début, il y a cette impression d’une nouvelle existence
d’une nouvelle naissance
dans un monde nouveau
que les autres ne connaissent pas
au début, il y a
ce dénouement des liens
les liens qui nous reliaient à la famille, la société, à la communauté
les liens qui nous tenaient
qui nous tenaient debout
les parents, victimes et coupables, cessent d’être nos parents
et nous, victimes et coupables, cessons d’être leurs enfants
les professeurs cessent de nous enseigner
la transmission est interrompue
le savoir ne passe plus
et c’est une autre savoir, surgi des tréfonds d’une mémoire ancestrale, d’un inconscient trop ambitieux, qui vient s’imposer en guise de science et de connaissance
au début, nous cessons d’être les sujets d’une jeunesse pour devenir les objets d’une maladie
les objets honteux ou fascinants
les objets qui font peur et font dire des bêtises
les objets qui donnent aux mandarins des motifs d’éloquence
des motifs de jouissance
les objets qui font prendre de grandes décisions
des hospitalisations
des couloirs carrelés dans lesquels déambulent avec circonspection d’autres objets aux figures inhabituelles, aux gestes mécaniques, au verbe haut…
les couloirs illuminés de l’institution
au début, nous devenons les sujets de préoccupation de l’institution
au début il y a la fin d’une alliance
la fin d’une reconnaissance
la fin d’une solidarité
c’est le début d’une solitude
d’une solitude définitive
d’une solitude qu’il faudra expérimenter, de long en large et en travers
au début il y a une angoisse atroce et une révolte à la hauteur
au début il y a cette impression que tout a changé et que rien de nouveau ne s’est inventé
au début, il y a cette impression que tout est détruit
au début, tout est nouveau
au début,
avant qu’on s’inquiète
avant qu’on accepte
avant qu’on devienne patient.
par Cepaduluxe
publié dans :
vivre avec
“La pire souffrance est dans la solitude qui l’accompagne”
André Malraux
“Au fond, c'est ça la solitude : s'envelopper dans le cocon de son âme, se faire chrysalide et attendre la métamorphose, car elle arrive toujours.”
August Strindberg
“La solitude est un enfer pour ceux qui tentent d'en sortir ; elle est aussi le bonheur pour les ermites qui se cachent.”
Abe Kobo
par Cepaduluxe
publié dans :
vivre avec
On pourrait croire qu’elles sont réalistes, réelles, très réelles… et on est encore au dessous de la réalité
les hallucinations sont souvent encore plus réelles que la réalité, car elles ont ceci de particulier qu’elles prennent toute la place dans le champ de la conscience et de la perception
alors qu’une perception réelle laisse place à d’autres perceptions annexes, laisse place à la critique, laisse place au jugement et à la réflexion… une hallucination s’impose et envahit son territoire comme une vague submergeant tout sur son passage
elle s’impose avec la force de l’évidence et ne souffre pratiquement aucune contestation
elle s’impose comme une vérité plus forte que tout.
C’est sûrement cela qui la rend si traumatisante et si difficile à chasser,
c’est sûrement cela qui lui donne son pouvoir.
par Cepaduluxe
publié dans :
vivre avec












