Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
22 mars 2012 4 22 /03 /mars /2012 21:23

Les médicaments servent à nous contenir, parce qu'il paraît qu'on a tendance à déborder, et quand on réussit à reconstruire l'armure qui nous empêchera de nous déliter, il servent encore à nous protéger.

Nous protéger de quoi, on ne sait pas très bien.

Des rechutes, de notre peur, de l'angoisse de notre médecin.

 

Ils nous permettent d'obéir à cette idée selon laquelle on ne guérit pas.

Et d'être fidèle à un diagnostic dont on s'est beaucoup servi.

 

Donc on se retrouve à prendre un médicament qui n'a même pas besoin d'être efficace… une petite dose au cas où, une petite dose pour respecter certaines obligations de prudence.

 

Ces petites doses dont aucune expérience n'a cherché à mesurer l'intérêt.

Comme si on prenait tout à coup un médicament qui avait été mis sur le marché sans étude préalable.

 

On entre dans cette sphère dangereuse de la médecine alternative alors même qu'on n'a pas quitté la médecine traditionnelle. On devient le sujet d'un mal bizarre défini par une contradiction fondamentale : une maladie qui n'a pas de symptômes ni de cause connue et à peine de nom, et qui reste pourtant une maladie grave.

Comme si on avait à faire face au fantôme de sa propre maladie.

Comme si on se battait contre un artifice.

 

On a vécu, on a survécu, on a guéri, on est encore malade, on a perdu confiance, on est usé, on est faible, on manque d'ambition, on est trop sensible, et c'est contre cette maladie là, fragilité fondamentale d'un corps et d'un esprit fourvoyés qu'on doit désormais se battre.

 

Partager cet article

Published by Cepaduluxe
commenter cet article
8 mars 2012 4 08 /03 /mars /2012 21:11

On prend un rendez vous et quand le jour arrive on s'y soumet,

on va bien ou on va mal ce jour là et c'est parfois conjoncturel, comme une variation dans un rythme incontrôlable, parce qu'on ne contrôle pas son humeur, et ce sont les autres qui sans doute l'enfluencent le plus, au travers de leur violence et de leur intromission, de leurs suggestions et de leurs séductions… on ne contrôle pas son humeur ni sa capacité de supporter un monde qui est bien trop grand pour nous, parce que notre sensibilité n'est pas assez forte pour se fixer une fois pour toute.

 

Donc, on arrive et on commence à se plaindre ou on se déclare en pleine forme, et pourquoi pas après tout, pourquoi n'aurait on pas le droit de mentir de temps en temps sans même sans rendre compte ?

 

Finalement, tout cela n'a pas beaucoup de sens.

On pourrait peut-être imaginer de noter chaque soir un bilan de la situation, sur une échelle de 1 à 20, comme l'échelle de la douleur que certains médecins utilisent, et faire ensuite quelque étude statistique qui paraîtrait dessiner la forme d'une vérité objective.

On pourrait n'accorder de l'importance qu'aux moyennes. Sauf que les moyennes ne s'incarnent jamais, elles ne font que dresser des points de repère autour desquels la réalité s'organise.

 

On en est donc là, face à ce médecin qui cherche encore à savoir ce qui nous tourmente, même s'il nous connaît depuis 20 ans, parce que 20, dans ce cas là, cela ne suffit pas.

On lui propose d'une certaine manière une hypothèse, et il l'accepte ou la critique, la décortique ou la subit, et on ressort de là avec une ordonnance.

 

Les consultations finissent souvent par devenir trop polis à cause de cela précisément.

On a peur de dire qu'on va mal, on a honte de dire qu'on va bien, à moins que ce soit le contraire… on se rend compte à quel point tout est subjectif, nos impressions et notre peine, notre humilaliation et notre handicap… on se rend à quel point il n'y a rien à dire, et on a pourtant tellement besoin de parler...

 

 

Partager cet article

Published by Cepaduluxe
commenter cet article
3 février 2012 5 03 /02 /février /2012 20:29

Les études médicales ont mis en évidence que la consommation outrancière d'alcool concernait 30% des patients schizophrènes.

D'une manière générale, les personnes souffrant de troubles mentaux ont plus de risques d'avoir des problèmes d'alcoolisme, et les personnes atteintes de problèmes d'alcoolisme ont plus de chances de développer des troubles mentaux.

L'alcool diminue l'efficacité du traitement et peut augmenter les symptômes ; il peut également favoriser des passages à l'acte violent. D'autre part l'alcool diminue d'abord l'anxiété des patients (habituellement très anxieux) mais ensuite, il l'augmente.

 

Quel est le lien entre la schizophrénie et l'alcool ?

Un lien chimique ?

On sait que la schizophrénie a quelque chose à voir avec la sécrétion et la régulation de la dopamine (neurotransmetteur). Et on sait aussi que l'alcool et d'autres drogues augmentent la production de dopamine.

Un lien symptomatique ?

Les émotions, l'initiative et le dynamisme du sujet schizophrène sont fortement altérées, l'alcool est alors utilisé comme stimulant ; on parle parfois de pratique toxicomane faisant office d'auto médication.

Un lien génétique ?

Une prédisposition génétique pourrait être commune à l'alcoolisme et à la schizophrénie.

En fait, on ne connaît pas le lien entre la schizophrénie et l'alcool, on doit se contenter à l'heure actuelle de le constater.

 

L'alcool complique le traitement de la schizophrénie.

On l'a dit, il peut aggraver certains symptômes, et diminuer l'efficacité des médicaments.

Il peut altérer la qualité de la relation entre le patient et le médecin, le patient ayant tendance à se mettre à mentir (comme tous les alcooliques ?)… Il peut aussi ralentir les progrès du patient dans le domaine de la récupération des acquis et des aptitudes psychosociales, en favorisant des incidents, des échecs, et des variations incontrôlées de l'humeur… il peut nuire à l'image déjà très dégradée que le patient a de lui même.

 

Soigner la schizophrénie, c'est soigner une multitude de symptômes qui s'aggravent les uns les autres en se multipliant… soigner la schizophrénie et l'alcoolisme répond à la même problématique.

 

 

 

Partager cet article

Published by Cepaduluxe
commenter cet article
27 janvier 2012 5 27 /01 /janvier /2012 19:45

Les médiateurs en santé mentale arrivent dans les services hospitaliers et les CMP.

L'hebdomadaire MARIANNE leur consacre un article dans son édition du 21-01-12.

Ces médiateurs sont d'anciens patients stabilisés, employés et rémunérés au salaire d'un infirmier débutant, et bénéficiant d'une formation universitaire de quelques semaines (http://www.fp.univ-paris8.fr/Mediateur-de-sante-Pair-DU).

Leur rôle selon les autorités sera de faciliter l'accès aux droits, à la prévention et aux soins des usagers de services de santé mentale. Leur mission est de soutenir, d'informer et d'accompagner les patients.

On le voit bien, la mission de ces médiateurs n'est pas de remplacer les soignants. Pourtant les organisations représentatives des soignants, infirmiers et médecins, s'insurgent déjà. 

Leurs arguments :

 - on ne s'improvise pas soignant

- on impose à ces médiateurs des responsabilités qu'ils ne pourront pas forcément assumer sur le plan psychologique, car ils restent, bien que stabilisés, foncièrement fragiles

- ils dévalorisent la filière par leur formation très courte 

Il semblerait que les professionnels craignent l'intrusion de ces anciens patients peu formés, sûrement pleins de bonne volonté et de maladresse… leur arrivée créera certainement une forme de désordre dans les services, car le désordre commence par la fragilisation des hiérarchies...

On constate à quel point le discours de nombre de médecins s'articule autour d'une vision réductrice du mot "soin". Le soin serait un ensemble de thérapies animées par des professionnels (en plus des médicaments). Le rôle de la parole gratuite (hors champ thérapeutique), du contact et des activités quotidiennes, sont sous estimées.

On sait pourtant que beaucoup de patients ont besoin que les services de santé ressemblent au maximum au monde extérieur, afin d'éviter qu'ils ne se reconstruisent en tant que "patient", au lieu de de se reconstruire en tant qu'homme ou femme.

On peut penser que ces médiateurs, patients stabilisés, auront précisément quelque chose à apporter en matière d'humanisation du système de soin (non seulement pour le rendre plus agréable au patient, mais pour le rendre plus proche de la vraie vie). D'autant plus si on ne leur fixe pas d'objectif précis et qu'on les laisse inventer leur rôle en fonction de leurs capacités.

Le risque serait que leur arrivée justifie des fermetures de postes chez les personnels soignants de la filière régulière.

 

La psychiatrie a sûrement besoin de diversifier ses intervenants. La théorie psychiatrique est fragile et ne peut exister sans l'apport de l'expérience. Les anciens patients ont souvent acquis un savoir, différent mais aussi précieux qu'un savoir d'origine universitaire.

Les services qui vont accueillir les premiers (les pionniers) sont volontaires, cela devrait donc bien se passer. Et ensuite... ? 

 


Partager cet article

Published by Cepaduluxe
commenter cet article
24 janvier 2012 2 24 /01 /janvier /2012 20:36

On écrit probablement pour deux raisons différentes :

- pour s'approprier le discours commun, y ajouter son grain de sel, choisir son camp...

- pour se défaire du discours commun, s'aventurer sur le terrain glissant d'une expression inspirée par l'expérience, une expérience individuelle qui viendra forcément contredire les statistiques 

 

On écrit pour apprendre, pour se convaincre, pour macher avec ses propres mots les connaissances nécessaires… pour critiquer les idées reçues, pour se souvenir, pour ne rien oublier, pour briser les synthèses et entrer dans les détails.

On écrit pour savoir.

Et pour transmettre ce nouveau savoir.

 

Ecrire sur l'histoire d'une maladie, et se prendre soi même comme cobaye, est sans doute la meilleure manière de soigner son propre narcissisme, tout en acceptant le regard des autres ou tout au moins leur écoute.

C'est une ruse, en quelque sorte, qui permet d'entretenir ce narcissisme en lui donnant une fonction afin qu'il ne puisse plus être accusé.

C'est une manière de s'attacher à sa propre maladie pour la transformer en expérience et en aventure, de revendiquer une singularité qu'on aura vite tendance à confondre avec une supériorité au moins sur un plan symbolique… c'est bien évidemment une façon de reprendre confiance.

 

C'est un moyen de donner au temps la place qui lui revient, de changer l'image d'une maladie en un film, cette image faite de symptômes comme un tableau est fait de formes et de couleurs.

C'est un moyen de rappeler l'importance du temps dans la douleur ou la peine, ce temps qui les aggrave, ces douleurs et ces peines, car ce n'est pas la même chose de souffrir une heure, un jour, une année ou toute une vie. Ce temps qui finit parfois par les diminuer, quand la sensibilité se transforme… ce temps qui donne une chance à la guérison, à la réussite, la victoire, et une sorte de bonheur.

Partager cet article

Published by Cepaduluxe
commenter cet article
22 janvier 2012 7 22 /01 /janvier /2012 17:35


J'ai essayé de nombreux neuroleptiques.

Ils ont toujours calmé mes symptômes. Ils ont toujours eu des effets secondaires qui ont poussé mon médecin à arrêter.

 

Quels sont ces effets secondaires tellement gênants qu'ils favorisent l'inobservance du traitement chez de nombreux patients et l'arrêt ou le changement décidé par les médecins ?

- les effets qu'on pourrait qualifier de "neuro endocriniens" et qui peuvent devenir très invalidants (tremblements ou akathisie, libido off, endormissement... pour citer les plus connus) ; chaque patient a sa propre réaction

- un effet que je mets à part tellement il est répandu : le surpoids qui peut entraîner des problèmes de cholestérol et glycémie et justifie qu'on fasse régulièrement une prise de sang quand on prend des neuroleptiques et qu'on a beaucoup grossi ; pareil que pour au dessus, chaque patient a sa propre réaction

- l'effet camisole chimique qui entrave les délires et les hallus mais également l'envie de vivre, l'initiative, la sensibilité, et qui du coup a tendance à favoriser une vie primitive et végétative chez des patients qui auraient pourtant besoin d'activité, dont on sait qu'elle est une bien bonne thérapie

Ces trois problèmes sont normalement bien connus des psy.
J'ai bien dit "normalement".

Ces problèmes justifient à eux seuls la mise en cause régulière des neuroleptiques par certaines personnes, animées d'intentions diverses, et qu'on rencontre notamment sur internet, dans cette grande mouvance de l'anti psychiatrie moderne, qui s'est souvent détachée du politique, mais survit malgré les décennies qui passent…

 

Ces problèmes sont compliqués encore par la question de l'incompatibilité entre certains remèdes, car le neuroleptique est rarement le seul médicament que prend un patient schizophrène

Le temps qu'on perd à trouver un traitement adapté, à trouver un compromis acceptable entre les effets bénéfiques et les effets secondaires, est considérable… cela peut se compter en années

 

Ceux qui pensent qu'il suffit de prendre ses médicaments pour aller mieux ont une vision assez sommaire de la schizophrénie.

Il faut prendre des médicaments, certes, mais pas n'importe lesquels, pas à n'importe quelle dose, et en prendre le moins possible, c'est encore l'idéal

On arrive à baisser les traitement mais cela prend du temps, souvent plusieurs années.

On arrive à supporter certains symptômes, à éliminer les facteurs aggravants de la schizophrénie tel que l'état dépressif… on arrive à beaucoup de choses… il faut être patient… ce qui prouve que ce n'est pas facile, surtout quand on est jeune et exigeant.


Partager cet article

Published by Cepaduluxe
commenter cet article
19 janvier 2012 4 19 /01 /janvier /2012 17:02

Le temps passe...

Les premiers articles de ce blog datent de 2005 à 2007… nous sommes aujourd'hui en 2012.

J'ai encore beaucoup de choses à comprendre.

Et je sais que je ne comprendrai pas tout. Il faut accepter le mystère de sa propre vie.

 

Je souffre probablement de ce qu'on appelle parfois la schizophrénie résiduelle… quelques symptômes, comme l'ombre de la maladie, ou la queue de la comète… quelques symptômes acceptables, qu'il faut surveiller, car on ne sera jamais totalement libre, et qu'il faut rester inquiet… inquiet et vigilant…

Quelques symptômes qu'on accepte quand on a renoncé à la perfection, quand on a cessé d'accorder de l'importance aux jugements des autres, quand on a diminué son ambition, quand on a pris des habitudes...

Tout va bien finalement.

J'ai réintégré le mondes vivants et des honnêtes gens.

 

 

 

 

 

 

 

Partager cet article

Published by Cepaduluxe - dans cepaduluxe
commenter cet article
23 décembre 2007 7 23 /12 /décembre /2007 21:42



Les meilleures choses ont une fin


Depuis trois ans que j’écris, j’essaye d’apprivoiser certaines notions, un diagnostic probable, un vocabulaire spécialisé, des questions théoriques… je cherche à comprendre
à me comprendre et à comprendre les autres
depuis trois ans, je cherche à comprendre et je ne comprends pas mais ce n’est pas très grave,
j’ai appris beaucoup de choses qui me seront utiles…


J’ai fait toutes sortes de rencontres sur internet et je me souviendrai très longtemps de certaines personnes
je remercie ceux qui m’ont encouragée.


Je ne sais pas si je vais bien
je ne sais pas si je vais mal
je crois que tout ceci ne veut rien dire…
je suis en vie
portée par le tumulte,
probablement à l’instant le plus lucide de ma vie, le plus lucide et le plus complexe…
je suis à cet instant où je ne suis plus malade sans être guérie pour autant.


Je pars car il est grand temps

j’ai peut-être trop parlé ou plutôt trop écrit

j’ai eu l’impression étrange, parfois, de parler à la place des autres… ceux qui souffrent en silence

et je quitte internet, aujourd’hui,
sans aucun regret.


Cép

Partager cet article

Published by Cepaduluxe - dans cepaduluxe
commenter cet article
4 décembre 2007 2 04 /12 /décembre /2007 21:02

A la fin il y a une lassitude
l’envie de tout oublier
de tout renier
de tout recommencer

à la fin, il y a un doute
une curiosité infinie
une envie légitime de tout comprendre
une incompréhension globale, totale, énorme, presque définitive, face à un passé qui s’estompe, et qui, ainsi qu’un fantôme fugace, se laisse voir au moment même ou il disparait

à la fin, il y a le désir de mener une vie simple
laborieuse
raisonnable
une vie précautionneuse
une vie de petit comptable, de petit bonhomme, de petit soldat brave et sérieux, de petit personnage installé dans sa cabane, son environnement familier, son environnement reconstruit
une vie de personne modeste qui ne veut rien détruire
qui cherche la paix

il y a une peur
la peur que tout recommence
la peur de la rechute
la peur des émotions trop fortes, trop vibrantes, des émotions qui entrent en résonnance avec l’intelligence et menacent de s’imposer par la force
la peur des raisons particulières, des raisons paradoxales, des raisons monotones et répétitives au bord de l’obsession
la peur de tout ce qui diffère
de tout ce qui pourrait
peut être
ranimer le dragon

à la fin il y a l’économie
une vie parcimonieuse
fragile et dérisoire


il y a la fatigue et la patience

il y a le souci de la qualité
qualité des gestes et des pensées
remplaçant la quantité
remplaçant la multitude
il y le besoin de calme et de confort
le besoin de réconfort
l’envie de vieillir en douceur
l’envie de connaitre certains plaisirs

il y a quelques reproches
de l’amertume face au bilan comptable d’une jeunesse impossible
et disparue sans avoir existé
il y a quelques sentiments durs et cruels qu’on voudrait opposer à tous ceux qui ont joué l’indifférence au plus mauvais moment
et il y a la honte


à la fin, il y a une sympathie nouvelle pour celles et ceux qui souffrent,
pour celles et ceux qui diffèrent
s’égarent
se condamnent
ou sont condamnées
pour celles et ceux que la vie renverse à chaque pas
pour celles et ceux que tout le monde accuse

à la fin, il y a l’envie que tout change
que la société soit plus juste, plus accueillante, plus fraternelle, moins exigeante
il y a de nouveaux rêves et de nouveaux espoirs.

Partager cet article

Published by Cepaduluxe - dans vivre avec
commenter cet article
3 décembre 2007 1 03 /12 /décembre /2007 21:59

au debut, il y a un glissement
un glissement du monde et des circonstances
un glissement vers un monde qui n’existe pas
une modification des habitudes et des conventions
un élargissement de certaines perpectives intellectuelles
une résonnance infini de certains sons, de certains mots
un désordre
une accélération
un changement de cap
comme une transformation régie par des lois absurdes

au début il y a cette impression que tout devient plus dur, plus tragique, plus difficile,
que plus rien n’est innocent
il y a cette impression d’entrer dans un monde étranger auquel on ne s’habituera pas
d’entrer dans un monde inconnu et sophistiqué
de devenir un visiteur
un passager
d’être en permanence chassé
d’être en permanence cet intrus injustifié qui s’obstine à s’inviter, qui s’obstine à exister, qui tente de résister, qui tente de s’imposer,
qui tente de se maintenir
et qui n’y parvient pas

au début, il y a l’invention de nouveaux personnages
et de nouvelles règles
passablement esthétiques
plus en accord avec le nouveau monde
et la modernité
d’une épopée tranchante 


au début, il y a cette impression d’une nouvelle existence
d’une nouvelle naissance
dans un monde nouveau
que les autres ne connaissent pas

au début, il y a
ce dénouement des liens
les liens qui nous reliaient à la famille, la société, à la communauté
les liens qui nous tenaient
qui nous tenaient debout

les parents, victimes et coupables, cessent d’être nos parents
et nous, victimes et coupables, cessons d’être leurs enfants

les professeurs cessent de nous enseigner
la transmission est interrompue

le savoir ne passe plus
et c’est une autre savoir, surgi des tréfonds d’une mémoire ancestrale, d’un inconscient trop ambitieux, qui vient s’imposer en guise de science et de connaissance


au début, nous cessons d’être les sujets d’une jeunesse pour devenir les objets d’une maladie

les objets honteux ou fascinants
les objets qui font peur et font dire des bêtises
les objets qui donnent aux mandarins des motifs d’éloquence
des motifs de jouissance
les objets qui font prendre de grandes décisions
des hospitalisations
des couloirs carrelés dans lesquels déambulent avec circonspection d’autres objets aux figures inhabituelles, aux gestes mécaniques, au verbe haut…
les couloirs illuminés de l’institution

au début, nous devenons les sujets de préoccupation de l’institution


au début il y a la fin d’une alliance
la fin d’une reconnaissance
la fin d’une solidarité

c’est le début d’une solitude
d’une solitude définitive
d’une solitude qu’il faudra expérimenter, de long en large et en travers

au début il y a une angoisse atroce et une révolte à la hauteur
au début il y a cette impression que tout a changé et que rien de nouveau ne s’est inventé
au début, il y a cette impression que tout est détruit


au début, tout est nouveau


au début,

avant qu’on s’inquiète

avant qu’on accepte

avant qu’on devienne patient.

Partager cet article

Published by Cepaduluxe - dans vivre avec
commenter cet article