Les médicaments servent à nous contenir, parce qu'il paraît qu'on a tendance à déborder, et quand on réussit à reconstruire l'armure qui nous empêchera de nous déliter, il servent encore à nous protéger.
Nous protéger de quoi, on ne sait pas très bien.
Des rechutes, de notre peur, de l'angoisse de notre médecin.
Ils nous permettent d'obéir à cette idée selon laquelle on ne guérit pas.
Et d'être fidèle à un diagnostic dont on s'est beaucoup servi.
Donc on se retrouve à prendre un médicament qui n'a même pas besoin d'être efficace… une petite dose au cas où, une petite dose pour respecter certaines obligations de prudence.
Ces petites doses dont aucune expérience n'a cherché à mesurer l'intérêt.
Comme si on prenait tout à coup un médicament qui avait été mis sur le marché sans étude préalable.
On entre dans cette sphère dangereuse de la médecine alternative alors même qu'on n'a pas quitté la médecine traditionnelle. On devient le sujet d'un mal bizarre défini par une contradiction fondamentale : une maladie qui n'a pas de symptômes ni de cause connue et à peine de nom, et qui reste pourtant une maladie grave.
Comme si on avait à faire face au fantôme de sa propre maladie.
Comme si on se battait contre un artifice.
On a vécu, on a survécu, on a guéri, on est encore malade, on a perdu confiance, on est usé, on est faible, on manque d'ambition, on est trop sensible, et c'est contre cette maladie là, fragilité fondamentale d'un corps et d'un esprit fourvoyés qu'on doit désormais se battre.

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