Jeudi 22 mars 4 22 /03 /Mars 21:23

Les médicaments servent à nous contenir, parce qu'il paraît qu'on a tendance à déborder, et quand on réussit à reconstruire l'armure qui nous empêchera de nous déliter, il servent encore à nous protéger.

Nous protéger de quoi, on ne sait pas très bien.

Des rechutes, de notre peur, de l'angoisse de notre médecin.

 

Ils nous permettent d'obéir à cette idée selon laquelle on ne guérit pas.

Et d'être fidèle à un diagnostic dont on s'est beaucoup servi.

 

Donc on se retrouve à prendre un médicament qui n'a même pas besoin d'être efficace… une petite dose au cas où, une petite dose pour respecter certaines obligations de prudence.

 

Ces petites doses dont aucune expérience n'a cherché à mesurer l'intérêt.

Comme si on prenait tout à coup un médicament qui avait été mis sur le marché sans étude préalable.

 

On entre dans cette sphère dangereuse de la médecine alternative alors même qu'on n'a pas quitté la médecine traditionnelle. On devient le sujet d'un mal bizarre défini par une contradiction fondamentale : une maladie qui n'a pas de symptômes ni de cause connue et à peine de nom, et qui reste pourtant une maladie grave.

Comme si on avait à faire face au fantôme de sa propre maladie.

Comme si on se battait contre un artifice.

 

On a vécu, on a survécu, on a guéri, on est encore malade, on a perdu confiance, on est usé, on est faible, on manque d'ambition, on est trop sensible, et c'est contre cette maladie là, fragilité fondamentale d'un corps et d'un esprit fourvoyés qu'on doit désormais se battre.

 

Par Cepaduluxe
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Jeudi 8 mars 4 08 /03 /Mars 21:11

On prend un rendez vous et quand le jour arrive on s'y soumet,

on va bien ou on va mal ce jour là et c'est parfois conjoncturel, comme une variation dans un rythme incontrôlable, parce qu'on ne contrôle pas son humeur, et ce sont les autres qui sans doute l'enfluencent le plus, au travers de leur violence et de leur intromission, de leurs suggestions et de leurs séductions… on ne contrôle pas son humeur ni sa capacité de supporter un monde qui est bien trop grand pour nous, parce que notre sensibilité n'est pas assez forte pour se fixer une fois pour toute.

 

Donc, on arrive et on commence à se plaindre ou on se déclare en pleine forme, et pourquoi pas après tout, pourquoi n'aurait on pas le droit de mentir de temps en temps sans même sans rendre compte ?

 

Finalement, tout cela n'a pas beaucoup de sens.

On pourrait peut-être imaginer de noter chaque soir un bilan de la situation, sur une échelle de 1 à 20, comme l'échelle de la douleur que certains médecins utilisent, et faire ensuite quelque étude statistique qui paraîtrait dessiner la forme d'une vérité objective.

On pourrait n'accorder de l'importance qu'aux moyennes. Sauf que les moyennes ne s'incarnent jamais, elles ne font que dresser des points de repère autour desquels la réalité s'organise.

 

On en est donc là, face à ce médecin qui cherche encore à savoir ce qui nous tourmente, même s'il nous connaît depuis 20 ans, parce que 20, dans ce cas là, cela ne suffit pas.

On lui propose d'une certaine manière une hypothèse, et il l'accepte ou la critique, la décortique ou la subit, et on ressort de là avec une ordonnance.

 

Les consultations finissent souvent par devenir trop polis à cause de cela précisément.

On a peur de dire qu'on va mal, on a honte de dire qu'on va bien, à moins que ce soit le contraire… on se rend compte à quel point tout est subjectif, nos impressions et notre peine, notre humilaliation et notre handicap… on se rend à quel point il n'y a rien à dire, et on a pourtant tellement besoin de parler...

 

 

Par Cepaduluxe
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Vendredi 3 février 5 03 /02 /Fév 20:29

Les études médicales ont mis en évidence que la consommation outrancière d'alcool concernait 30% des patients schizophrènes.

D'une manière générale, les personnes souffrant de troubles mentaux ont plus de risques d'avoir des problèmes d'alcoolisme, et les personnes atteintes de problèmes d'alcoolisme ont plus de chances de développer des troubles mentaux.

L'alcool diminue l'efficacité du traitement et peut augmenter les symptômes ; il peut également favoriser des passages à l'acte violent. D'autre part l'alcool diminue d'abord l'anxiété des patients (habituellement très anxieux) mais ensuite, il l'augmente.

 

Quel est le lien entre la schizophrénie et l'alcool ?

Un lien chimique ?

On sait que la schizophrénie a quelque chose à voir avec la sécrétion et la régulation de la dopamine (neurotransmetteur). Et on sait aussi que l'alcool et d'autres drogues augmentent la production de dopamine.

Un lien symptomatique ?

Les émotions, l'initiative et le dynamisme du sujet schizophrène sont fortement altérées, l'alcool est alors utilisé comme stimulant ; on parle parfois de pratique toxicomane faisant office d'auto médication.

Un lien génétique ?

Une prédisposition génétique pourrait être commune à l'alcoolisme et à la schizophrénie.

En fait, on ne connaît pas le lien entre la schizophrénie et l'alcool, on doit se contenter à l'heure actuelle de le constater.

 

L'alcool complique le traitement de la schizophrénie.

On l'a dit, il peut aggraver certains symptômes, et diminuer l'efficacité des médicaments.

Il peut altérer la qualité de la relation entre le patient et le médecin, le patient ayant tendance à se mettre à mentir (comme tous les alcooliques ?)… Il peut aussi ralentir les progrès du patient dans le domaine de la récupération des acquis et des aptitudes psychosociales, en favorisant des incidents, des échecs, et des variations incontrôlées de l'humeur… il peut nuire à l'image déjà très dégradée que le patient a de lui même.

 

Soigner la schizophrénie, c'est soigner une multitude de symptômes qui s'aggravent les uns les autres en se multipliant… soigner la schizophrénie et l'alcoolisme répond à la même problématique.

 

 

 

Par Cepaduluxe
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Vendredi 27 janvier 5 27 /01 /Jan 19:45

Les médiateurs en santé mentale arrivent dans les services hospitaliers et les CMP.

L'hebdomadaire MARIANNE leur consacre un article dans son édition du 21-01-12.

Ces médiateurs sont d'anciens patients stabilisés, employés et rémunérés au salaire d'un infirmier débutant, et bénéficiant d'une formation universitaire de quelques semaines (http://www.fp.univ-paris8.fr/Mediateur-de-sante-Pair-DU).

Leur rôle selon les autorités sera de faciliter l'accès aux droits, à la prévention et aux soins des usagers de services de santé mentale. Leur mission est de soutenir, d'informer et d'accompagner les patients.

On le voit bien, la mission de ces médiateurs n'est pas de remplacer les soignants. Pourtant les organisations représentatives des soignants, infirmiers et médecins, s'insurgent déjà. 

Leurs arguments :

 - on ne s'improvise pas soignant

- on impose à ces médiateurs des responsabilités qu'ils ne pourront pas forcément assumer sur le plan psychologique, car ils restent, bien que stabilisés, foncièrement fragiles

- ils dévalorisent la filière par leur formation très courte 

Il semblerait que les professionnels craignent l'intrusion de ces anciens patients peu formés, sûrement pleins de bonne volonté et de maladresse… leur arrivée créera certainement une forme de désordre dans les services, car le désordre commence par la fragilisation des hiérarchies...

On constate à quel point le discours de nombre de médecins s'articule autour d'une vision réductrice du mot "soin". Le soin serait un ensemble de thérapies animées par des professionnels (en plus des médicaments). Le rôle de la parole gratuite (hors champ thérapeutique), du contact et des activités quotidiennes, sont sous estimées.

On sait pourtant que beaucoup de patients ont besoin que les services de santé ressemblent au maximum au monde extérieur, afin d'éviter qu'ils ne se reconstruisent en tant que "patient", au lieu de de se reconstruire en tant qu'homme ou femme.

On peut penser que ces médiateurs, patients stabilisés, auront précisément quelque chose à apporter en matière d'humanisation du système de soin (non seulement pour le rendre plus agréable au patient, mais pour le rendre plus proche de la vraie vie). D'autant plus si on ne leur fixe pas d'objectif précis et qu'on les laisse inventer leur rôle en fonction de leurs capacités.

Le risque serait que leur arrivée justifie des fermetures de postes chez les personnels soignants de la filière régulière.

 

La psychiatrie a sûrement besoin de diversifier ses intervenants. La théorie psychiatrique est fragile et ne peut exister sans l'apport de l'expérience. Les anciens patients ont souvent acquis un savoir, différent mais aussi précieux qu'un savoir d'origine universitaire.

Les services qui vont accueillir les premiers (les pionniers) sont volontaires, cela devrait donc bien se passer. Et ensuite... ? 

 


Par Cepaduluxe
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Mardi 24 janvier 2 24 /01 /Jan 20:36

On écrit probablement pour deux raisons différentes :

- pour s'approprier le discours commun, y ajouter son grain de sel, choisir son camp...

- pour se défaire du discours commun, s'aventurer sur le terrain glissant d'une expression inspirée par l'expérience, une expérience individuelle qui viendra forcément contredire les statistiques 

 

On écrit pour apprendre, pour se convaincre, pour macher avec ses propres mots les connaissances nécessaires… pour critiquer les idées reçues, pour se souvenir, pour ne rien oublier, pour briser les synthèses et entrer dans les détails.

On écrit pour savoir.

Et pour transmettre ce nouveau savoir.

 

Ecrire sur l'histoire d'une maladie, et se prendre soi même comme cobaye, est sans doute la meilleure manière de soigner son propre narcissisme, tout en acceptant le regard des autres ou tout au moins leur écoute.

C'est une ruse, en quelque sorte, qui permet d'entretenir ce narcissisme en lui donnant une fonction afin qu'il ne puisse plus être accusé.

C'est une manière de s'attacher à sa propre maladie pour la transformer en expérience et en aventure, de revendiquer une singularité qu'on aura vite tendance à confondre avec une supériorité au moins sur un plan symbolique… c'est bien évidemment une façon de reprendre confiance.

 

C'est un moyen de donner au temps la place qui lui revient, de changer l'image d'une maladie en un film, cette image faite de symptômes comme un tableau est fait de formes et de couleurs.

C'est un moyen de rappeler l'importance du temps dans la douleur ou la peine, ce temps qui les aggrave, ces douleurs et ces peines, car ce n'est pas la même chose de souffrir une heure, un jour, une année ou toute une vie. Ce temps qui finit parfois par les diminuer, quand la sensibilité se transforme… ce temps qui donne une chance à la guérison, à la réussite, la victoire, et une sorte de bonheur.

Par Cepaduluxe
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