Il m’arrive parfois de ressentir des impulsions comme des urgences difficile à contrôler,
urgence d’agir ou de réagir
mélange d’ordre venu d’en haut et de soi même
mélange de pulsion, d’un instinct qui se libère d’un seul coup, et d’une raison trop exigeante qui tente de s’imposer par la force
certains diront qu’il s’agit d’une forme de délire mais le délire a bon dos et n’explique rien
il s’agit sans doute d’un mouvement naturel, comme une décompensation, une libération de certains désirs habituellement prisonniers
prisonniers dans l’absence d’échange, dans l’échange impossible, dans la solitude habituelle
il s’agit sans doute d’une libération au hasard, tout à fait inopinée et à contre courant, de sentiments et d’émotions qui sont nées de manière tout à fait logiques et raisonnables mais qui ne se sont pas exprimées au moment de leur naissance
comme s’il y avait quelque part, dans la machine que j’habite, une raideur et un silence qui dominaient et qui parfois, se brisaient, sous l’effet d’une brusque, très brusque, volonté d’action.
par Cepaduluxe
publié dans :
vivre avec
J’ai parfois lu les blogs et les témoignages de personnes souffrant de handicaps physiques
j’ai eu l’impression que quelque chose nous unissait
le sentiment très fort du caractère délétère de notre lien à cette société qui nous rejette et nous accepte à la fois, et l’envie de s’y trouver une place malgré tout
le courage indispensable jusqu’à l’héroisme quelquefois, jusqu’au sacrifice du confort, jusqu’à la douleur silencieuse
le besoin de reconnaissance
l’envie de dire et de faire comprendre
les personnes handicapées sont nombreuses
elles se reconnaissent et se respectent
elles forment ainsi une communauté riche d’un certain savoir
riche d’une expérience douloureuse
vivre avec un handicap, quel qu’il soit oblige à mieux se connaître et permet de mieux connaître la société dans laquelle on vit
le handicap est un promontoire qui permet de mesurer les failles et les carences de la société et d’observer sans concession les archaismes et les peurs collectives
il est important de bien distinguer dans les difficultés qu’on peut connaitre ce qui vient de la maladie (et qui est spécifique à cette maladie) et ce qui vient du handicap et qui est commun à tous les handicaps
à ce moment là, on se rend compte qu’on fait partie d’un groupe important, presque une classe sociale, régulièrement humiliée, et qu’une partie de nos difficultés est politique.
par Cepaduluxe
publié dans :
handicap
Elle existe la tentation de mener cette sensibilité exacerbée, cet infantilisme, cet égoïsme, cet esprit sauvage, cette solitude personnelle… sur la pente de l’art
de changer la maladie en un nouveau territoire pour quelque expérience sensible, sensuelle, sensorielle
de donner aux symptômes une vocation, de donner aux faiblesses une utilité, de donner aux formes étranges de l’imaginaire un nouveau sens, lyrique, prophétique, et de permettre aux paroles étranges de s’écrire en poésie.
Elle existe cette tentation de s’isoler dans quelque tour d’ivoire, sur une île, sur une colline, et d’y trouver une inspiration
Elle existe cette tentation de transformer les erreurs de jugement en tempérament, de transformer les carences de l’esprit, les raideurs du regard, en force…
force du regard, force de l’esprit… force d’un personnage qui impose sa différence.
Elle existe et on y résiste
pour ne pas sombrer dans la solitude
dans le piège infernal d’une solitude acceptée
d’une solitude définitive
d’une solitude nécessaire que plus rien ne peut briser
l’abandon de toute insertion, de toute société, de toute communauté
la plongée dans un rêve
un rêve élitiste
un rêve qui ne finira pas
un rêve qui se nourrit de lui même, de ses propres mots et de ses propres images, de son propre appétit, de sa propre émotion…
elle existe la tentation artistique,
cette tentation légitime qui parfois nous élève et souvent nous marginalise.
par Cepaduluxe
publié dans :
vivre avec
trouver la voie, trouver sa voie, trouver la voie de la sagesse pour les uns et la voie de la raison pour les autres
c'est probablement l'occupation d'une vie
qu'on soit malade ou pas
chacun sa méthode
par Cepaduluxe
publié dans :
vivre avec
J’ai mis du temps avant d’apprendre à parler, à parler correctement, à parler à quelqu’un, avec une intonation dans la voix, en regardant mon interlocuteur, en variant mon vocabulaire
et puis j’y suis parvenu
j’ai cessé de parler dans le vide pour enfin m’adresser à des personnes et guetter leurs réactions, susciter leurs commentaires
j’ai commencé à parler et écouter en même temps, j’ai fait attention à mon environnement
et puis je me suis rendu compte que je n’avais rien à dire
que je me censurais
que je répugnais à l’idée de livrer l’objet de mes préoccupations
que je ne voulais pas que les autres me connaissent
j’acceptais de parler de notre travail, de parler de questions techniques… mais je ne voulais pas partager mes pensées
comme si je voulais rester seule propriétaire de mes pensées
ou comme si je n’avais pas moi même été très certaine de connaître mes pensées
comme si je n’avais pas de pensées mais uniquement des connaissances
comme si je voulais rester une personne sans histoire, sans mémoire, sans personnalité, sans intimité
comme si je voulais rester parfaitement anonyme et parfaitement inconnue
comme si je n’avais pas encore pris la décision de devenir le sujet de ma vie
comme si je n’étais pas encore tout à fait d’accord avec ma naissance et mon existence
comme si je voulais continuer de mimer ma vie ou de faire l’automate.
par Cepaduluxe
publié dans :
vivre avec

g
Cépaduluxe










