Est ce que sombrer dans la schizophrénie, ce n’est pas sombrer dans la mort
est ce que faire le schizophrène, ce n’est pas faire le mort
le mort social
le mort familial
le mort tout court
est ce que ce n’est pas un instinct morbide qui éteint une à une les fonctions vitales
jusqu’à ce qu’il n’y ait plus que des os et du sang
un squelette minéral nourri par des liquides
est ce qu’il n’y a pas un abandon
un refus irrévocable
un départ
un enterrement avant l’heure…
une attirance énorme pour cet instant méconnu, cet instant et cette éternité qui succède à la mort…
une envie de disparition, un désir fou d’être ailleurs, seul, là où personne ne peut nous rejoindre.
par Cépaduluxe
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vivre avec
Il faut retrouver le naturel,
retrouver une gestuelle pure, souple, déliée
retrouver une parole nette, vive, rapide, spontanée
il faut quitter l’armure
la discipline
la raideur et le calcul
la théorie
il faut abandonner tous ces efforts
se laisser aller
se laisser emporter par le rythme du corps…
il faut…
il faut…
il faudrait retrouver l’instinct.
par Cépaduluxe
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vivre avec
Pendant longtemps j’ai fui certaines sollicitations parce qu’elles me fatiguaient, me stressaient, me déroutaient et me faisaient peur :
le cinéma
les restaurants et bars
la foule
les lieux inconnus
certains discours politiques radicaux
la religion
la lecture d’ouvrages de science fiction
depuis que je vais mieux, je tente de réintroduire petit à petit certaines de ces sollicitations
les restaurants notamment
les livres de science fiction
les lieux inconnus…
en effet, je trouve que ma vie est trop simple et trop disciplinée
mais je me demande s’il faut maintenir certains interdits
je me demande qu’elle est la valeur de ces interdits
interdit par soi même au nom d’une théorie qui n’existe pas, au nom d’une peur que l’interdit finit par alimenter, au nom d’une intuition contestable…
parfois je me dis que ces interdits me rassurent
que mon obéissance me rassure, à l’image de ma soumission à l’autorité psychiatrique
je me dis que je ne peux pas rechuter car je respecte les interdits et les prescriptions…
parfois, je pense qu’il faudrait que je sois accompagnée de manière à pouvoir affronter certaines situations difficiles sans trop de craintes
de manière à pouvoir lever les interdits progressivement sans trop de difficulté
parfois, je pense que j’aurais besoin d’un guide… d’un parrain, d’un tuteur…
par Cépaduluxe
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vivre avec
La schizophrénie
une maladie ou un handicap
cette question est pour moi essentielle
lancinante
une maladie mais qu’on ne parvient pas à soigner
une maladie qu’on ne parvient qu’à grand peine à décrire
une maladie qui ne fait pas toujours souffrir
une maladie qui se nourrit de la vie psychique du patient ainsi qu’une sangsue
un handicap qui rend chaque perception complexe, chaque action douloureuse
un handicap qui rend marginal
un handicap qui rend maladroit, faible et sans défense
une maladie qui fatigue
une maladie qui évolue et réagit à certaines thérapeutiques de manière spectaculaire
une maladie qui impose au patient de devenir son propre soignant, son propre infirmier
un handicap qui dure et n’en finit plus
une maladie et un handicap
une fragilité faite d’une multitude de petits symptômes dont l’arrangement finit par détruire tout élan naturel et tout instinct
une fragilité à laquelle on s’habitue à condition de devenir modeste, à condition d’accepter sa faiblesse et de réinventer ses repères.
par Cépaduluxe
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vivre avec
Parfois, certains symptômes deviennent un socle sur lequel on s’appuie
sur lequel on fonde sa personnalité
sur lequel on fonde une attitude, un état d’esprit, une manière d’être, plus observatrice, plus sensible, plus fragile, plus onirique, plus intellectuelle, plus indépendante…
parfois, la sensibilité extrême devient une manière d’être et le prétexte à certaines attitudes plus morales et plus douces
parfois, le retour sur soi devient une attitude, permanente, acceptable, acceptée
parfois, la maladie devient un trait de caractère supplémentaire à tous les autres comme un regard supplémentaire tourné vers l’intérieur
Parfois la maladie rend plus intelligent, plus calculateur, plus dur et plus tendre à la fois
parfois, on se rend compte qu’on est devenu un pur produit de l’institution psychiatrique
parfois, on se rend compte de toutes les habitudes qu’on a prises, dans la manière de s’observer, de rendre compte de ses actes et de ses pensées à des psy, dans la manière de prendre soin de soi et des autres, de s’informer, de demeurer attentif…
parfois, on se rend compte qu’on est devenu non plus l’objet d’une maladie (son jouet) mais le produit d’un système de soin et de réflexion
Parfois on se rend compte qu’on a été façonné par la maladie et les soins, qu’on a été déconstruit et reconstruit.
par Cépaduluxe
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Cépaduluxe







