Parfois j’ai l’impression qu’il y a deux schizophrénies
une profonde et une superficielle
une qui fait un développement atypique et qui reste avec le temps, qui vient de loin, peut-être de la naissance
une autre qui se serait manifestée de manière plus spectaculaire sous l’effet d’un dérèglement brusque et qui pourrait être contenue par les traitements
parfois j’ai l’impression qu’il y a cette schizo profonde, cette schizo intérieure,
celle qui vient de l’enfance,
qui ne se voit pas ni se sent
constituée d’une hypersensibilité à certains phénomènes
d’une sensibilité mal équilibrée, décalée, aberrante
et d’une insensibilité vis à vis du monde et de certains usages sociaux
une impossibilité de s’impliquer
un énorme besoin de silence et de solitude…
et qu’il y a cette schizo superficielle, la plus visible
celle qui vient de l’imaginaire, du rêve, de la lecture et qui fonde des idées très personnelles
celle qui vient d’un souci abstrait, d’un souci d’absolu
celle qui se nourrit de certaines ambitions et de certains refus
celle qui se développe au contact de la société
celle qui crée des désordres
celle qui crée des attitudes de refus et d’insoumission
celle qui finit par disparaître quand on vieillit
celle dont on guérit.
par Cépaduluxe
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vivre avec
Je me souviens de perceptions extrêment sommaires à l’époque où j’allais très mal
je ne percevais que les sons, les lumières, les couleurs…
je ne percevais plus le côté agréable ou désagréable, ordonné ou désordonné, accueillant ou agressif…
je ne percevais plus aucune perception élaborée
je vivais dans un environnement extrêmement rustique et peu humain, un environnement dépourvu de charge affective et émotive
parfois, je perds de nouveau cette capacité de percevoir des sensations élaborées et je me retrouve face à ces formes, ces couleurs et ces sons très déshumanisés… cela ne dure pas…
cela me rappelle que le monde dans lequel je vis aujourd’hui est un monde dans lequel je projette mes goûts et mes sentiments, c’est un monde que ma perception recrée à chaque instant, un monde que je m’approprie, que je digère, et c’est comme cela que j’arrive à m’y repérer et à y trouver ma place.
par Cépaduluxe
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vivre avec
J’ai recommencé à travailler assez tôt
j’avais encore beaucoup de difficultés,
ma vie était extrêmement simplifiée
le travail me servait de lieu d’apprentissage, me permettait d’avoir un cadre, de profiter d’un élan, celui de mes collègues, jeunes pour la plupart…
le travail me sortait de la marginalité, me permettait de profiter d’un environnement banal, ordinaire, et j’avais besoin de cela
mais des années après, alors que j’allais mieux, que je commençais à m’interroger, que je commençais à parler, que je commençais à m’inquiéter pour moi même… quand j’ai compris que j’étais malade ou, tout au moins, que je souffrais d’une déficience durable… je me suis trouvée piégée
je n’avais plus assez de temps et d’énergie pour me consacrer à une thérapie que j’ai du arrêter plus tôt que prévu
je ne parvenais pas à vivre la semaine dans la peau d’une personne ordinaire qui s’impose des efforts et une discipline intransigeante,
puis à me mettre dans la peau de la personne souffrante, face au thérapeute
je ne parvenais pas à faire ce grand écart, à gérer cette double attitude, ce double langage
c’est ainsi qu’on se rend compte qu’il y a deux stratégies souvent contradictoires
soit, on se soigne, et cela demande du temps et de la disponibilité, cela impose de beaucoup se centrer sur soi même… on risque alors de se marginaliser et de s’installer dans une position de handicapé définitif (narcissique ?) par la force des habitudes
soit, on travaille en acceptant ses handicaps et en tentant de minimiser le stress… mais on risque de ne plus pouvoir progresser, de stagner, de voir son propre développement psychique ralenti, voire même étouffé par la fatigue et le stress professionnel… on est tenté de s’imposer une vie extrêmement rétrécie… on risque de s’installer dans un métier et une vie très étriqués
évidemment,
des mi temps thérapeutiques, des lieux de travail protégés permettraient de ne pas faire ce choix tellement difficile entre se soigner ou s’insérer
ces lieux existent mais sont en nombre insuffisants
ces lieux sont pourtant essentiels
malheureusement, l’offre de soins est encore peu adaptée aux personnes qui travaillent
beaucoup de patients sont obligés de diminuer leur prise en charge thérapeutique au moment où ils reprennent une activité professionnelle
le risque de rechute est important
le risque de stagnation de son propre développement l’est encore plus, et il est peu pris en compte par les médecins
par Cépaduluxe
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vivre avec
J’ai remarqué à quel point j’étais sensible aux conditions de ma vie
sur le plan psychologique
mais tout autant sur le plan physique
j’ai remarqué à quel point il était important pour moi d’avoir une bonne hygiène de vie, de bien manger régulièrement et de manière équilibrée, de faire du sport, de dormir beaucoup…
j’ai remarqué combien facilement je pouvais souffrir de troubles somatiques légers mais bien présents dès que je déréglais mon hygiène de vie
Comme si je souffrais d’une hypersensibilité physique interne qui me rendait particulièrement vulnérable sur le plan somatique, à l’identique de mon hypersensibilité psychique qui me rend fragile face aux stress et aux modifications de mon univers psychologique
Je suis donc obligée de vivre dans la discipline d’une vie régulière et hygiénique à tous points de vue
je suis condamnée à être une personne stricte et disciplinée,
et cela ne me dérange pas de l’être
ainsi qu’un sportif ou un militaire, face à un combat, un obstacle à franchir, une ascension à gravir, avec la particularité qu’il n’y a pas pour moi de vacances ou de permission.
par Cépaduluxe
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vivre avec
Il faut bien dire que la schizophrénie nous fait faire de drôles de choses
il faut bien dire qu’on devient une énigme aux yeux des autres et à ses propres yeux
il faut bien dire qu’on ne souffre pas toujours tant que cela des symptômes (au bout d’un certain temps) mais que les conséquences sont tristes, qui s’étalent sous nos yeux, du fait de la maladresse, de l’inaptitude, et de certaines négligences
il faut bien dire que le tableau n’est pas glorieux de notre vie bancale, et que les situations honteuses n’ont pas manqué…

Etre malade, quand il n’y a pas de douleur physique, quand les symptômes sont connus et stabilisés, ce n’est pas trop grave… pourvu que cela ne dure pas trop longtemps
Vivre en permanence avec une maladie invalidante, en accepter les conséquences, vivre en permanence dans cette image là, cette marginalité, cette impuissance, cette défaillance, dans cette idée d’une infirmité, d’un échec intrinsèque qui se prolonge, d’un échec par rapport au projet de vie qu’on aurait du faire, normalement, si tout avait été normal, ce projet de vie qu’on aurait pu faire si on avait eu des désirs, une volonté, et des possibilités habituelles, semblables à celles des autres…
vivre en permanence dans cette sorte d’infériorité que rien ne parvient à effacer, voilà qui est parfois un peu morose
et qui nous place dans une marginalité importante, en nous sortant de la compétition, dont on sait bien qu’elle est le moteur et la structure des sociétés modernes.
par Cépaduluxe
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Cépaduluxe







