On pourrait dire qu’une forme de folie vient de l’absence de compréhension des proportions
de l’absence de connaissance de l’échelle des valeurs communautaires
de l’absence de perception non pas du bien et du mal mais du grave et du pas grave
de l’absence de mesure et de jugement
on pourrait dire que le fou se perd dans les détails
qu’il méconnait l’important
l’important individuel et collectif
qu’il attache du sens à ce qui n’en a pas
qu’il n’invente rien mais qu’il exagère
ou qu’il minimise
qu’il n’a pas de jugement
qu’il sait voir et entendre mais qu’il ne sait pas évaluer
qu’il ne connait pas le prix des choses
qu’il ne sait pas compter autrement qu’en ajoutant des unités
qu’il n’est pas capable de la moindre stratégie
qu’il décompte comme un métronome les choses et les personnes au lieu de trouver des solutions à des problèmes marchands, à des problèmes d’échanges, à des problèmes complexes
on pourrait dire qu’il voit, entend et compte… mais qu’il ne comprend pas, qu’il ne mesure pas et qu’il ne juge pas.
par Cepaduluxe
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vivre avec
Parfois, j’ai eu l’impression que les psychiatres étaient plus intéressés par la prévention de la rechute ou de l’aggravation que par le soin de l’état existant
comme s’ils se soumettaient avec fatalisme au verdict du présent mais qu’ils se croyaient maîtres de l’avenir
souvent, j’ai eu l’impression que la prévention de l’aggravation future était un moyen pour les médecins de ne pas se soucier d’un présent trop complexe,
d’éluder les problèmes triviaux, quotidiens, les défaillances journalières et les insuffisances régulières de leur patient
de projeter leur patient dans le futur, et de l’éloigner ainsi, de le repousser, lui et ses problèmes peu glorieux d’handicapé mental plus ou moins lucide…
il est possible que cette projection dans le futur soit de la part des psychiatres une manière de fuir une réalité, qui, insidieusement, les accable, lorsqu’ils font face au présent de la maladie mentale, qui colle à leur patient comme une sangsue que rien ne décroche.
par Cepaduluxe
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psychiatrie
Le premier rôle du psychiatre est certainement de ramener à la réalité
comme on chasserait le brouillard pour faire revenir au premier plan les contours du réel
le réel présent et passé
en quelque sorte, le psychiatre est le représentant de la réalité et du pragmatisme
il en est le porte parole et le porte drapeau
il en vante les mérites
il la soumet à sa critique et son intelligence… il la décripte et la dédramatise, il la discute et la réanime
il se trouve alors obligé de briser les angoisses et les rêves ainsi que l’imaginaire de son patient
jusqu’à prendre le risque d’être normatif et de pousser ce patient à devenir un petit homme moyen qu’aucun rêve ne traverse jamais
jusqu’à prendre le risque de défendre des principes et des usages trop communs et inadaptés aux besoins affectifs et spirituels de son patient…
jusqu’à prendre le risque de briser des rêves rassurants.
par Cepaduluxe
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psychiatrie
On peut inventer son propre langage,
repartir de la langue première
se méfier des usages
réapprendre le vocabulaire
réinventer un vocabulaire personnel, expressif et imagé, comme un abécédaire qu’on aurait soi même défini avec des mots dont on est sûr du sens, et dont on est certain qu’ils ne mèneront pas à la confusion
on peut réinventer un vocabulaire et devenir un peu maniéré, un peu poétique, un peu imagé, un peu décalé
mais on ne peut pas inventer la syntaxe
ne plus maitriser la syntaxe rend la langue incompréhensible… et mène tout droit à la grande solitude de l’incommunicabilité
comme si le vocabulaire pouvait être personnalisé mais pas la syntaxe,
comme si le vocabulaire était un bien personnel et la syntaxe un bien commun
comme si la langue commune tenait dans la grammaire, tandis que l’imaginaire personnel s’abritait dans le vocabulaire.
par Cepaduluxe
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vivre avec
Comme un papillon fixé par l’alcool
comme un animal empaillé
ou pétri de peur
comme un insecte aveuglé
j’ai souvent connu cet état de stupeur
cet état immobile
où aucune action n’est possible
et le temps s’est arrêté
cet état où la vigilance n’est pas altérée, seules les actions sont interdites
parfois j’ai pensé qu’il y avait un sens à cet état, comme un refus, comme une volonté d’attendre, une volonté de maintenir le passé, de maintenir le présent coûte que coûte, de refuser le futur
comme une volonté de faire durer l’instant
une volonté de sortir du temps
parfois j’ai pensé qu’il y avait dans cet état une sorte de quête idéale d’un infini parfait, d’un état immuable, d’une mort ou d’une vie que rien n’arrête, d’une vie réduite à un seul instant méditatif, à un bref instant éternel.
par Cepaduluxe
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Cépaduluxe










