au debut, il y a un glissement
un glissement du monde et des circonstances
un glissement vers un monde qui n’existe pas
une modification des habitudes et des conventions
un élargissement de certaines perpectives intellectuelles
une résonnance infini de certains sons, de certains mots
un désordre
une accélération
un changement de cap
comme une transformation régie par des lois absurdes
au début il y a cette impression que tout devient plus dur, plus tragique, plus difficile,
que plus rien n’est innocent
il y a cette impression d’entrer dans un monde étranger auquel on ne s’habituera pas
d’entrer dans un monde inconnu et sophistiqué
de devenir un visiteur
un passager
d’être en permanence chassé
d’être en permanence cet intrus injustifié qui s’obstine à s’inviter, qui s’obstine à exister, qui tente de résister, qui tente de s’imposer,
qui tente de se maintenir
et qui n’y parvient pas
au début, il y a l’invention de nouveaux personnages
et de nouvelles règles
passablement esthétiques
plus en accord avec le nouveau monde
et la modernité
d’une épopée tranchante
au début, il y a cette impression d’une nouvelle existence
d’une nouvelle naissance
dans un monde nouveau
que les autres ne connaissent pas
au début, il y a
ce dénouement des liens
les liens qui nous reliaient à la famille, la société, à la communauté
les liens qui nous tenaient
qui nous tenaient debout
les parents, victimes et coupables, cessent d’être nos parents
et nous, victimes et coupables, cessons d’être leurs enfants
les professeurs cessent de nous enseigner
la transmission est interrompue
le savoir ne passe plus
et c’est une autre savoir, surgi des tréfonds d’une mémoire ancestrale, d’un inconscient trop ambitieux, qui vient s’imposer en guise de science et de connaissance
au début, nous cessons d’être les sujets d’une jeunesse pour devenir les objets d’une maladie
les objets honteux ou fascinants
les objets qui font peur et font dire des bêtises
les objets qui donnent aux mandarins des motifs d’éloquence
des motifs de jouissance
les objets qui font prendre de grandes décisions
des hospitalisations
des couloirs carrelés dans lesquels déambulent avec circonspection d’autres objets aux figures inhabituelles, aux gestes mécaniques, au verbe haut…
les couloirs illuminés de l’institution
au début, nous devenons les sujets de préoccupation de l’institution
au début il y a la fin d’une alliance
la fin d’une reconnaissance
la fin d’une solidarité
c’est le début d’une solitude
d’une solitude définitive
d’une solitude qu’il faudra expérimenter, de long en large et en travers
au début il y a une angoisse atroce et une révolte à la hauteur
au début il y a cette impression que tout a changé et que rien de nouveau ne s’est inventé
au début, il y a cette impression que tout est détruit
au début, tout est nouveau
au début,
avant qu’on s’inquiète
avant qu’on accepte
avant qu’on devienne patient.
Commentaires
Bonsoir,
Tes écrits sont de beaux poèmes pour moi. C'est drôle comme la question de la place est primordiale. Moi, dans le temps, je disais avec rage qu'on m'avait piqué ma place... J'oscille en ce moment entre dépit, résignation, et une lueur d'espoir.
Tes écrits sont de beaux poèmes pour moi. C'est drôle comme la question de la place est primordiale. Moi, dans le temps, je disais avec rage qu'on m'avait piqué ma place... J'oscille en ce moment entre dépit, résignation, et une lueur d'espoir.
commentaire n° : 2
posté par :
Debbie
le: 05/12/2007 20:15:24
merci pour le comm
Cép
Cép
réponse de : Cepaduluxe (site web)
le: 06/12/2007 21:42:37
C'est intéressant ce que tu dis à propos du dénouement des liens qui te reliaient à la famille, à la société, à la communauté. C'est intéressant mais c'est triste parce qu'on a l'impression que ces liens ne se sont jamais renoués. A vrai dire, c'est normal qu'ils ne se soient pas renoués exactement comme avant parce que le passé est le passé. Comme la maladie, lors de ses assauts, t'a isolée du reste du monde, peut-être penses-tu que vaincre la maladie reviendrait à renouer ces liens tels que tu les as connus.
Je pense que si tu avais absente pendant quelques années parce que tu serais allée vivre ton adolescence à l'étranger par exemple ( c'est à dire si tu t'étais tenue à l'écart du monde d'avant pour des raisons non pathologiques ) le résultat serait le même, les anciens liens ne se seraient pas renoués comme avant parce que la vie est une sorte de construction permanente et qu'on ne retrouve jamais ou du moins rarement ce qu'on a vécu.
Cela pour essayer de t'apporter une note d'optimisme et pour te dire qu'il ne faut surtout pas voir dans l'échec à retrouver le passé la marque indubitable de la maladie.
Je pense que si tu avais absente pendant quelques années parce que tu serais allée vivre ton adolescence à l'étranger par exemple ( c'est à dire si tu t'étais tenue à l'écart du monde d'avant pour des raisons non pathologiques ) le résultat serait le même, les anciens liens ne se seraient pas renoués comme avant parce que la vie est une sorte de construction permanente et qu'on ne retrouve jamais ou du moins rarement ce qu'on a vécu.
Cela pour essayer de t'apporter une note d'optimisme et pour te dire qu'il ne faut surtout pas voir dans l'échec à retrouver le passé la marque indubitable de la maladie.
commentaire n° : 3
posté par :
Goupil
le: 09/12/2007 22:46:45
oui, d'accord
merci
Cép
merci
Cép
réponse de : Cepaduluxe (site web)
le: 11/12/2007 19:21:42

g
Cépaduluxe








Chaque jour, je me demande ce que je fais ici.
Mais quel est donc ce monde ou je me perds ou l'on
m'attaque et ou je ne trouve plus ma place.
Bon courage
je crois que c'est difficile de se faire une place
parfois on peut la trouver, parfois il faut la construire et l'inventer
il faut parfois utiliser son imagination et savoir se faire aider
bon courage
Cép