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1 juin 2006 4 01 /06 /juin /2006 21:49

RAPPORT CHARZAT
(introduction)

Un rapport public évaluant les besoins et les difficultés des handicapés psychiques et de leurs entourages.


RAPPORT
A Madame Ségolène ROYAL Ministre Déléguée à la
Famille,
A l’Enfance et aux personnes Handicapées
Pour mieux identifier les difficultés
des personnes en situation de handicap
du fait de troubles psychiques
et les moyens d’améliorer leur vie et celle de leurs proches
Michel CHARZAT
Parlementaire en mission
-Mars 2002-

Michel CHARZAT
Parlementaire en mission
Rapporteurs :
Martine BARRES Marie-France GOURIOU
Médecin de Santé Publique Conseillère de Paris
Conseillère à la Direction Générale Déléguée à la vie associative
De l’Action Sociale au Ministère auprès du maire du 20ème
De l’Emploi et de la solidarité auteur du livre blanc
Sur la santé mentale CICA 20ème

Présentation du rapport

I Les difficultés et les besoins

La souffrance nous révolte et doit nous interroger.
Faut-il le rappeler, la santé mentale est l’affaire de tous : la folie est dans la vie quotidienne.
« L’homme est fragile, l’homme est fou, complètement fou » écrit PASCAL.

Quelle est donc la nature du handicap psychique ? Ses conséquences ?
Le trouble psychique ne touche pas une partie de soi, mais il touche la personnalité dans son ensemble. Il met donc en cause l’identité de la personne, la blesse ; sa nature est souvent l’objet d’un déni par la personne elle-même, parfois par une partie de son entourage.
Quand quelqu’un souffre d’un trouble psychique dans une famille, c’est un traumatisme profond qui se produit alors, c’est une guerre civile et familiale, une guerre civile et sociale.
C’est absolument terrible. La souffrance est indicible.

Les causes du handicap sont diverses : troubles dépressifs graves, états psychotiques ou névrotiques, états limites, détérioration mentale liée à l’âge, à des intoxications ou à des affections neurologiques.
Les déficiences psychiques sont multiples : troubles de la pensée (délire), de la perception, de la communication, du comportement, de l’humeur, de la conscience et de la vigilance, du sommeil, troubles intellectuels (mémoire, attention, jugement, orientations temporelle et spatiale) , troubles de la vie émotionnelle et affective, expression somatique des troubles psychiatriques.
La personne souffrant de troubles psychiques peut n’avoir aucun point d’appui pour établir des repères entre ses idées et la réalité ou pour les différencier, manquer des moyens que la plupart des personnes possèdent autour d’elles, s’isoler, rompre tout lien social, devenir vulnérable. Elle a perdu une partie de ses capacités.
Les déficiences et les capacités sont évolutives, quelles que soient la nature et les caractéristiques du trouble en cause.
Ces déficiences peuvent entraîner de nombreuses incapacités dans la vie quotidienne : toilette, habillement, courses et problèmes alimentaires, cuisine, entretien, déplacements, obligations administratives, finances, santé… mais ces handicaps se manifestent aussi dans d’autres domaines de la vie sociale, affective et intellectuelle.
La souffrance peut prendre alors des formes intolérables pour le patient comme pour son entourage, sa famille. La souffrance psychique est complexe, difficile à cerner ; elle devient alors une urgence.

Parce que peu autonomes, les patients vivent souvent avec leurs parents et la cohabitation est problématique, angoissante, éventuellement source de violences en cas de crise, les malades pouvant alors mettre leur vie et celle d’autrui en danger.
A un moment donné, les familles arrivent à une situation d’épuisement.

L’accès aux soins n’est pas facile : il faut tenir compte de la spécificité des troubles des malades et nombreux sont ceux qui n’acceptent pas de se faire soigner par crainte ou refus d’un diagnostic, peur d’être marginalisés alors que ces soins sont indispensables.
Le dispositif actuel de soins ne répond pas aux besoins des patients, et les met en péril.

Il s’avère donc nécessaire de pallier les différentes difficultés auxquelles se heurtent nos pratiques soignantes : difficultés à garantir l’accessibilité aux soins, à assurer la qualité et la continuité de ceux-ci, ainsi qu’à rendre complémentaires les différentes prises en charge dans le double champ sanitaire et social.
Il y a nécessité d’améliorer l’image de la maladie par une information générale concrète. Il faut acquérir la compréhension de ce qui se passe chez le patient, avec ses changements brusques, sa perte de contact avec la réalité. Différence avec les autres handicaps : il s’agit de la personne tout entière qui manifeste une instabilité comportementale et psychologique.
Jusqu’à ce jour, l’écoute à l’égard du handicap psychique a été alignée sur les autres handicaps, la réalité de sa spécificité n’ayant pas été reconnue.

Le malade souffre mais ne pense pas qu’il s’agit d’un problème psychique. Une partie des soins devra compenser le déni. Le fondement de la mission des soignants comme des encadrants du handicap est l’éthique.
Pour répondre au besoin du patient, un système ambulatoire doit fonctionner 24 heures sur 24 au cœur de la cité : la présence d’une même équipe soignante rassurera l’opinion certes, mais surtout le malade auquel une hospitalisation peut être évitée, particulièrement lorsqu’il est fragilisé ou en pré-crise.
Le travail ne pourra commencer que lorsque le patient réalisera (ou acceptera de réaliser) que sa maladie est d’ordre psychique.
Les dispositifs de protection juridique des majeurs – tutelles et curatelles – doivent être réformés pour prendre en compte la réalité des situations, comme proposé lors des Assises Nationales de la Tutelle en décembre 1999 et dans le rapport FAVARD en avril 2000.

Le droit de la personne doit être respecté et il convient de rechercher plus d’humanité. Le patient est un citoyen à part entière, il doit être considéré comme tel. Il faut reconnaître l’homme dans toute personne qui souffre.
Il faut alors que le malade soit informé de sa maladie et formé à sa gestion, il faut l’aider à se soigner lui-même.
Ce travail est aussi nécessaire avec les familles qui doivent être formées, accompagnées et reconnues au même titre qu’une famille d’accueil, particulièrement dans une situation d’urgence. La famille est un élément essentiel du paysage thérapeutique : son inclusion dans le traitement améliore l’adhésion du patient aux soins. Le manque d’information peut être à
l’origine d’attitudes inadéquates de l’entourage répondant par de vaines injonctions ou des incitations au courage et à la volonté plutôt que par une démarche de soins.

Un travail auprès de l’opinion publique, une information à tous les niveaux sont indispensables car l’image des patients souffrant d’un handicap psychique reste déplorable dans le public. Ils ont hélas à souffrir de silences, de préjugés profondément enracinés dans l’imaginaire collectif. Rien ne justifie que l’on mette au ban de la société ceux qui souffrent d’un trouble mental cérébral, et dont les tourments dévoilent ce qui est le plus souvent maintenu au secret : notre folie privée et nos dérèglements collectifs.
Il faut combattre les a priori, informer pour transgresser les tabous. Le regard et les mentalités doivent changer pour que ces maladies soient mieux connues, acceptées et que cessent toutes attitudes stigmatisantes, culpabilisantes et d’auto-défense.

Rappelons-le, le handicap est l’affaire de tous. La maladie mentale n’est pas un échec personnel, elle n’est pas non plus un malheur qui n’arrive qu’aux autres. Chacun peut être un jour concerné, il suffit d’un accident de la vie.
La particularité du handicap dû à des troubles psychiques est bien la difficulté de la personne à articuler son désir à la réalité du monde qui l’entoure : une compétence clinique est donc indispensable dans le champ du soin, mais aussi aux différents niveaux d’articulation entre le soin et la vie quotidienne : ce travail précis d’exploration doit être basé en premier lieu sur des compétences cliniques, puis sur la confiance et enfin sur l’information.

II Jusqu’où peut s’avancer le sanitaire pour aider à l’insertion sociale ?

Aujourd’hui la mission essentielle de la psychiatrie concerne les soins, l’enseignement et la recherche. Culturellement la réinsertion est peu présente. Or paradoxalement les médecins se plaignent de ne pouvoir résoudre les difficultés sanitaires du fait de la problématique de la réinsertion sociale.

Pourtant la prise en charge du patient doit s’effectuer dans sa globalité : soins, mais aussi réinsertion sociale et médico-sociale qui fait partie des soins. La mission de la psychiatrie doit désormais comporter les soins, l’insertion, l’enseignement et la recherche.
Doit être développée une véritable politique de prévention afin de cerner au plus tôt l’importance de la maladie et de diminuer la gravité de son évolution (en s’adressant notamment aux personnels enseignants et médico-sociaux), ainsi qu’une politique d’accompagnement des malades au cœur de la cité et de réinsertion dans la vie sociale et économique. S’affirme la nécessité de développer des alternatives à l’hospitalisation en plaçant le malade au cœur d’un ensemble coordonné d’actions et de partenariats.

Il est primordial de doter tous les secteurs d’un «dispositif minimum» leur permettant de mener à bien la prise en charge ambulatoire des patients, aussi bien sur le plan curatif que sur le plan préventif.
La continuité des soins doit être organisée dans le cadre du secteur (doté des structures ambulatoires adéquates) et en coordination avec les différents partenaires intervenant dans les domaines sanitaire et social.
Il convient donc de donner davantage de moyens adaptés en veillant à leur répartition équitable en fonction des besoins et des particularités des populations. Il convient aussi d’amplifier les visites à domicile permettant l’accompagnement du malade par l’équipe d’un même centre médico-psychologique, particulièrement lorsqu’il est fragilisé ou en pré-crise et de jouer un double-rôle : celui d’apaiser la personne à laquelle une hospitalisation peut être évitée et d’accompagner les proches dans une situation d’urgence. Une telle action amplifiée permettrait d’éviter des hospitalisations répétées et coûteuses. Si cette hospitalisation s’avérait nécessaire, elle serait alors gérée par l’équipe d’intervention, sachant que doit être mis en place -particulièrement à Paris- un service d’ambulances spécialisées afin d’offrir aux personnes en état de crise un transport dans des conditions adaptées et décentes.

De nouvelles formes d’accompagnement doivent être inventées. Certaines, innovantes, – citées en annexe de ce rapport – ont déjà fait leurs preuves.
Il est indispensable de travailler en réseau afin d’harmoniser la coopération des différents acteurs professionnels : le secteur public de psychiatrie, les conseils locaux de santé mentale ( à créer ou à réanimer), la police, les secteurs social et scolaire, le Service Public de l’Emploi et de la Formation Professionnelle et les associations. Il convient de tisser la réponse la plus adaptée à la souffrance de la personne, la notion de groupe étant la base fondamentale de ce travail.

La refondation de la psychiatrie de secteur est nécessaire.
L’hospitalisation à temps plein ne disparaîtrait pas, mais les unités ne comporteraient qu’une vingtaine de lits localisés sur le secteur géographique concerné. Des centres d’accueil intersectoriels seraient alors implantés dans les centres hospitaliers généraux, à proximité des urgences, pour gérer les urgences et orienter le patient sous un délai de 72 heures vers une sortie, un traitement ambulatoire ou dans certains cas une hospitalisation.
Il s’avère donc indispensable d’envisager un accueil systématique médicalisé et de réinsertion en sortie d’hôpital. Cette carence serait la cause aujourd’hui d’un grand nombre de rechutes, voire de suicides en France.
Cet accueil, moins coûteux à la collectivité que les hospitalisations répétées, serait également moins traumatisant pour les patients et pour leurs proches. Il conduirait de plus à une prise de conscience de la personne qui lui permettrait de mieux gérer sa maladie, première étape vers une réinsertion sociale adaptée.
Rappelons toutefois que, depuis 1960, l’institution est tenue de prendre en compte la dimension de l’aide au retour à la vie sociale, mission dévolue à la psychiatrie publique.
Pour aider les personnes fragilisées ou souffrant de troubles psychiques à se resocialiser, il faut imaginer des réponses souples, en particulier dans la durée, la prise en charge sanitaire et
l’accompagnement social. Il leur faut une prise en charge individuelle dans un dispositif général.

III Action et implication des élus locaux

Les personnes ont besoin :
- en priorité d’un logement adapté : collectif, individuel, familles gouvernantes ou structures médico-sociales…
- éventuellement d’une aide à la vie quotidienne : toilette, habillement, courses, cuisine, finances…
- d’une formation permettant un travail adapté avec accompagnement, ou en milieu ordinaire chaque fois que cela est possible
- de participer à la vie sociale en luttant contre l’isolement : lieux d’accueil, d’écoute et de parole adaptés (également ouverts aux familles), clubs…
- d’accéder aux loisirs et à la culture, ce juste droit d’accès constituant un enjeu éthique et citoyen : privilégier les activités culturelles et sportives, permettant de développer au mieux la spécificité de la personne.
Le premier acte de l’insertion est de sensibiliser la commune afin qu’elle reconnaisse la personne souffrant de troubles psychiques comme un citoyen : droit au logement, au travail, aux loisirs…
Rien de novateur en ce domaine ne pourra donc se réaliser sans une prise de conscience, une réelle implication des élus locaux que sont les Conseillers généraux et les Maires afin de permettre un redéploiement progressif des structures d’accompagnement au plus près de la population, avec une disparition à terme des grands hôpitaux psychiatriques à distance des lieux de vie.
La société se veut solidaire ; elle a le devoir social de prendre en charge les personnes handicapées.

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Published by Cépaduluxe - dans handicap
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