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26 août 2006 6 26 /08 /août /2006 12:11

Les avantages

Travailler permet d’avoir une vie organisée, un emploi du temps et des activités régulières
de progresser en apprenant de nouvelles choses petit à petit et se placer dans une perspective temporelle, de reprendre conscience du temps qui passe en quittant le présent élargi qui constitue l’environnement des personnes inactives
de rencontrer toutes sortes de personnes et d’initier avec elles des rapports sociaux voire amicaux, progressivement, par la répétition de rencontres régulières
de s’immerger dans le monde normal, le monde des gens imparfaits mais maîtres de leur corps et de leur esprit, le monde des gens capables de diriger naturellement leur volonté et leur concentration vers leurs objectifs personnels
cela permet de prendre exemple sur eux et de se laisser entrainer par des effets de groupe, notamment quand on travaille avec des gens du même âge que soi

travailler permet d’avoir une bonne image de soi, l’image d’une personne productive et utile
et de devenir plus adulte en exerçant de menues responsabilités, car même dans un métier d’éxecutant il y a un minimum de responsabilité

En ce qui me concerne le travail m’a discipliné et m’a apprivoisée
il a permis progressivement de briser certaines réactions de refus total vis à vis de l’extérieur qui existaient au fond de moi en m’obligeant à participer à des oeuvres collectives et à tisser des liens avec l’environnement matériel et humain de mon laboratoire

aujourd’hui, le maintien de mon activité professionnelle est mon objectif de vie principal


Les inconvénients

Il ne faut pas sous estimer le fait que le monde du travail est très dur et qu’il faut souvent choisir entre travailler ou se soigner car on a rarement le temps de faire les deux
en effet, travailler prend du temps et est souvent peu compatible avec un suivi médical soutenu, d’autant qu’il faut parfois déménager et changer de médecin, c’est à dire abandonner un médecin de confiance, celui qui a permis qu’on redevienne sociable, pour aller se confier à un médecin de circonstance

Travailler fatigue énormément
il faut prendre en compte toute la fatigue : celle du trajet, celle du temps de travail, et celle des soucis qui s’installent et se repètent ainsi qu’une tempête dans un crâne et empêchent de se reposer le soir

Travailler crée des stress sur lesquels on ne peut pas jouer à moins d’être son propre chef et de pouvoir décider de l’organisation de son poste de travail
il s’agit de stress sensoriels (bruit, lumière...), de stress liés à la responsabilité, de stress affectifs, de stress liés aux regards des autres
car travailler signifie s’exposer aux jugements des autres, et les jugements  ne manquent pas entre collègues ; leurs remarques sont souvent difficiles à entendre et à comprendre


Les débuts

trouver un travail n’est pas une mince affaire
il faut en général renoncer au niveau auquel on pouvait prétendre avant de sombrer tristement dans la schizophrénie
il faut accepter de renoncer à ses ambitions et parfois même à sa classe sociale,
par exemple, si on est enfant d’une famille bourgeoise et qu’on était destiné à de hautes études, il faut accepter d’aller faire un travail d’ouvrier avec des ouvriers et découvrir alors de nouveaux codes et de nouveaux usages

il faut non seulement savoir faire ce qu’on doit faire (connaître son métier sur un plan technique) mais aussi comprendre dans quel milieu on évolue (comprendre les usages et les coutumes du milieu professionnel dans lequel on évolue)
car dans un travail, il y a toujours à la fois un métier et un milieu, et il faut connaître et comprendre les deux
il faut assez vite trouver sa place sans se faire remarquer afin de ne pas devenir le souffre douleur ou le bouc émissaire
il ne faut pas se faire exploiter par les autres

il faut accepter de régresser quelques temps du fait de la fatigue qui fait monter les symptômes au début


Mes débuts

quand j’ai commencé j’avais passé 9 ans en dehors de toute structure sociale
j’ai d’abord fait un stage pendant un an dans le cadre de la réinsertion des personnes en difficulté, ce qui m’a fait une première étape
j’ai ensuite pris un travail de pur exécutant dans le milieu qui m’interessait, celui des laboratoires et de la science
j’ai recommencé en prenant beaucoup de médicaments qui m’aidaient à supporter le stress : neuroleptique + anxiolytique
j’ai renoncé à l’idée d’avoir le moindre loisir et j’ai simplifié au maximum mon mode de vie pour économiser mes forces (appartement à côté du labo, un seul commerce pour acheter à manger, une promenade hygiénique le dimanche comme seul loisir hebdomadaire...)
j’ai progressé lentement en apprenant de nouvelles choses chaque année
j’étais protégée par un naturel optimiste et par le fait que j’avais toujours voulu travailler
j’étais fière de moi et de mon autonomie financière vis à vis de l’Etat et de ma famille
j’avais peur des autres et de leurs remarques “ tu es trop sévère, trop catégorique, on ne t’entend jamais parler, tu dois t’ouvrir aux autres, tu ne sais pas t’amuser...” (je ressemblais à un robot savant en acier trempé et aux ressorts déréglés)
je pensais que je pouvais me suicider si cela devenait trop difficile et cette pensée me rassurait car elle me suggérait une porte de sortie
je m’étais promis de ne jamais retourner dans un hôpital et je m’entêtais dans ce défi


le bénévolat

quand j’étais vraiment malade, bien avant de trouver un emploi, je m’occupais parfois d’une personne âgée malade
j’avais accepté cette tâche qui n’était pas rémunérée car je voulais être utile malgré tout
je sais que je ne suis pas la seule à avoir eu la responsabilité de quelqu’un tout en étant malade
et il est clair que les schizophrènes conservent souvent le sens des responsabilités
curieusement, j’arrivais à m’occuper de cette femme 2 h par semaine, alors que je n’arrivais pas à m’occuper de moi
le bénévolat est une manière de travailler à son propre rythme
travailler 1 h par semaine, c’est déjà travailler s’il s’agit de rendre un service qui pourrait être rendu par une personne salariée


les solutions

l’idéal pour les schizophrènes serait sans doute de pouvoir bénéficier d’un parcours professionnel progressif
avec une augmentation progressive du volume horaire et du niveau de responsabilité
car il est important de prendre le temps de s’adapter et s’habituer à certains stress (de créer des habitudes) avant d’en connaître de nouveaux

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Published by Cépaduluxe - dans vivre avec
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commentaires

Sam Body 26/08/2006 18:09

Merci Cépaduluxe, ce chapitre (comme les autres) est très important, en effet il décrit très bien ton parcours. L'abandon du statut social auquel on pouvait prétendre est difficile à supporter, et par ailleurs certains malades les ont même finies avec un certain brio, les fameuses études supérieures auxquelles ils étaient "promis"... la chute n'en en pas moins dure.

Cépaduluxe 27/08/2006 15:48

oui, Sam, je sais que cette maladie entraine beaucoup d'humiliations et je crois que ces humiliations sont très difficiles à supporter à la longue