la schizophrénie existe t elle ? régulièrement, on nous annonce la mort de la schizophrénie on nous explique que la schizophrénie n’existe pas et n’a jamais existé qu’elle est le fruit de l’imagination maladive de certains médecins associés pour le pire à des laboratoires pharmaceutiques qu’elle a été inventée dans le seul but de justifier des soins abusifs perpetrés par des personnes incultes et autoritaires (les médecins), sur des personnalités originales (les schizophrènes) qui gènent la société par leur attitude contestataire...
Cette théorie un peu vieillotte continue d’attirer certaines personnes abruptes, en quête de philosophies anarchisantes, des personnes maladroites que je soupçonne de frivolité car la schizophrénie est plus grave qu’elles ne le croient et touche des fonctions beaucoup plus nombreuses que les seules fonctions de communication et d’identité car la schizophrénie peut toucher des personnes très conventionnelles qui avaient, avant la maladie, une grande volonté de s’intégrer dans la société, une société qu’ils aimaient, et dans laquelle ils pensaient pouvoir vivre, en espérant, comme tout le monde, y découvrir des personnes et des connaissances, et y faire de multiples expériences
qu’est ce que la schizophrénie ? une maladie, plusieurs maladies, un groupe de symptômes ? personne aujourd’hui n’est capable de donner une définition synthétique de la schizophrénie ni d’en expliquer le mécanisme ainsi la schizophrénie se définit par l’existence chez une personne d’un ensemble de symptômes clairement répertoriés en l’absence d’une autre maladie psychiatrique, d’une maladie neurologique, endocrinienne, ou d’un état toxique c’est donc une maladie qui se définit non par l’explication (le mécanisme physiologique altérant les fonctions cognitives) mais par l’observation des patients c’est donc un syndrome relativement large dans lequel se retrouvent des personnes parfois très différentes mais il n’y a pas à douter que ces personnes souffrent ou sont gravement handicapées car la gravité des symptômes est toujours nécessaire à un diagnostic de schizophrénie
et si la schizophrénie n’existait pas, il est certain que les schizophrènes, eux existent et qu’ils ont besoin d’être nommés pour exister dans le souci et la conscience politique de la communauté de la communauté médicale d’abord de la communauté citoyenne ensuite
on peut imaginer que dans l’avenir les classifications évolueront et le terme même de schizophrénie sera peut-être remplacé par un autre ou par plusieurs autres car ce terme est sans doute lié à notre époque et à notre méconnaissance globale de la physiologie du cerveau qui interdit la définition des maladies selon leur mécanisme en attendant, il faut savoir donner aux personnes malades un minimum de nom afin qu’elles puissent être identifiées et qu’elles puissent s’identifier elles mêmes car nommer les choses est la première action du discours et qu’en absence de nom, toute discussion est condamnée à la confusion
jusqu’au jour où la schizophrénie n’existera vraiment plus, parce que diagnostiquée aux premiers jours, au stade du bourgeon, soignée et guérie, elle n’aura plus l’occasion de fleurir et de délivrer ses senteurs vénéneuses et les schizophrènes survivront dans les mémoires comme des êtres d’un autre âge, associés historiquement à une époque impuissante, une époque injuste, cruelle, où les technologies profitèrent à certains tandis que les archaïsmes et les mauvaises politiques en humiliaient d’autres, chaque jour