Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
30 septembre 2006 6 30 /09 /septembre /2006 10:10
l’arrêt des médicaments
est ce une tentation dangereuse ?
une possibilité ?
un objectif ?
est ce raisonnable ?

souvent l’arrêt futur des médicaments est vécu comme un objectif
c’est l’objectif de la guérison
car on ne se sent pas malade
on se sait malade dès lors qu’on a accepté un protocole thérapeutique
mais le savoir n’est pas le sentir
alors on ne prend conscience de sa maladie qu’à certains moments de la journée, face à certaines réflexions de l’entourage, face à certains échecs, face à la boite de médicaments
ainsi, on pense qu’être malade c’est prendre des médicaments
et que n’être plus malade c’est ne plus en prendre
d’une certaine manière et dans ces conditions on a raison de vouloir ne plus en prendre car on a raison d’espérer guérir, d’espérer aller mieux, d’espérer vivre et gagner en autonomie

mais arrêter de prendre des médicaments, ce n’est pas guérir
c’est une solution qu’on envisage quand les médicaments ne sont plus efficaces par rapport à ses objectifs et qu’on décide de mettre en place une autre stratégie de soin plus efficace (thérapie, insertion professionnelle...)

pour ma part,
j’ai pris beaucoup de médicaments
je n’ai jamais pensé que j’avais besoin d’en prendre mais je les ai pris quand même
j’ai pris tous les médicaments que les médecins m’ont donné, sans jamais refuser ni oublier
je n’ai jamais pensé que les médecins avaient raison
ni qu’ils avaient tort
je n’ai jamais dramatisé la question des médicaments
je n’ai jamais eu de relation conflictuelle ou affective avec les médecins
j’ai obéi
j’ai fait ce qu’on m’a dit

je n’ai jamais cherché une solution idéale ou définitive
je n’ai jamais cherché un médicament miracle
je cherche la meilleure solution par rapport à mes objectifs
j’ai défini mes priorités
je n’ai pas peur des rechutes
je sais que je reprendrai des médicaments un jour et sans doute bientôt
et cela modifiera mon rythme de vie

je n’aime pas dire que j’ai arrêté de prendre des médicaments
je ne suis pas un bon exemple
je ne suis pas un mauvais exemple non plus
j’ai fait comme j’ai pu au gré des circonstances, à une époque où les schizophrènes n’étaient pas aussi choyés qu’aujourd’hui
j’ai vécu dans la rue et j’ai été maltraitée par mes deux premiers psychiatres
je suis devenue pragmatique
j’ai rencontré un psychiatre (en suivi externe après ma dernière hospitalisation) qui ne donnait pas trop de médicaments et qui dédramatisait tout
puis il m'a dit d'arrêter et de me consacrer à mon travail qui était mon seul centre d'intérêt
j’aimais assez cette attitude positive, très terre à terre, très concrète, qui faisait de ce médecin un “conseiller en vie quotidienne”
j’avais certaines idées sur ce que je pouvais faire et ce que je pouvais pas faire
je pensais que je pouvais travailler
je ne pensais pas que je pouvais guérir
je n’ai jamais voulu me soigner pour guérir mais j’ai toujours voulu vivre normalement
à ma manière
être autonome
je n’ai jamais voulu avoir de vie sociale, de loisirs, avoir une capacité de communication, savoir me divertir, comprendre les autres, m’associer à leurs jeux... je voulais seulement travailler pour avoir de l’argent et acheter des disques
certains voudraient que je sois moins inhibée, plus dans le monde
ces personnes là ont une ambition pour moi qui n’est pas la mienne
ils veulent faire de moi une femme attrayante alors que je veux seulement être un valeureux soldat
utile socialement, efficace à la tâche
toutefois, je veux bien admettre qu’un peu de souplesse dans mon esprit passablement rigide serait un luxe nécessaire

depuis un an ou deux mes priorités changent parce que j’ai envie d’autre chose
j'ai envie de devenir sociable

je continue toutefois de privilégier mon travail
je continue de ne pas vouloir prendre de médicament car je ne veux pas perturber l’équilibre actuel de ma vie
tant que ce n'est pas absolument nécessaire
peut-être cela redeviendra un jour une obligation

peut-être faudra t-il 
en repasser par quelque nouveau médicament et tous les risques de déconvenues, de passages à  l’acte, de désirs nouveaux qui ne trouveront pas de satisfaction... toutes ces manifestations de la volonté et du désir que les médicaments peuvent faire apparaître

je crois que je n’ai jamais cherché à guérir totalement
je crois que je veux rester un peu comme je suis dans une certaine mesure
si un médicament miracle existait, je ne le prendrai pas tout de suite, j'attendrai un peu
j’aime bien, le soir, sentir monter le rêve et voir s’inventer un imaginaire lyrique et mécanique,
j’aime bien sentir certaines sensations du corps disparaître et d’autres apparaître,
j’aime bien parfois le personnage immature et joyeux que je suis devenu et que personne ne comprend mais que tout le monde trouve sympathique
j’arrive maintenant parfois à jouer avec mes symptômes et avec mon personnage
je sais que c’est un jeu dangereux
c’est une étape
bientôt, j’aurai envie de guérir totalement
mais pas tout de suite
je ne veux pas changer trop vite
je veux que mon évolution se fasse lentement

Partager cet article

Repost 0
Published by Cépaduluxe - dans traitement
commenter cet article

commentaires

bémol 03/01/2007 23:23

"j’aime bien parfois le personnage immature et joyeux que je suis devenu et que personne ne comprend mais que tout le monde trouve sympathique"comment ferait on pour vivre si on avait pas un peu cela!!il faut le cultiverle recolteret le planter, celà dornera aussi un image plus positive de cette maladieplus naïveplus poëtiquec'est une description trés "juste" que tu donne dans ce texte...trés à la mesure*****je crois que j'ai tout lu  de ton blog!!je vais pouvoir partir satisfait de n'avoir pas simplement lu quelques lignes comme un internaute banal...non j'ai tout lu!! j'ai lu aussi les liens, et les liens des liens! bref j'ai passé du temps, mais ce fut tagréable!comme beaucoup peut être je me suis reconnuparfois bcp, parfois moins, mais j'ai toujours aimé!

Cépaduluxe 05/01/2007 14:45

merci beaucoup Bémol pour ton attention,tu as raison, il faut savoir cultiver la part joyeuse, la part juvénile et la part créative que l'on possèdeil faut apprendre à être heureux et ne pas avoir peur de l'êtreje te souhaite une bonne continuationj'espère que toi aussi tu es ou tu seras joyeux et heureux dans ta vieCép