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30 septembre 2006 6 30 /09 /septembre /2006 10:28

certains pensent qu’on ne doit pas se dire schizophrène
mais qu’on doit plutôt dire “avoir la schizophrénie”
pour eux, se dire schizophrène, c’est s’identifier de façon excessive à une maladie

je crois pour ma part que les deux expressions sont justes mais qu’elles ne parlent pas de la même chose

si on est schizophrène, on est du matin au soir lié à cette identité là, cette identité maladive
cette situation traduit bien le fait qu’un schizophrène est prisonnier de sa maladie du matin au soir
car je crois qu’on est schizophrène même quand on n’en ressent pas les symptômes
les symptômes sont la manifestations d’une structure mentale avariée qui préexiste et qu’on ne peut modifier que très très lentement
je crois qu’on est schizophrène même quand on va bien
je crois que l’angoisse est permanente
je crois que l’inaptitude par rapport au monde et notamment au monde social est permanente
je crois que l’impression de ne pas être soi, tout entier, est également permanente
même quand on se sent bien, on reste avant tout une personne foncièrement inadaptée au monde et aux choses, une personne fragile qu’un simple souffle fait trébucher, qu’une voix plus forte que les autres fait obéir, qu’une émotion rend idiot
je crois que l’expression “être schizophrène” traduit bien le fait qu’on vit en permanence, sinon avec des symptômes, au moins avec une perception suraigue, une perception qui rend beaucoup de choses plus intenses

si on a la schizophrénie, on est porteur ou propriétaire d’un bien, ou d’un malheur, ou d’un handicap
on est harnachée d’une chose qu’on se trimbale avec soi et dont on ne sait pas se débarrasser
je crois que cette expression traduit bien le fait qu’on doit s’occuper sans cesse de sa schizophrénie, qu’on doit toujours y penser, qu’on doit la connaître, l’accepter, l’apprivoiser, comme une chose ou un animal qui vit à côté de soi ou à l’intérieur de soi mais qui est extérieur à soi
si on “a la schizophrénie” cela signifie qu’on a quelque chose en plus, qu’on est une personne normale dotée d’une maladie, qui est un handicap et une différence
et c’est bien vrai qu’on reste humain, qu’on reste plein de désirs et de qualités, plein de défauts et de vantardise, car la schizophrénie n’étouffe la personnalité que dans sa phase la plus sinistre, qui est sa phase la plus dure, quand la personne schizophrène ressemble à une ombre pétrifiée ou à un automate déréglé

dans tous les cas, il est bien évident qu’à force, au fil du temps, on finit par mener une vie de schizophrène, et que la schizophrénie devient ni une identité ni une maladie mais une histoire et un mode de vie
car l’histoire qu’on vit, s’avère principalement orientée par le fait qu’on est victime de cette affection neuropsychiatrique nommée “schizophrénie”

être schizophrène c’est vivre d’une certaine manière, c’est avoir certains souvenirs, c’est une attitude, c’est parfois presque un métier
c’est fatiguant, c’est un rôle ingrat, c’est une position sociale peut-être utile dans la société, comme une position de bouc émissaire affectif, de symbole magique, de symbole archaique
c’est beaucoup plus qu’avoir une maladie
c’est mille fois plus compliqué et mille fois plus interessant que d’être malade, souffrant, patient, atteint d’un trouble, d’un syndrome ou d’une maladie mal connue
être schizophrène, c’est être tout seul, comme un con face au monde cannibale
c’est être un éternel exilé, condamné à ne jamais pouvoir trouver son port, sa maison, son âtre fumant, sa compagne ou son compagnon, son chien fidèle
c’est être toujours en retard ou en avance, jamais au bon endroit, toujours maladroit, toujours en décalage, toujours hirsute et malhabile
c’est être le personnage supplémentaire, celui qu’on tolère parfois, qu’on exclue souvent, dont on ne pense pas qu’il est vraiment utile ni qu’il compte à taux plein
c’est être le spectateur d’un monde confus et de sa propre vie qui n’en finit pas de prendre l’eau
c’est un spectacle permanent
un film en 3D avec son stéréo
c’est sûrement beaucoup plus qu’une maladie qu’on a ou alors ce serait une maladie qu’on aurait réinventée et dont on serait donc à la fois l'objet et l’inventeur

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Published by Cépaduluxe - dans vivre avec
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