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11 janvier 2007 4 11 /01 /janvier /2007 16:58

Faut il accepter l’étiquette ou la rejeter ?
accepter l’étiquette
au risque d’être enfermé dans la figure un peu grotesque, un peu pathétique, d’un handicapé mental
au risque de donner corps à une maladie qui peut-être n’existerait pas
au risque de devenir le représentant malgré soi d’une maladie peu connue et ambigue
au risque d’agresser ceux qui supportent mal ce mot
ou la rejeter
au risque de se mentir à soi même et de vivre dans le déni et la honte de sa maladie
au risque de vivre éternellement dans l’incertitude et de ne jamais être capable de parler de soi (faute de mot)

je ne sais pas
j’hésite

c’est difficile de trouver la juste mesure, le juste mot, l’attitude adéquate
il faut satisfaire l’opinion publique qui est rétive à entendre ce mot
il faut satisfaire les médecins qui aimeraient bien qu’on s’intéresse un peu à tout cela et qu’on soit capable d’en parler sans s’affoler
il faut satisfaire sa propre conscience, sa propre pudeur, qui nous pousse à rejeter un mot un peu trop grand, comme un costume trop grand pour soi

j’accepte désormais de me dire schizophrène dans le cadre médical, face à des médecins ou d’autres patients
c’est une étiquette et un diagnostic qui créent un postulat théorique, préalable obligatoire à la mise en place d’une thérapie multi cartes (médicaments, psychothérapie…)
ce diagnostic a du sens quand il me permet de définir un certain type de soins et d’hygiène de vie favorable à mon autonomie et mon épanouissement
ce diagnostic a du sens quand il permet de dire ce que je ne suis pas : je ne suis pas une personne dépressive, je ne souffre pas d’un problème éducatif, ni d’un traumatisme cranien
il faut ce terme de départ pour amorcer la discussion quant au soin

mais il faut dire que la schizophrénie se comprend très mal et que c’est parfois gênant de porter ainsi une étiquette dont le contenu est aussi riche de sens et de questions

le mieux pour moi est d’accepter l’étiquette au passé pour justifier ma jeunesse déstructurée et les séquelles que je subis, tant sur le plan du caractère que du comportement
je peux considérer que j’étais schizophrène mais que je ne le suis plus, dans la mesure où je suis sortie de cette période étrange où les symptômes formaient bloc, et créaient une autre sensibilité, une autre perception, hors du temps, hors de la mémoire, hors de la relation aux autres, une perception restreinte, extrêmement sommaire

je peux considérer que je suis un ex patient schizophrène, comme on peut être un ex otage, un ex prisonnier, un ex réfugié politique…
c’est à dire une personne qui a vécu une série d’humiliations et qui a réussi à conserver un certain orgueil
une personne qui a traversé une épreuve étrange et qui subit encore le poids de séquelles intimes mais qui a réintégré le jeu social

je peux considérer que je suis une personne souffrant d’une forme séquellaire de schizophrénie, une forme basse, faisant peu de bruit, et laissant désormais beaucoup de place aux exmpressions et aux sentiments (après une grande période de silence), une personne dont la mémoire reste fortement marquée par son histoire schizophrène

je pourrais aussi me considérer comme un patient psy d’une manière plus générale,
mais je ne veux pas avoir honte de ce mot là :
“schizophrénie”

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Published by Cépaduluxe - dans vivre avec
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commentaires

bémol 11/01/2007 14:44

"j’accepte désormais de me dire schizophrène dans le cadre médical, face à des médecins ou d’autres patients" Certes Cép c'est plutôt dans le tempo ce que tu dis! Dans un cadre bien défini , la schizophrénie a un sens bien défini!Dans un cadre de vie sociale dite normal; la schizophrénie prend une autre définition: folie, danger, cinglé, taré, fou parfois idiot!Faut il éduquer le cadre social ?faut il dissimuler la schizophrénie ?

Cépaduluxe 11/01/2007 22:24

faut il éduquer le cadre social ? c'est une bonne question, parfois, je pense que oui, parfois, je pense qu'au contraire, il ne faut pas, afin que nous puissions passer inaperçus, afin que nous ne puissions pas être reconnus en tant que schizoparfois, je pense que la méconnaissance de ce qu'est la schizophrénie est un avantage, par exemple dans mon environnement professionnelc'est un débat difficile à tranchermerci pour ton commentaireCép