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13 janvier 2007 6 13 /01 /janvier /2007 17:13

les trois premières années, j’exerçais un travail d’executant
le stress n’était pas absent mais 
- le souci du travail bien fait, l’exactitude dans la réalisation de tâches répétitives constituaient autant de contraintes que je parvenais à appliquer
- il fallait également tenir sa place, comprendre les usages professionnels, s’adapter aux manières d’agir et de parler de l’équipe, répondre aux sollicitations amicales, supporter les colères (en tant que témoins), entendre les plaintes de certains, assister et participer à cette vie collective riche en rebondissements qu’est la vie au travail ; je supportais bien ces dernières contraintes qui me fatiguaient mais ne me destabilisaient pas, car j’étais essentiellement spectateur
par ailleurs j’étais jeune au sein d’une équipe jeune, j’étais portée par le groupe
 
puis, j’ai accepté des responsabilités et les choses se sont gâtées très rapidement
- il s’est avéré que j’étais perfectionniste et que je faisais les choses avec trop d’attention par rapport à ce qui était demandé
- je n’arrivais pas à déléguer car je n’osais jamais rien demander
- j’acceptais les ordres et les explications de mes chefs sans discuter, sans commenter, et ils n’hésitaient pas à me raconter n’importe quoi
- je ressentais une grande incertitude, car je recevais très peu d’ordres par rapport à ce que j’avais connue jusque là, et les ordres que je recevais étaient peu précis, c’étaient plutôt des directives générales
finalement, les responsabilités me posaient un problème du fait de ma faible communication et de mon problème d’image
je me voyais encore tel qu’un soldat mécanique destiné à appliquer des méthodes et des principes au pied de la lettre, or, on attendait de moi un comportement souple et critique, de manière à ce que je sache mener mon petit groupe au sein d’une structure administrative pleine de faiblesses et de contradictions
il m’a fallu du temps et quelques incidents pour comprendre que je devais parler avec les autres pour entendre leur avis et prendre des décisions en connaissance de cause
et pour comprendre que je devais sortir d’une logique absolue d’application de théories afin d’entrer dans l’expérience et l’histoire d’un petit service scientifique dont les travaux et les résultats devaient satisfaire une clientèle bien précise et c’est tout

puis, j’ai noué quelques relations avec mes collègues, j’ai accepté par exemple des déjeuners au restaurant, et j’ai eu le sentiment qu’ils me faisaient confiance
j’acceptais de plus en plus de leur parler et j’en étais de plus en plus capable
alors, un nouveau stress est arrivé,
le souci de devoir parler de soi, la honte de leur mentir, la difficulté de les entendre parler au hasard de la conversation des personnes psychotiques, des déséquilibrés mentaux, des handicapés… leur dureté, leur brutalité de personnes bien portantes
le souci de montrer le visage d’une personne sereine, attentive, en bonne santé… le souci de ne rien révéler du caractère aberrant de ma personne, de ne rien laisser paraître, jamais
 

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Published by Cépaduluxe - dans vivre avec
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commentaires

Clothilde 11/03/2007 11:24

Je comprends tout à fait ton malaise quand tu entends tous ces gens bien portants avec lesquels tu travailles s'exprimer de façon négative sur les psychotiques.
Moi aussi, je travaille et comme toi, pour rien au monde, je ne ferais part de ma maladie autour de moi. Seuls mes proches sont au courant. Je n'en parle pas non plus à mes amis, j'ai trop peur de les effrayer et de les perdre.
Je me dis qu'un jour peut-être, je serai guérie mais alors, je ne sais pas si j'oserai parler de ma maladie, quand bien même je pourrais en parler au passé.
Amitiés,
Clothilde.

Cépaduluxe 11/03/2007 14:46

oui, je crois que tu as raison, il vaut mieux ne rien dire, par prudencemême si c'est dur parfois de vivre cachéCép