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7 mars 2007 3 07 /03 /mars /2007 13:08

Je ne sais pas très bien où commence le délire

je crois qu’il commence par des perceptions anormales
on peut les critiquer quelquefois,
parfois on ne peut pas

je me souviens de la critique de mes sensations corporelles (perceptions erronnées ou hallucinations), lorsque j’avais l’impression que mes bras allaient tomber, quand je cessais de les sentir, et que j’avais sans doute attrapé une sorte de lèpre
je me disais que je n’étais jamais allé en Afrique et que donc je n’avais pas la lèpre,
je me disais qu’il n’était pas possible que mes bras tombent car personne n’a jamais vu ses bras tomber
je ne délirais pas, je tuais le délire avant même qu’il ne s’élève
toutefois, il m’en restait quelque chose, comme une sorte de croyance enfouie en ma propre mort et ma propre destruction

Je ne sais pas ce qui me retenait de plonger dans le délire
je ne sais pas où commence le délire vrai
je ne sais pas à partir de quel moment on peut dire qu’il y a délire
je crois que c’est une continuité qui commence par des croyances fortes

*

Parfois j’avais l’impression que quelque chose allait se passer,
et je pensais alors qu’il me fallait accepter de vivre dans l’obéissance en attendant cet événement nouveau
je me vivais comme un personnage attendant son Histoire
je croyais en un destin qui m’aurait imposé de mener une vie de solitude, une vie d’obéissance et de servitude, une vie de pauvreté affective et mentale…
je ne m’étonnais pas de vivre cette vie passablement rétrécie et dénuée de toute dimension relationnelle
je n’étais pas étonnée de mon sort et n’en souffrais pas
j’étais entrée dans une phase d’acceptation de cette identité nouvelle
j’étais devenue cet être informe, à la limite de l’humain et de l’animal et je pensais qu’il était normal que je sois comme cela
je n’étais pas étonnée par la disparition de ma volonté et de ma mémoire
cette acceptation, cette suradaptation n’était pas un délire et pourtant… elle manifestait une incapacité totale de jugement
cette acceptation venait d’un effort pour accepter la situation sans se révolter, sans commettre d’éclats, sans commettre de violence… elle devenait une raison fondamentale, indispensable et incontestable

*

Je crois que le délire vient d’un oubli
l’oubli de la réalité
l’oubli de ce qu’on est ou de ce qu’on devrait être
je crois qu’on oublie le monde, son goût, sa violence, ses enjeux, les sentiments et les émotions qui y naissent, son sens, sa structure, son temps, son rythme… je crois qu’on perd la mémoire du monde existant et qu’on en réinvente un nouveau

je crois que le délire vient de ce rêve
le rêve d’un nouveau monde
un monde personnel
je crois que mon rêve était une expression primitive qui s’élaborait en remplacement des expressions habituelles plus complexes qui m’étaient devenues inaccessibles
je crois que je réinventais un monde primitif, un monde à la mesure de mes inaptitudes, un monde moral et guerrier, un monde d’honneur et de puissance, un monde de devoirs et d’obéissance…
je crois que j’inventais une morale et que c’était là encore une forme quasi délirante, la forme délirante d’une pensée
 
*

je crois qu’on ne conteste son propre délire qu’à condition qu’il nous apparaisse incongru
qu’à condition qu’il ne nous soit pas utile
qu’à condition qu’il nous semble désagréable et dangereux
mais qu’on ne le critique pas s’il nous plait, s’il nous convient, s’il est le prolongement possible de notre pensée, s’il est l’expression possible de notre conscience

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Published by Cépaduluxe - dans vivre avec
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commentaires

sam body 13/03/2007 13:56

Le commentaire de Suzette est parfaitement déplacé ici : "vivre du luxe de pouvoir délirer", c'est vraiment n'importe quoi, ce sont ce genres de raisonnements qui sont délirants de bêtise crasse, voire de méchanceté..."se prendre au jeu" ... en est un autre exemple, enfin la question de la définition de la réalité semble totalement dépasser la personne qui s'est permise de rédiger ce commentaire : la sienne de réalité ne fait place ni à l'humilité, ni à la remise en question, ni à la compassion, ni à l'empathie. OUI, cette personne est tristement conforme aux pires standards que l'on rencontre tous les jours.

Cépaduluxe 13/03/2007 19:22

Bonjour Sam,les blogs attirent parfois des messages hostilesc'est quand même assez rarecertains croient que les schizophrènes s'amusentqu'ils jouent aux idiots pour ne pas assumer les responsabilités que la vie impose à tout un chacuns'ils savaient toutes les responsabilités et toutes les contraintes que cette maladie nous imposent, ils n'en croiraient pas leurs yeuxmerci pour ton messageCép

dom 10/03/2007 18:55

Merci Cep.
Je comprends mieux en vous lisant.
dom

Cépaduluxe 10/03/2007 19:11

merci DomCép

suzette 09/03/2007 22:54

avant de parler de l'oubli "de la réalité" il faudrait déjà savoir ce qu'est la réalité
tu vis du luxe de pouvoir délirer et te prendre au jeu virevoletant des inductions et injonctions faites par les mots
je te souhaite bonne chance et j'espère surtout pour toi que tes parents ont un gros compte en banque question d'assurer ta retraite quand tu seras vieilles
yours sincerly,

Cépaduluxe 10/03/2007 10:23

j'assure ma retraite moi mêmecomme tous les salariés français, je cotise au régime obligatoire de retraite de la sécurité socialeCép