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22 avril 2007 7 22 /04 /avril /2007 14:10


Jour fatal où l’on apprend par hasard ou par raison son diagnostic
ainsi qu’un verdict
une ultime explication

ainsi qu’une raison d’une importance capitale et pourtant tout à fait ininteressante
car savoir qu’on est schizophrène explique tout à coup beaucoup de choses, donne de la cohérence à une histoire, crée un lien, une chronologie
et n’explique rien, bien évidemment, tant ce terme masque une vérité peu facile à apréhender

je me souviens que mes médecins n’ont jamais cherché à me dire ce dont je souffrais tant qu’ils me soignaient
moi même je ne voulais pas le savoir
je n’ai jamais parlé avec eux de maladie mais seulement de fatigue, de difficultés à gérer le quotidien, de problèmes pratiques en quelque sorte… et d’ailleurs je parlais très peu

je me souviens qu’ils me l’ont dit plus tard, alors que j’avais déjà cessé de bénéficier d’un soin régulier pour ne recevoir qu’une assistance plus relachée, destinée à prévenir les rechutes et amortir certaines difficultés de moindre importance
ils me l’ont dit car j’ai finalement manifesté ma curiosité
ils me l’ont dit car je m’étais promis de poser un jour la question, de m’interesser un jour à mon histoire, et j’ai fini par tenir ma promesse

cela faisait 17 ans que j’étais entrée en schizophrénie
et ce n’est pas un hasard si j’ai attendu aussi longtemps pour savoir

personne n’avait jamais songé à m’informer de la réalité de cette maladie m’imposant la vie réduite qui avait été si longtemps la mienne
le silence avait dominé la plupart de mes échanges avec les médecins…
le silence ou le mensonge ?
vieilles méthodes…
ce silence m’avait protégée de certaines peurs et de certaines questions difficiles que je n’aurais pas été capable de formuler

parfois je me suis demandée ce qui serait arrivé si j’avais su plus tôt…
bonne question

La connaissance du diagnostic
permet de savoir ce qu’on n’a pas : si on est schizo, cela veut dire qu’on n’est pas depressif, qu’on n’a pas fait de trauma cranien, qu’on n’est pas idiot…
permet de s’intéresser à sa maladie en apprivoisant le vocabulaire utilisé par les autres
permet de comprendre la nécessité de se soigner

dans le même temps, elle pousse à se voir comme une personne différente des autres,
elle donne du crédit à certaines impressions (souvent fortes) de ne pas être du même monde, de ne pas être de la même famille, de ne pas être de la même société…

elle peut faire peur selon les idées que l’on a ou que l’on n’a pas à ce sujet
selon ses propres idées reçues sur la maladie mentale
des idées reçues qui sont, au début, tant qu’on n’est pas capable de penser, tant qu’on en est réduit à des pensées primitives, un élément fondateur du comportement que l’on peut avoir face aux médecins et à leur discours

La connaissance du diagnostic pousse à la responsabilité
car elle oblige à se questionner et à sortir de certains délires ou de certains rêves
et à l’irresponsabilité
car elle pousse à s’inventer une identité de malade en souffrance, de handicapé et de victime, de personne sacrifiée… de personne solitaire et déliée des obligations communautaires

Il est bon de connaitre son diagnostic dès qu’on peut en parler, dès lors qu’on peut le critiquer, qu’on peut entrer en discussion…
pas avant

car ce diagnostic n’a de sens que s’il est le mot de départ d’un dialogue, d’une recherche, d’une quête personnelle, d’une redécouverte de soi, de son histoire, de ses propres forces, de ses faiblesses, et de son avenir.






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Published by Cépaduluxe - dans vivre avec
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commentaires

jo 23/04/2007 10:40

tout simplement merci! :-)

Cépaduluxe 24/04/2007 19:50

merci pour ce merciCép