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11 juin 2007 1 11 /06 /juin /2007 11:05

J’ai longtemps fait partie des bons patients
les patients sérieux et obéissants, les patients studieux et attentifs, les patients consciencieux et disciplinés…
les bons patients reçoivent toutes sortes de louanges
les infirmières et les médecins nous admirent pour notre courage, notre obéissance, ils ne cessent de vanter notre maturité, ils ne cessent de nous pousser vers une perfection dont ils ne seraient sans doute pas capable eux mêmes
j’ai parfois pensé qu’ils voulaient faire de nous des saints ou des héros
j’ai parfois pensé que leur attitude était dans le meilleur des cas ridicule, et dans le pire des cas cruelle
j’ai parfois pensé que leur manière de vanter nos courages nous imposait des efforts toujours plus importants, et nous poussait dans une logique un peu dangereuse d’abnégation, où la souffrance est la règle

Plus tard, j’ai fait partie des patients un peu moins bons, un peu moins doux, un peu moins complaisants
les patients méfiants, les patients inquiets, les patients qui ont des idées sur ce qu’il faut faire ou ce qu’il ne faut pas, sur ce qui est bon et ce qui ne l’est pas, les patients craintifs, les patients réticents…
les patients qui se protègent
les patients qui se sont construits une carapace, une tour d’ivoire, un terrier, et qui s’y sont inventé une personnalité exigeante à l’abri du regard des autres
les patients qui se sont sont construit un savoir, un savoir faire, une certaine idée d’eux même et de la maladie, une certaine idée de leurs besoins et de leurs possibilités, une idée forte, une idée et un entêtement, une force et une dureté…
j’ai senti alors une certaine distance apparaître chez les médecins, comme si tout à coup ils n’osaient plus prendre de décision me concernant, comme s’ils prenaient acte de mon désir d’indépendance
comme s’ils prenaient acte de mon autonomie et ma souveraineté…

Je n’ai jamais fait partie des mauvais patients
ceux qu’on qualifie ainsi…
ceux qui se révoltent à tort ou à raison contre le système
ceux qui refusent qu’on les aide
ceux qui crient, hurlent, insultent, accusent
ceux qui sont agités et qui font peur…
j’imagine qu’ils en subissent les conséquences
j’imagine qu’ils payent le prix de leur désobéissance
j’imagine qu’ils subissent des violences en miroir de celles qu’ils imposent aux autres
je sais que pour certains d’entre eux, le conflit devient si dur avec l’institution psychiatrique que tout soin devient impossible
je pense à eux, parfois,
je m’inquiète pour eux,
quel est leur avenir, quel est leur perspective, quelle est leur chance ?
je m’inquiète en songeant à la solitude qui s’installe autour d’eux et qui les condamne à jamais.

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Published by Cépaduluxe - dans traitement
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commentaires

Sandra 17/06/2016 23:00

Votre article est bien dit... mon fils est mort le mois dernier a 23 ans...il avait un cancer...mais voyez vous c'est la schizophrenie qui la tué...il avait tellement peur qu'on le prenne pour un fou...il avait tellement peur de se retrouver encore en HP...il en a eu marre de tout ca ! Et son psy...pfff je veux meme pas en parler...bonne continuation a vous.

olala 29/03/2009 23:10

De très jolis articles. Merci

dolly_pran 17/06/2007 21:20

Bonjour Cepaduluxe,Je lis de temps en temps ton blog.Je travaille dans un laboratoire depuis 6 mois maintenant et suis classé schizophrène.C\\\'est aussi ta situation et tu as plus d\\\'expérience que moi.J\\\'espère donc glaner ici quelque solution à mes problèmes bien que nos situations et nos vécus ne soit pas les mêmes.Je rencontre des difficultés au quotidien assez phénoménales et je me demande parfois commens tu as fait pour tenir. Alors tu me donnes un peu de courage.Par contre ton analyse des mauvais patients ne me parle pas du tout. Je suis un "mauvais patient", je ne suis aucune thérapie et c\\\'est mon médecin généraliste qui me precrit les médicaments. Je ne le ressent pas comme un facteur d\\\'isolement supplémentaire ; juste que je ne vois pas de psychiatre. Peut être un jour je reprendrais contact avec la psychiatrie mais pour l\\\'instant j\\\'en ai pas envie. Trop de conflit et d\\\'opposition antérieur.Bonne continuation.Dolly.

Cépaduluxe 20/06/2007 13:38

Hello Dolly, c'est fatiguant de travailler et il m'a fallu un certain temps pour arriver à trouver les solutions afin de m'économisermais j'ai appris à m'organiser et je me suis endurcie au fil du tempsje te souhaite bon couragepar ailleurs, je ne pense pas que tu sois un aussi mauvais patient que cela puisque tu vois un médecin moi aussi, je n'ai pas vu de psychiatre pendant un certain temps mais j'en revois un actuellement (j'ai rendez vous demain)SalutCép

sylvain Létoffé 14/06/2007 12:32

Bonjour,
un ami m'a parlé de votre site, que je trouve intéressant dans la mesure où pour une fois quelqu'un dit quelque chose sur la psychiatrie, et pas du point de vue médical, du médecin.
Voici un texte écrit il y a quelques mois concernant la théorie médicale (psychiatrique et ses défauts).
texte que je vais remanié et publier bientôt sur les cahiers. voici la première version: http://mimetik.prod.free.fr/textes.htm
bien cordialement
 

Cépaduluxe 14/06/2007 20:12

merci pour ce message, je vais lire votre texteCép

Debbie 13/06/2007 23:19

Un petit mot pour te dire que je te lis réligieusement et que je suis étonnée qu'il y ait si peu de commentaires sur ton site, que je trouve d'excellente qualité, comme je l'ai déjà dit, d'ailleurs. Je vais beaucoup mieux en ce moment, je prends du Zoloft, préscrit par mon médecin généraliste, et ça traite les symptômes, même si ça ne traite pas la cause de ma dernière crise. Ca ne m'empêchera pas de continuer à te lire avec beaucoup d'intérêt, et te soutenir. Amitiés, Debbie

Cépaduluxe 14/06/2007 20:07

mercicela ne me dérange pas qu'il n'y ait pas beaucoup de commentairesje ne connais pas le Zoloft, les médicaments traitent souvent plus les symptômes que les causes… c'est déjà pas mal bon courageCép