J’ai recommencé à travailler assez tôt
j’avais encore beaucoup de difficultés,
ma vie était extrêmement simplifiée
le travail me servait de lieu d’apprentissage, me permettait d’avoir un cadre, de profiter d’un élan, celui de mes collègues, jeunes pour la plupart…
le travail me sortait de la marginalité, me permettait de profiter d’un environnement banal, ordinaire, et j’avais besoin de cela
mais des années après, alors que j’allais mieux, que je commençais à m’interroger, que je commençais à parler, que je commençais à m’inquiéter pour moi même… quand j’ai compris que j’étais malade ou, tout au moins, que je souffrais d’une déficience durable… je me suis trouvée piégée
je n’avais plus assez de temps et d’énergie pour me consacrer à une thérapie que j’ai du arrêter plus tôt que prévu
je ne parvenais pas à vivre la semaine dans la peau d’une personne ordinaire qui s’impose des efforts et une discipline intransigeante,
puis à me mettre dans la peau de la personne souffrante, face au thérapeute
je ne parvenais pas à faire ce grand écart, à gérer cette double attitude, ce double langage
c’est ainsi qu’on se rend compte qu’il y a deux stratégies souvent contradictoires
soit, on se soigne, et cela demande du temps et de la disponibilité, cela impose de beaucoup se centrer sur soi même… on risque alors de se marginaliser et de s’installer dans une position de handicapé définitif (narcissique ?) par la force des habitudes
soit, on travaille en acceptant ses handicaps et en tentant de minimiser le stress… mais on risque de ne plus pouvoir progresser, de stagner, de voir son propre développement psychique ralenti, voire même étouffé par la fatigue et le stress professionnel… on est tenté de s’imposer une vie extrêmement rétrécie… on risque de s’installer dans un métier et une vie très étriqués
évidemment,
des mi temps thérapeutiques, des lieux de travail protégés permettraient de ne pas faire ce choix tellement difficile entre se soigner ou s’insérer
ces lieux existent mais sont en nombre insuffisants
ces lieux sont pourtant essentiels
malheureusement, l’offre de soins est encore peu adaptée aux personnes qui travaillent
beaucoup de patients sont obligés de diminuer leur prise en charge thérapeutique au moment où ils reprennent une activité professionnelle
le risque de rechute est important
le risque de stagnation de son propre développement l’est encore plus, et il est peu pris en compte par les médecins
par Cépaduluxe
publié dans :
vivre avec

g
Cépaduluxe







