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17 juin 2007 7 17 /06 /juin /2007 11:12

Ma vie s’est arrangée à un rythme ordinaire
laborieux
je travaille et je me repose
l’apparence est sauve

ma vie est simple et précise
stricte et mesurée
douce et agréable

j’ai quelques loisirs
je connais quelques plaisirs
quelques fréquentations amicales
auxquels j’impose une certaine distance

auxquelles je mens, aussi
car je ne veux pas qu’elles sachent
ce mal qui me ronge
cette étrange folie latente
l’absurdité de mes propos et des mes comportements, quelquefois
je ne veux pas qu’elles connaissent les circonstances de ma vie, et je suis persuadée qu’elles n’y comprendraient rien, tant elles semblent étrangères à ce genre de situations


quand tout est calme autour de moi, quand tout est habituel, alors, je vais bien
très bien
je goûte cette accalmie qui succède à  l’orage
je profite des jours heureux

il faudrait que je vive sans connaître de stress, de changement soudain, sans connaitre de surprise
il faudrait que je sois prévenue à l’avance
est ce possible ?
non
je suis condamnée à vivre dans l’impossible


la schizophrénie pour moi n’est plus une maladie mais une histoire
drôle d’histoire
des histoires au pluriel pour une vie décousue

au final, j’aurais vécu plusieurs phases, plusieurs périodes, plusieurs états nécessitant à chaque fois des soins et des méthodes différentes
une phase de repli dans l’enfance
une phase de désorganisation entre 17 et 20 ans
une phase de regression et d’abandon de soi même entre 20 et 25 ans
une phase de reconstruction, par l’hyperdiscipline et un travail très structurant, entre 25 et 32 ans
une phase de développement de soi, de découverte de certains plaisirs et de mise en place de moyens de communication (communication verbale objective et communication non verbale affective) entre 32 et 36 ans
et désormais une phase de prudence,
prudence du fait d’une maladresse résiduelle, d’une perception exagérée, d’une angoisse latente qui perdure et perdurera, je pense, très longtemps

je n’ai jamais cessé de fournir des efforts
je n’ai jamais cessé de m’occuper de moi même (à ma manière)
je n’ai jamais cessé de lutter contre cette maladie et je me suis peu souciée du reste
je suis devenue une de ces personnes qui se connaissent bien


rien n’est fini bien sûr
la rémission n’est pas une période de calme, de stagnation, d’immobilisme
c’est une période de mouvement, aussi dynamique que les précédentes,
aussi risquée, peut-être, aussi


ce sont les psychiatres qui décident du début de la maladie
ce sont les patients qui décident de la fin… quand, tout d’un coup, ils réalisent que leur vie de malade ne leur est plus adaptée, que leur vie de malade les étouffe au lieu de les protéger

je suis à la fin
j’entre dans cette période de fin qui durera peut-être longtemps
car la fin n’est pas un instant mais un moment qui se prolonge


tout n’est pas réglé bien sûr,
il y a autre chose désormais, comme un état paradoxal, un état psychotique léger, accepté, acceptable, un état qui préexistait peut-être et qui, en tout cas, s’installe avec la rémission
un état particulier fait de sensibilité et d’insensibilité, fait d’égoïsme et d’altruisme, comme un état de conscience décalé par rapport aux situations habituelles, comme un état de développement atypique, ayant laissé certaines zones en friches tout en ayant aiguisé certains domaines de perception
un état paradoxal acceptable par opposition à l’état insupportable qu’on a connu, que j’ai connu, il y a longtemps maintenant, quand j’étais cette victime despérée d’une folie et d’une raideur inexprimables


j’aimerais tourner la page.

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Published by Cépaduluxe - dans cepaduluxe
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commentaires

Elisa Jacques 07/08/2007 15:22

Je viens de lire votre texte Cép, et je m\\\'interroge. Ne voyez-vous que des phases dans votre évolution ?Etes-vous sûre que vos fragilités, vos délires sont sans logique ? Qu\\\'il n\\\'y a qu\\\'une explication clinique à vos difficultés ? Peut-être des causes extérieures étaient-elles à l\\\'origine de ces différentes phases ?Parfois, la raison nous échappe car la raison nous échappe. Même dans la folie l\\\'esprit a sa logique.

Cépaduluxe 07/08/2007 20:13

Bonjour, il n'y a pas que des explications cliniques à mes difficultésil y a aussi ma vie et mon histoire personnelle, culturelle et familialeCép

adeline 30/06/2007 14:08

Bonjour...je me suis parfaitement reconnue dans ce que tu decris... je cache moi aussi a mes proche mon etat peut etre par pudeur ou par peur qu'ils ne comprennent pas mes angoisses, ce mal qui me ronge... j'ai l'impression que personne ne peut me comprendre et ca m'est trés difficile!!!courage a toi t'est sur la bonne voieadeline

Cépaduluxe 02/07/2007 16:08

merci pour ton messageCép

Debbie 18/06/2007 22:15

A la fin de ma dernière tranche d''analyse (je n'ai jamais été "diagnostiquée" quoi que ce soit, et ne suis jamais entrée dans le circuit hospitalier...), j'ai eu l'impression d'être revenue de la mort, d'avoir vécu une deuxième naissance, un miracle en quelque sorte. Cette expérience a résonné pour moi avec ce que Jorge Semprun raconte dans "L'Ecriture ou la Vie", quand il revient à Buchenwald longtemps après avoir été interné, et pour la première fois, entend les oiseaux chanter. (C'est difficile à résumer en quelque lignes...) Je trouve que le fait de traverser des épreuves comme tu les as traversées peut parfois faire entrer quelqu'un dans un état de grâce, un état où on devient sensible à l'infime, aux petits bonheurs, comme tu le dis. C'est précieux à une époque où tout va très vite.
Une autre remarque : ma génération (juste après les baby boomers) est née de personnes qui ont souffert de terribles privations physiques, et de traumatismes terribles (la faim, la pauvreté, la guerre, etc.). Mes parents voulaient m'épargner leur souffrance. Mais quelque part, des générations maintenant ont grandi avec l'idée que la condition humaine était exempte de souffrance, et que si on souffrait, on était anormale, malade, tout ce que tu veux. Mais c'est un énorme mensonge. Si c'est vrai que la souffrance ne fait pas forcément grandir, on peut en faire quelque chose si on veut. Je constate lors de ma dernière décompensation que je n'ai pas perdu toute ma lucidité. Des choses que j'ai acquises par le passé sont restées, et je n'ai pas sombré dans une enième répétition. J'ai néanmoins grandi à travers tout ça. Et d'après ce que tu dis, toi aussi. Etre "chronique" et avoir des habitudes c'est peut-être pas la même chose. Et puis, les amis à qui j'avoue ma fragilité (sous le nom de dépression) sont heureux de me remonter le morale. Les gens ont terriblement besoin de sentir qu'être fragile, c'est pas la fin du monde, (pour eux, surtout, autant que pour toi) et qu'ils peuvent être utiles à quelqu'un d'autre.
Last but not least, une citation de John Milton qui, aveugle, a dicté Paradise Lost à son secrétaire personnel après l'âge de 50 ans, je crois :
"They also serve who only stand and wait." Ils servent aussi, ceux qui ne font que rester debout et attendre.

Cépaduluxe 20/06/2007 13:42

merci pour cette contributionCép

Lila 18/06/2007 21:56

J'aime beaucoup vous lire. Merci.
Je vous souhaite tout le bonheur possible.
Lila

Cépaduluxe 20/06/2007 13:40

merciCép