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10 août 2007 5 10 /08 /août /2007 21:00


Il y a 20 ans, j’entrais en psychiatrie
comme on rentre dans les ordres

je faisais sacrifice de ma vie, de ma destinée, de mon autonomie, de ma vitalité
pour connaître un autre monde, une autre vie, un silence, une image, une musique intérieure

rien n’était prévu
rien n’était volontaire

il y a 20 ans, j’entrais dans l’inconnu
dans l’incompréhensible
dans l’humiliation
dans l’imperfection
dans la solitude

j’étais jeune et raide comme un piquet
j’avais l’ambition de vivre sans concession, sans ennui, sans se plaindre, j’avais l’ambition de mener une vie active et raisonnée
j’étais cultivée, de plus en plus, insatiable, prête à lire et entendre tous les discours intellectuels que je pouvais

je perdais mes moyens sans m’en rendre compte
sans y croire
sans savoir
je perdais les moyens de grandir, de devenir un adulte confiant, sûr de lui même et de son avenir
je perdais les moyens de devenir une personne efficace et productive

je m’habituais à ce nouvel espace
cette nouvelle vie
cette nouvelle donne
j’avais choisi le camp des victimes
sans le savoir
sans le vouloir vraiment
j’avais choisi inconsciemment de vivre comme une victime, dans ce rythme  lent, ce rythme souffrant, ce rythme éternel

c’était il y a 20 ans
c’était une première hospitalisation
c’était une époque où les troubles neurologiques cachaient encore la réalité vraie du déficit
c’était une époque où les défaillances s’installaient en périphérie d’un corps à peu près sain, et le pénétraient jusqu’à faire leur nid à l’intérieur, en profondeur

j’ai parfois l’impression d’être revenue à ce point de départ
ce début
j’ai parfois l’impression d’être à nouveau dans cette situation précaire
ce moment de grande curiosité
de grande envie de vivre
ce moment où les fragilités restent peu encombrantes
laissent place à la vie
ce moment où les fragilités importent peu, ne sont pas devenu le sujet unique de toutes les questions, de toutes les précautions
ce moment de grande inconscience

j’ai l’impression parfois d’avoir fait un grand tour et d’être revenue à cette adolescence
à cet âge balbutiant.

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Published by Cépaduluxe - dans cepaduluxe
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commentaires

Debbie 10/08/2007 13:44

Coucou Cép,
Un petit mot pour dire que je continue à te lire avec beaucoup de plaisir, et que je vais imprimer quelques-uns de tes posts pour une amie qui souffre de dépression en ce moment, mais qui n'a pas accès à Internet (probablement à la rentrée), car elle et moi, on part quelque temps. Ce que tu dis sur l'adolescence me touche, car je crois que cette manière d'être au monde que nous partageons (je crois, en tout cas) nous rend particulièrement sensibles aux enjeux de l'adolescence, la première fois, le militantisme, une certaine découverte du monde. Je suis contente que tu en sois heureuse en ce moment. Amicalement, Debbie

Cépaduluxe 11/08/2007 12:57

merci pour ce messageCép