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16 février 2007 5 16 /02 /février /2007 21:50
Il doit être capable de s’intégrer à une structure polyvalente
il doit être capable de faire confiance aux autres
il doit connaître les différentes méthodes et thérapeutiques efficaces
il doit connaître les dispositifs sociaux
il doit avoir des notions de sociologie, d’ethnopsychiatrie, de morale, de religion et de philosophie

Il ne doit pas oublier que la maladie de son patient est encore plus complexe qu’il ne le pense
car la complexité de la schizophrénie n’a pas de limite
et que la vie des patients schizophrènes est souvent semée d’embuches et de chaos peu avouables et secrets
il doit se souvenir que son patient ne lui dit pas tout

Il doit être capable de changer d’avis quant à son patient car le patient évolue

Il doit se soucier des conditions de vie et d’hygiène et des conditions matérielles de la vie de son patient
ainsi que de sa santé somatique
car son patient ne vit pas d’amour et d’eau fraiche, car les problèmes accessoires d’hygiène et de maladie peuvent aggraver les problèmes psychiques ou s’y associer d’une manière inextricable

Il doit être calme, aimable et cultivé
car les patients sont exigeants
il doit avoir une vision éthique et politique de son rôle qui est un rôle à la fois médical et moral dans la mesure où les patients schizophrènes sont à la fois des malades et des victimes d’une certaine société violente

Il doit apprendre à connaître son patient petit à petit jusqu’à chercher une certaine familiarité qui ne peut s’instituer que sur une grande durée

Il doit être capable d’optimisme sans pour autant nier la gravité de la maladie de son patient
il doit être capable de penser à long terme et d’envisager son patient dans le cours d’une histoire personnelle allant de l’enfance à l’âge adulte car rien ne s’explique sans cette perspective historique

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Published by Cépaduluxe - dans psychiatrie
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16 février 2007 5 16 /02 /février /2007 21:48
Elle doit être capable de s’intégrer à un groupe
elle doit être capable de prendre sa place dans une équipe, dans une logique, dans une stratégie de soin, et ne pas remettre en cause par son tempérament les habitudes qui se sont instituées

Elle doit être aimable et polie
elle doit être souriante
parfumée
donner l’impression d’aimer la vie et de ne rien regretter
elle doit montrer l’exemple d’une forme de liberté, d’une forme d’aptitude, d’une forme de grâce
elle doit montrer l’exemple d’une vie menée sans trop d’efforts, sans cruauté ni violence, elle doit montrer l’exemple d’une vie qui s’exerce d’une manière naturelle

Elle ne doit pas critiquer son patient car elle ne le connait pas
il lui faudrait cent ans pour le connaitre
et elle n’a que quelques jours
il lui faudrait dépenser une énergie phénoménale et dangereuse pour comprendre l’expérience très particulière que vit son patient
elle doit être capable de cotoyer un patient qu’elle ne connaît pas, de cotoyer un étranger sans en avoir peur

Elle ne doit pas penser que son patient lui appartient
elle doit accueillir son patient comme une maitresse de maison accueille un visiteur de passage, dont on ne sait pas très bien d’où il vient

Elle doit être calme et modeste car la tempérance est une vertu de première importance


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Published by Cépaduluxe - dans psychiatrie
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14 février 2007 3 14 /02 /février /2007 21:46

Je ne me souviens pas d’avoir souffert tant que cela
je me souviens d’une résistance particulière qui me permettait de supporter des conditions de vie particulièrement dures et humiliantes, des conditions de vie qu’aujourd’hui je n’accepterais pas
je me souviens en particulier d’une grande propension à résister à la dépression, je me souviens d’une grande facilité à trouver des récompenses et des refuges afin de pallier aux angoisses montantes, aux angoisses qui semaient parfois le doute dans mon esprit et semblaient vouloir me liquider
je me souviens d’une grande capacité au rêve, d’un goût pour l’art très prononcé qui me permettaient de cueillir la beauté dans une vie parfois un peu rude
je me souviens d’une forme d’insouciance, antagoniste de toute souffrance
je souviens d’avoir accompagné ma maladie dans sa phase la plus aigue d’une insensibilité à la douleur autant physique que morale
je me souviens d’une vie dans l’instant et non dans le temps, une vie vécue comme une succession d’instants tellement courts qu’ils ne permettaient pas l’installation de la moindre douleur, ni d’ailleurs de la moindre émotion

je me souviens que le réveil de la douleur est venu avec le réveil des sens, et que ma vie est devenue tout d’un coup beaucoup plus complexe et beaucoup plus dure, bien que j’allais beaucoup mieux

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11 février 2007 7 11 /02 /février /2007 09:47
On passe sa vie à faire des efforts
ainsi qu’un pénitent
on passe sa vie à progresser, marche après marche, comme s’il fallait gravir une montagne
on passe sa vie à essayer de comprendre, à écouter des médecins, à leur parler, à se conformer à leurs prescriptions, à accepter leurs méthodes parfois un peu brutales…
ou à les contester timidement, sachant qu’on leur doit quand même une certaine obéissance

on passe sa vie à faire des efforts, à respecter des règles, à obéir à une institution

il est certain qu’on parvient par une forte discipline à contenir la confusion de l’esprit et des sens
on arrive à donner de la structure à ce qui n’en a pas, par des exercices quotidiens, des médicaments, des paroles et l’application d’une routine imparable
on arrive à créer des habitudes qui remplacent l’instinct défaillant
on arrive à recréer autour de soi une vie acceptable
une vie qui reste fragile et menace de s’effondrer si l’effort se relache
alors on maintient l’effort

pourquoi tout cela ?
pourquoi tous ces efforts
quel est le but, l’espoir, l’objectif ?
parfois je ne sais plus

parfois, je pense qu’il n’y a pas d’objectif, et qu’on est simplement entré dans une logique, un souci de conformisme, un désir de guérison qui s’est imposé et qu’on n’a jamais osé contester
on veut aller mieux par principe, on fait des efforts par habitude, mais on ne sait plus pourquoi on veut aller mieux
on n’a pas le courage de revendiquer le droit d’être malade et de le rester
on n’a pas le courage d’abandonner ce rêve idiot : la guérison
on continue de chercher à s’améliorer comme si rien d’autre n’était plus important que cela : devenir enfin quelqu’un de solide, quelqu’un qui ne s’effondre pas, quelqu’un d’intègre… et cette recherche devient le moteur même de la vie

et alors on se rend compte qu’on vit dans une perpetuelle recherche de soi même, dans une perpetuelle lutte pour exister, dans un combat permanent pour porter sa propre vie
on se rend compte qu’on devient plus responsable de soi même que tous les autres, on devient presque son propre créateur et une sorte d’explorateur de sa propre substance intérieure

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11 février 2007 7 11 /02 /février /2007 09:46
Certains pensent qu’on ne veut rien entendre alors même qu’on ne peut rien comprendre
car “se sentir malade” signifierait qu’on soit capable de sentir ses propres défaillances, or on ne peut pas,
on ne peut plus se juger, s’inquiéter, s’interroger
on ne se connait plus et on ne se reconnait pas
on ne ressent pas l’échec sensoriel, l’échec relationnel, la défaillance des perceptions, on ne ressent pas l’erreur et le manque de son propre fonctionnement

on ne peut que voir sa propre vie qui se délite et on ne sait pas pourquoi,
on ne peut que voir cette déchéance, cette corruption, cette violence, cette déliquescence qui monte autour de soi…
on ne peut voir que les conséquences d’un mal dont on ne comprend pas l’origine
on ne peut qu’assister à un étrange spectacle, parfois ridicule, parfois monstrueux, toujours navrant, et tout à fait irreel
on ne peut pas croire qu’on soit vraiment en train de devenir malade ou handicapé, on ne sent ni douleur, ni malaise, ni manque
on voit la vie et le monde changer et on assiste à ce changement, triste et impuissant
on ne sait pas si on est la cause ou la victime, l’origine ou l’objet de cette situation

on ne se souvient pas du début, on ne peut imaginer l’avenir
on ne se souvient plus de ce qu’on était, on ne se souvient plus de ce que c’était, quand tout était facile
on perd la mémoire de cette expérience ancienne, on ne peut pas se comparer à ce qu’on était
on accepte la nouvelle donne, on accepte le dysfonctionnement, on s’adapte à ce qu’on est devenu, parce qu’on ne se souvient pas de l’ancienne vie, parce qu’on n’est plus capable de se mesurer, de se comparer

mais je ne pense pas qu’il faille connaitre son diagnostic pour se soigner
je ne crois pas qu’on ait besoin de cette étiquette pour prendre les choses au sérieux
je crois qu’on peut lutter contre la maladie sans savoir qu’on lutte contre une maladie
je crois que le plus important est de garder l’envie de vivre, l’envie de voyager, d’aller ailleurs, de sortir, de construire, de progresser, d’apprendre, de partager et d’aimer
je crois que le plus important est d’avoir confiance en sa chance et de réapprendre à vivre petit à petit comme si on naissait une deuxième fois

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8 février 2007 4 08 /02 /février /2007 19:12

Quelle est cette sensation d’exil imaginaire
de ne pas appartenir à cette terre
à ce pays
d’être privée d’une langue, d’un territoire, d’un paysage familier

j’ai souvent voulu retourner vivre au Moyen Orient sur la terre de mes ancêtres, bien que je sois née en France
j’ai souvent voulu partir vivre dans un pays pauvre, comme si la richesse et la sophistication de la société françaises m’étaient pénibles
j’ai souvent voulu partir vivre dans des pays dont les langues me sont parfaitement inconnues, comme si je voulais fuir les voix et les discours et me réfugier dans la musique d’un langue indéchiffrable

Aujourd’hui encore, je rêve d’un grand voyage de plusieurs mois, quelque part, dans une terre inconnue et dépeuplée, dans un himalaya quelconque, loin des psychiatres et de leurs conseils de bonne femme, loin des psychologues et de leurs hypothèses enigmatiques, loin des infirmiers et de leur sens moral… loin de tout cet environnement rassurant qui finit par m’inquiéter

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8 février 2007 4 08 /02 /février /2007 19:10
On pourrait croire que la schizophrénie s’installe sur la partie la plus fragile de soi même
je l’ai longtemps cru
je pensais que c’était une sorte de pourriture de certaines failles internes nées de l’enfance
et puis j’ai pensé ensuite que c’était l’inverse
que la schizophrénie s’installait sur la partie la plus forte
sur le meilleur de soi

j’ai alors pensé que la schizophrénie s’installait sur la part de soi la plus altruiste et la plus généreuse, sur la part de soi même la plus riche
j’ai pensé que c’était une sorte de dérapage d’un mouvement de l’esprit et de l’âme tout à fait honorable
le dérapage d’un souci esthétique, littéraire, artistique, scientifique, le dérapage d’une curiosité, d’une intelligence, d’un souci humaniste

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4 février 2007 7 04 /02 /février /2007 11:54

100 ème article

l’heure du bilan n’est pas arrivée
le projet prend forme
il évolue
les pensées s’organisent

cette forme d’écriture me convient
car elle se constitue par bribes

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1 février 2007 4 01 /02 /février /2007 17:50

Il fut une époque où je cherchais à connaître les grandes théories
celles qui régentent le monde
et le langage
j’étais à la recherche d’une vérité ultime
comme d’autres cherchent Dieu

je cherchais à comprendre les mécanismes étranges qui créaient des relations entre les phénomènes
qui créaient une dynamique
qui créaient un mouvement et une histoire

chaque chose semblait liée à une théorie et toutes les théories s’enchainaient les unes aux autres pour dessiner des vérités d’envergure philosophique
chaque chose semblait pouvoir être un signe

je percevais certains phénomènes comme annonciateurs d’un événement important
je n’écartais pas l’hypothèse que cet événement pourrait avoir l’envergure majeure d’une déchirure historique (notamment à l’époque de la guerre du Golfe) même si je ne favorisais pas cette hypothèse
cet état d’esprit était nourri par l’écoute répétée des informations à la radio presque toutes les heures
le plus souvent, je pensais que l’événement en question me concernerait et aurait l’apparence d’une hospitalisation ou d’une quelconque mesure sociale
ou  bien c’était ma mort qui m’obsèdait
certains diront que je délirais
moi je pense que j’exagèrais

je pensais à l’époque que mon état d’impuissance et d’immobilité avait un sens en tant que processus d’attente d’un événement futur

aujourd’hui encore j’ai souvent une conscience très aigue de la futilité de ma vie par rapport à l’immensité de l’espace, par rapport à l’histoire du monde
mes origines étrangères m’ont certainement portée à prendre conscience de la complexité du monde (au moins de sa complexité politique et culturelle)
aujourd’hui encore je pense parfois qu’il vaut mieux attendre, observer, plutôt qu’agir

aujourd’hui encore, j’ai du mal à dicerner quelles sont les choses insignifiantes et quelles sont celles qui ont un sens

quand je vais moins bien, alors, mon esprit cesse d’accepter l’idée que certaines choses sont liées au hasard, sont sans importance, sont innocentes
tout me semble pouvoir être important
il n’y a plus de hiérarchie entre les détails et les événements d’importance

et il est certain que j’ai du mal à accepter l’idée que je dois vivre dans un environnement chargé d’événements et de détails mais que je ne dois pas chercher à les comprendre
j’ai du mal à accepter la réalité comme une donnée brute, comme une existence qui ne se discute pas
peut-être s’agit il de ma part d’une contestation permanente, d’une forme de rebellion, d’une forme de refus, d’une sorte d’insolence
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1 février 2007 4 01 /02 /février /2007 17:43

Quand on fait des efforts pour appliquer des consignes et réaliser des actions, on y parvient
on arrive à remettre en place des mécanismes défaillants par l’imitation et la répétition d’un schéma logique d’actions et de comportements
cela permet de se resituer par rapport aux autres en tant que personne apte
cela permet de se tenir correctement par rapport aux autres
d’avoir la bonne attitude
de ne pas être embarrassé
cela permet de détenir un savoir social comme un savoir appris dans une école militaire ou une école de la grande bourgeoisie

Mais si on n’a pas réfléchi à l’inaptitude, analysé les tenants et les aboutissants de cette défaillance, on risque de se retrouver tout à coup capable de faire des choses sans comprendre le sens de ces choses
on fait des choses mais on ne se souvient pas d’avoir voulu les faire
on ne sait pas très bien pourquoi il faut les faire
on ne ressent rien en les faisant, on a simplement le plaisir de réussir une chose qu’on ne réussissait pas avant, comme un exercice technique
on se retrouve tout à coup avec un décalage entre l’aptitude psycho-motrice et l’aptitude psycho-affective
on n’a pas muri le désir de faire certaines choses et on les fait déjà
c’est fort déroutant et potentiellement un peu dangereux notamment cela peut aggraver le risque de ne pas se reconnaitre soi même, de se sentir double, de ne pas se sentir le vrai maître de sa personne
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