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28 octobre 2006 6 28 /10 /octobre /2006 11:23

les rechutes font partie de ma maladie depuis toujours
d’autant plus que ma vie n’est pas protégée
car je vis et travaille en milieu ordinaire, et que je dois donc faire face à l’agressivité ambiante et aux désordres affectifs et verbaux qui animent les échanges courants, dans le monde professionnel

le travail et les relations sociales accroissent un stress qui rend ineluctables ces fameuses rechutes, comme autant de limites qu’on atteint tout d’un coup et qui ouvrent une faille, un gouffre, dans lequel on s’effondre
car on peut très vite se dégrader et perdre ses acquis, comme si on était aspiré par une spirale négative

mais toutes ces rechutes ont été de courtes durées
elles ont été souvent bénéfiques, du fait qu’elles m’ont demandé des efforts de reflexion ; elles m’ont obligé à réfléchir (dans le cadre de thérapies ou même à titre individuel) sur l’existence de mes failles internes
car les rechutes chez moi sont favorisées par le stress mais elles peuvent aussi se fabriquer sur un blocage psychique qui crée une frustration et une douleur interne sans que je m’en rende compte

parfois, j’ai même eu l’impression que j’avais progressé beaucoup plus vite après les rechutes
comme si les rechutes m’avaient relancée
comme si les rechutes étaient constituées par des déchirures de certaines rigidités internes ; et une fois les rigidités déchirées, je me retrouvais libre de progresser

je pense qu’il ne faut donc pas avoir trop peur des rechutes
il faut savoir qu’elles peuvent arriver
et penser qu’elles ne seront pas forcément trop graves si on les traite à temps

je pense que la schizophrénie est une maladie évolutive qui connait naturellement des pics et des accalmies, des périodes de crise et des périodes de paix
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26 octobre 2006 4 26 /10 /octobre /2006 16:18

le langage est constitué d’un ensemble de mots dont les sens sont nombreux :
d’une part, chaque mot peut avoir plusieurs sens, un sens premier, un sens secondaire...
d’autre part, un mot est attaché à toutes sortes d’images, de notions culturelles, de symboles et de souvenirs...

par ailleurs, le langage parlé est associé à des gestes et des mimiques qu’on appelerait le langage non verbal

on se rend compte que la compréhension de l’autre est une opération très complexe :
il faut saisir l’information que l’autre veut transmettre, ni plus, ni moins
il faut comprendre tout ce qu’il a voulu dire mais ne pas lui attribuer des intentions qu’il n’a pas

quand on est schizophrène on a du mal à faire ce travail :
on a tendance soit à attribuer à l’autre plus qu’il ne voulait en dire, soit pas assez,
ainsi, on peut attribuer une intention qui n’existe pas, on peut ne pas comprendre un sens secondaire (prendre le discours au pied de la lettre), on peut ne pas faire la relation avec une discussion précédente...
ainsi les erreurs de communication sont nombreuses
quand elles deviennent trop nombreuses, la communication s’arrête

le langage de l’autre peut également paraître bizarre ou désagréable
pour ma part, je suis par exemple extrêmement gênée quand des personnes parlent d’elles mêmes d’une façon un peu intime, cette apparition publique du le champ de l’intime me déroute complètement,
j’ai beaucoup de mal à comprendre certains langages ambigus liés au fait que mon interlocuteur ne sait pas très bien lui même ce qu’il veut dire et que du coup il hésite, car je ne sais pas quel sens accorder à ces hésitations,
j’ai beaucoup de mal face aux personnes qui se connaissent et utilisent des codes et des images habituelles,
et je supporte très mal les gens qui se contredisent, mais cela, c’est autre chose…

d’une manière générale, j’aime qu’on me parle d’une manière claire et neutre sans trop élever la voix
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23 octobre 2006 1 23 /10 /octobre /2006 20:00

On peut sembler très indifférent et passif.
Coupé du monde et comme absent.
Recroquevillé à l’intérieur de soi.
Comme attiré par la machinerie fantastique de sa propre pensée.

Comme s’il y avait une compétition permanente entre l’intérieur et l’extérieur,
et qu’à un moment, l’intérieur l’emportait par KO.

On peut aussi être aux aguêts ; on guette tous les mouvements, piochant au hasard dans l’environnement, attrapant tel son, tel couleur, cherchant un sens, passant à autre chose, sans faire aucune synthèse, accumulant les détails, s’abreuvant d’une multitude d’informations qui finissent par fatiguer, par créer un vertige et une lassitude...
On est attentif mais rien ne nous intéresse, rien ne nous concerne, rien ne nous retient.
On n’est plus impliqué dans les mouvements globaux, on n’est plus dans le temps mais dans l’instant, on ne perçoit que des bribes éparses d’un univers peu charnel, un univers fait de sons et de lumières, de mouvements brusques et de chuchotements, un univers proche d’un décor ou d’une image, un univers qui sert de support à des rêves éveillés et des désirs de conquêtes immenses.

On s’invente un monde théorique et symbolique, un monde de sens, un monde qui n’existe pas mais qui n’est pas différent du monde réel, un monde qui serait l’image du monde réel dessiné par un enfant exigeant.
On devient le personnage, le héros d’une aventure, dans ce monde là, ce monde qui n’a pas de corps.
On devient le centre et l’observateur unique d’un monde sans limite.

On devient un esprit dans un corps immobile, un esprit vif et inquiet dans un corps rigide, figé et presque éteint.
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20 octobre 2006 5 20 /10 /octobre /2006 16:55

il parait que les symptômes de la schizophrénie sont peu compréhensibles aux consciences extérieures

je crois qu’on doit pouvoir les appréhender en consommant de l’alcool ou en connaissant des expériences de jeûne et de dérèglement des sens

je pense qu’il s’agit d’une forme d’ivresse nerveuse, une ivresse occasionnant un dérèglement des sens, un dérèglement de la perception et du jugement, un dérèglement de la perception de sons, des images, des lumières, des formes, des odeurs, des distances, du temps, des visages et de l’importance des choses, un dérèglement donnant une place importante aux mots et aux symboles
cela crée une personnalité à la fois hypersensible au monde extérieur et en même temps très indifférente à ce monde comme si l’excès d’impressions créait une confusion, un brouillard, qui engendrait une distance et une indifférence
je pense qu’il s’agit d’un mélange expert entre une fatigue chronique, un sentiment d’étrangeté, une immaturité, une propension à s’effrayer, le goût du rêve, l’incapacité de comprendre les enjeux sociaux, une perception chaotique...
dans tous les cas, c’est une expérience dévastatrice et terriblement épuisante

mais pour bien comprendre la portée de la schizophrénie, il faut se souvenir que le dérèglement qu’elle engendre est permanent et que la mémoire de l’expérience ancienne tend à disparaître, si bien qu’un schizophrène finit par ne plus comprendre du tout les motivations des gens normaux et par ne pas se rendre compte qu’il est malade
il se désocialise dans le sens où il ne comprend plus l’enjeu des activités sociales et il perd sa lucidité
il cesse alors de s’inquiéter pour lui même et de lutter pour sa propre survie, pour la défense de ses propres intérêts, il ne se bat que pour des chimères

on peut aussi imaginer que les schizophrènes ne savent pas trier les informations qu’ils reçoivent, qu’ils ne savent pas les hiérarchiser, qu’ils ne savent pas étouffer les informations inutiles pour ménager de la place aux informations importantes et qu’ils sont ainsi assaillis d’un déluge de mots, de pensées, d’images, de sons, qui les fatiguent et les désorientent à tel point qu’ils se trouvent face à un monde éternellement étranger, hostile et plein de contradictions, à l’intérieur duquel ils n’arrivent pas à échanger le moindre sentiment et la moindre émotion, condamnés qu’ils sont à ne vivre que dans l’observation et l’intelligence théorique, la récitation de discours intérieurs, la peur et l’angoisse, ainsi que des animaux qu’on a démantibulés

on peut imaginer que tous les seuils de perception se sont déplacés, que les seuils de sensibilité sont modifiés, que les limites et les repères sensoriels ont disparus, que la machine cérébrale a perdu ses guides et ses habitudes, comme si elle s’était libérée de tout ce qui la retenait 
on peut imaginer une structure nerveuse qui continue de coder et décoder des informations en ayant perdu les repères, les échelles de mesure, les limites, les outils de comparaison… comme une machinerie folle qu’un dérèglement optimal a rendu inefficace
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20 octobre 2006 5 20 /10 /octobre /2006 16:50

je vais reprendre le travail prochainement sur les conseils de mon médecin
cela faisait quelques temps que je ne travaillais plus
la fièvre, la maladie et les médicaments avaient emporté mes forces
j’étais en panne d’essence en quelque sorte

c’était la première fois depuis que j’ai commencé à travailler il y a dix ans
ce n’est pas un arrêt de travail motivé par la schizophrénie mais par une maladie somatique banale

du coup, j’ai pu me replonger dans cette situation que j’ai connu des années durant :

l’inactivité
l’absence d’activité obligatoire
l’absence de service rendu à la communauté
l’absence de rôle social


j’ai parcouru le net dans tous les sens, lu quelques journaux et regardé la télévision
j’ai rapidement laissé mes horaires de vie se décaler, les heures des repas et du sommeil se modifier
j’ai rapidement pris l’habitude de répéter les mêmes gestes, de manger la même chose, de créer des répétitions
j’ai repris l’habitude de l’immobilité, de la musique, du lit, du dialogue intérieur
j’ai rapidement retrouvé tous ces travers du schizo solitaire que j’avais bien explorés autrefois
j’ai rapidement retrouvé ce rythme étrange, fait de désordre et de maniaquerie, d’absence totale de règles et de soumission à certaines habitudes, des habitudes de vieux
de vieux ou de fous
j’ai retrouvé cette manière de vivre particulière, quand on échappe à tous les regards, quand rien ne semble vraiment urgent, quand de nouvelles lois très personnelles surgies de l’intimité remplacent les lois sociales, les lois collectives

mais là, ce n’était pas la même chose,
car aujourd’hui, j’ai changé
je sais désormais ce qui est important et ce qui ne l’est pas
je sais ce qui est normal et ce qui ne l’est pas
je suis lucide et je sais mesurer les phénomènes
je sais que ma fatigue est légitime et que ma fièvre et ma maladie sont véritables
je sais à quel moment je dois me contraindre et je n’ai pas peur de me faire mal dans ces cas là
j’ai cet instinct qui m’empêche de me laisser aller à l’immobilité, l’incurie, au delà d’une certaine limite
je reste curieuse de ce qui se passe ailleurs, au bureau, là où je ne vais pas à ce moment mais où j’ai encore ma place

bref,
j’ai tout ce que je n’avais pas autrefois, le sens de la mesure, une mémoire intacte, l’instinct de survie, le désir d’aller bien, le goût pour l’action, la possibilité de maintenir par l’esprit, la parole, le téléphone… un contact avec le monde extérieur

je mesure le chemin parcouru
lentement

je sais que je suis presque guérie
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19 octobre 2006 4 19 /10 /octobre /2006 21:18

au début je n’ai pas voulu savoir
je n’avais aucune curiosité, aucun intérêt s’agissant de mon état
comme si j’avais déjà répondu à toutes ces questions
comme si j’avais déjà décidé que je n’avais rien, que ce n’était pas une maladie, mais que j’avais un destin, un destin qui me différenciait des autres et m’entrainait loin de leurs villes et de leurs sociétés
je n’avais pas de curiosité, j’avais des rêves et de l’indifférence

puis j’ai voulu savoir ce que j’avais mais je n’avais pas besoin de comprendre
je voulais connaître le diagnostic, le rôle des médicaments, connaître les règles à respecter, savoir si j’étais gravement malade ou pas
je devenais responsable et je voulais savoir quelles étaient mes obligations vis à vis de ma maladie
je mettais en place des règles d’hygiène, des règles de survie, des règles comme des béquilles pour minimiser les maux et faciliter la vie
mais je ne cherchais pas à connaître les causes ni les mécanismes de la maladie

maintenant je veux comprendre
je veux tout savoir
je veux comprendre les causes, le mécanisme principal, l’action de l’entourage, de la culture, de la religion, des parents, des frères, du caractère, de la constitution physique...
j’ai découvert un sujet d’étude, un sujet humain, un sujet mystérieux
je deviens l’archéologue de ma propre maladie
je m’intéresse à la psychologie, à la psychiatrie, à la neurologie… petit à petit, pas à pas, j’augmente  ma connaissance dans ce domaine
et plus ma connaissance augmente plus ma curiosité fait de même
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17 octobre 2006 2 17 /10 /octobre /2006 22:20
le schizophrène dans la société
le regard de l’autre


Le regard de l’autre est important
Le regard de l’autre manifeste une incompréhension :
les schizophrènes sont toujours considérés comme trop malades ou pas assez malades par leur entourage et la société qui les entoure
Le fait que certaines de leurs facultés soient atteintes et d’autres non, le fait qu’on n’est jamais schizophrène à 100 %... cela participe à faire de nous dans le regard des autres des personnes à moitié malade ou à moitié bien portante


Le schizophrène connait trois périodes  qui correspondent à trois manières d’être dans le regard des autres :

en phase d’installation de la maladie,
les symptomes sont souvent intermittants et parfois spectaculaires
en effet la personne schizophrène se laisse surprendre par ses symptômes qu’elle ne connait pas encore
cette phase laisse beaucoup de traces dans la mémoire des familles
les schizophrènes étant jeunes à ce moment là, cette phase est souvent assimilée à une grosse crise d’adolescence imparfaite et cette idée là peut parfois persister très longtemps dans les consciences familiales

en phase active,
les symptômes sont récurrents et des phénomènes de compensation s’installent si bien que le schizo parait parfois s’arranger avec ses symptômes et s’y être installé, comme un prisonnier de longue durée qui s’installerait dans sa cellule
il apparaît souvent comme une personne peu consciente de la réalité, de la dureté de la vie, de certains contingences matérielles… et passablement indifférent et désordonné

il est placé sous le regard d’une société (et d’une famille) qui oscille entre la volonté de soigner tous ses malades et le dégoût ou l’agacement qu’inspirent tous les handicapés mentaux
car la bonne volonté de notre société est indéniable, mais sa patience a des limites
et c’est du fait de cette bonne volonté qu’on entend peu de discours violents contre les schizophrènes
et du fait de la limite de sa patience qu’on trouve beaucoup de réactions de rejet, d’abandon et d’hostilité contre ces mêmes schizophrènes
les violences familiales et psychiatriques peuvent parfois aller très loin

le schizophrène se trouve donc face à une société et une famille extrêmement ambigues qui multiplient les paroles bienfaisantes et accumulent les gestes d’exclusion (à moins que ce soit l’inverse)

en phase de stabilisation,
le schizophrène est obligé de vivre dans le mensonge et de développer des stratégies personnelles très strictes afin de passer inaperçu
il a appris à vivre dans une certaine solitude et doit accepter d’être ce qu’il est, c’est à dire une personne déficiente mal adaptée à une société exigente et concurrentielle
il doit veiller à une hygiène de vie et une discipline de fer mais accepter de laisser certains symptômes ou certains traits de caractères défaillants persister car la guérison totale est rare
il peut développer parfois une certaine fierté vis à vis de son état et revendiquer un peu curieusement son statut de schizophrène stabilisé
ainsi, il peut apparaître comme une personne bizarre et solitaire pourvu d’un caractère un peu rigide ou très déterminé
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14 octobre 2006 6 14 /10 /octobre /2006 15:05

Un projet
de loi relatif à la prévention de la délinquance est en cours de débat.

Il a été adopté par le Sénat le 21 septembre 2006.

Il est combattu du fait :
- qu'il crée un amalgame entre les malades mentaux et les délinquants
- qu'il donne à des administratifs et des politiques des pouvoirs en matière de décision concernant des patients souffrants de maladie psychique et mentale
Il est combattu par des associations :
Association Des Etablissements participant au service public de Santé Mentale (ADESM) – Association Française des Directeurs de Soins (AFDS) – Collège de Recherche et d’Information Multidisciplinaire en Criminologie de l’Université de Poitiers (CRIMCUP) – Comité d’Etudes des Formations Infirmières et des pratiques en Psychiatrie (CEFI-PSY) – Conférence des Présidents des Commissions Médicales d’Etablissement des Centres Hospitaliers Spécialisés – Fédération Française de Psychiatrie (FFP) –Fédération Hospitalière de France (FHF) – Fédération Nationale des Associations d’(Ex) Patients en Psychiatrie (FNAP-Psy) – Syndicat des Médecins Psychiatres des Organismes Publics, Semi-publics et Privés (CASP) – Syndicat des Psychiatres d’Exercice Public (IDEPP) – Syndicat des Psychiatres des Hôpitaux (CASP) – Syndicat des Psychiatres de Secteur (IDEPP) – Syndicat Universitaire de Psychiatrie (CASP) – Union Nationale des Amis et FAmilles de Malades psychiques (UNAFAM) – Union Syndicale de la Psychiatrie (CASP)


Le CONSEIL NATIONAL de l'ORDRE des MEDECINS a émis des remarques et critiques sur ce projet :

En préambule,  il convient de souligner que l’étude est volontairement  limitée aux articles qui intéressent la déontologie des médecins, leur exercice et les droits des patients.
 
Art. 5
 
 Inséré dans le chapitre II consacré aux dispositions de prévention fondées sur l’action sociale et éducative et modifiant le code correspondant, cet article a pour objet d’autoriser le partage des informations « nécessaires à la continuité et à l’efficacité de leurs interventions » entre les différents professionnels de l’action sociale d’une part et  pour «  ce qui est nécessaire à l’exercice de ses compétences dans les domaines sanitaire, social et éducatif » avec le maire d’autre part.
 
 Le même souci d’efficacité de l’action sociale a conduit à l’adoption dans le projet de loi réformant la protection de l’enfance (AN 3184) d’une disposition (article 7 insérant dans le code de l’action sociale et des familles un article L. 226-2-2 ) autorisant un partage des informations à caractère secret entre les professionnels chargés de la protection de l’enfance. Ce partage est strictement limité à ce qui est nécessaire à l’accomplissement de la mission de la protection de l’enfance et les représentants légaux, comme l’enfant  en fonction de son âge et de sa maturité, en sont préalablement informés sauf si cette information est contraire à l’intérêt de l’enfant.
 
 L’article 5 apparaît redondant par rapport à la disposition déjà adoptée par le Sénat et sa rédaction, en tout état de cause, moins précise.
 
 L’extension du partage de l’information au maire souligne aussi une autre discordance : le projet de loi sur la protection de l’enfance conforte le conseil général dans son rôle de premier recours ; le projet de loi sur la prévention de la délinquance confère au maire un rôle pivot.  Cette dualité  s’explique mal, alors que dans les deux cas il s’agit de protéger des enfants en danger de désocialisation du fait des graves  difficultés sociales, éducatives ou matérielles auxquelles  eux ou leur famille sont confrontés ; à tout le moins l’articulation devrait en être précisée. A défaut, la multiplicité des interlocuteurs appelés à partager le secret en ruinera la portée et il y a tout lieu de penser que les professionnels de santé notamment, refuseront, faute de garantie suffisante à cet égard, de communiquer les informations qu’ils détiennent.
 
Art. 16
 
 Par dérogation aux dispositions du 2° de l’article 226-14 du code pénal qui subordonnent au consentement de la victime majeure, le signalement des sévices constatés par un médecin, il est envisagé que le médecin procède à ce signalement dès lors qu’il est informé que les violences ont été infligées par le (ou ex) conjoint, le (ou ex)concubin, le (ou ex)partenaire d’un PACS.
 
 Cette disposition est singulière puisque ce ne sont plus les constatations du médecin ou la situation de la victime mais la seule qualité, alléguée par celle-ci, de l’auteur des violences qui autoriseraient le médecin à faire le signalement, sans l’accord ou contre l’opposition de la victime.  Un tel critère ne peut que favoriser les erreurs et manipulations du médecin qui n’est pas témoin des faits et n’a aucune qualité pour vérifier la situation conjugale de la personne. Il sera source de contentieux.
 
 L’Ordre des Médecins est opposé à cette modification.
 
 Il rappelle que l’article 226-14 du code pénal, dans sa rédaction antérieure à la loi n° 2004-1 du 2 janvier 2004, permettait au médecin de signaler, sans le consentement de la victime, les sévices infligés à une « personne vulnérable », disposition qui trouvait assez souvent à s’appliquer aux violences au sein du couple. L’Ordre des Médecins avait alors souligné combien il regrettait cette modification qui lui apparaissait comme un affaiblissement de la protection des personnes vulnérables en raison notamment de leur âge ou de leur handicap.
 
 L’Ordre des Médecins propose de modifier ainsi la 2è phrase du 2° :
« Lorsque la victime est un mineur ou une personne qui n’est pas en mesure de se protéger en raison de son âge ou de son incapacité physique ou psychique, son accord n’est pas nécessaire. »
 
 
Art. 18
 
 Il complète l’article L.3211-11 du code de la santé publique relatif aux sorties d’essai des patients hospitalisés sous un régime de contrainte (HDT, HO) d’une part en précisant le contenu de la décision de sortie, d’autre part en introduisant le principe de la transmission de cette décision aux maires de la commune de l’établissement et de la résidence du patient.
 
 Cette notification nous paraît une violation grave des droits à la vie privée et à l’intimité  des patients hospitalisés sur demande d’un tiers qui, s’ils ont présenté un risque de danger pour eux-mêmes - risque a priori écarté puisqu’ils bénéficient d’une sortie d’essai -n’ont jamais compromis la sûreté des personnes ni porté atteinte à l’ordre public.
 
 Cette nouvelle mesure est présentée, notamment dans l’exposé des motifs, comme un meilleur contrôle des sorties d’essai des établissements psychiatriques. Mais on ne voit pas de quel droit ni de quels moyens le maire, notamment de la commune de résidence ou de séjour de la personne, pourrait justifier pour exercer ce contrôle.
 
Art. 19
 
 Il crée un traitement national de données à caractère personnel destiné à améliorer le suivi et l’instruction des mesures d’hospitalisation d’office (1er alinéa). Il  comporte les mêmes données que le fichier, départemental, HOPSY qu’il remplace.

 
 Cependant la durée de conservation des données est sensiblement augmentée :  jusqu’à la fin de la cinquième (contre  1a 1ère) année civile de l’admission en établissement hospitalier. Cet allongement du délai, à l’évidence, n’est pas justifié  par l’objectif défini au 1er alinéa mais par le régime des autorisations de détention d’armes, le fichier national pouvant être consulté à cette occasion.
 
 On doit se demander comment cette disposition se concilie avec  le principe posé à l’article L. 3211-5 selon lequel à la sortie de l’établissement, une personne hospitalisée pour troubles mentaux conserve la totalité de ses droits et ne peut se voir opposer ses antécédents psychiatriques.
 
 Cette interrogation est d’autant plus prégnante qu’un certain nombre d’autorités (préfet, procureur de la République, directeur départemental des affaires sanitaires et sociales –et les personnes habilitées par eux - ) peuvent accéder directement aux données enregistrées.
 Un décret en Conseil d’Etat, pris après avis de la CNIL,  doit certes fixer les modalités d’application de cet article et préciser notamment la nature des données à caractère personnel enregistrées, plus spécialement celles qui pourront être consultées dans le cadre d’acquisition ou de détention d’armes et l’habilitation des personnels autorisés à accéder au fichier.
 
 Toutefois les enjeux au regard des libertés individuelles et des droits de la personne sont tels que si cette disposition devait être maintenue, il conviendrait de l’encadrer plus strictement dans la loi en prévoyant notamment un contrôle de la traçabilité des accès et un rappel des dispositions pénales applicables en cas d’intrusion.
 
 Le Conseil national demande en outre à être consulté sur le projet de décret à venir.
 
Art. 21 à 23
 
 Ces articles modifient sensiblement les dispositions du code de la santé relatives à l’hospitalisation d’office.
 
 L’article 21 substitue à la procédure habituelle (arrêté préfectoral motivé,  établi au vu d’un certificat médical circonstancié rédigé par un psychiatre extérieur à l’établissement d’hospitalisation) celle prévue à l’actuel article L.3213-2 du code de la santé, jusqu’ici applicable aux seuls cas de danger imminent résultant de troubles mentaux manifestes.
 
 Il résulte de cette généralisation un affaiblissement notable de la protection des personnes et à tout le moins, si cette option devait être retenue, serait-il nécessaire de préciser la rédaction de cet article :
 - au 1er alinéa, à quoi correspond la distinction faite entre « certificat médical » et « avis médical » dès lors que les termes « au vu » indique qu’il s’agit bien d’un document écrit ?
 
 - Le 2è alinéa semble indiquer qu’on donne la préférence au transfert de la personne en milieu médical plutôt qu’à son maintien dans les locaux de police en l’attente de la production de l’arrêté, ce qui paraît de l’intérêt bien compris d’une personne malade. Mais on comprend moins bien à quelle situation correspondent les termes « lorsque l’arrêté a été rendu mais ne peut être exécuté sur le champ ».
 
Sur le chapitre VI relatif à la prévention de la toxicomanie
 
 Il comporte diverses mesures relatives en particulier au développement de l’injonction thérapeutique à tous les stades de la procédure pénale, selon le schéma suivant : chaque fois que l’autorité judiciaire enjoint à une personne ayant fait un usage illicite de stupéfiants ou une consommation abusive d’alcool, de se soumettre à une mesure d’injonction thérapeutique, elle en informe  l’autorité sanitaire qui désigne un médecin habilité en qualité de médecin relais. Celui-ci appréciera la pertinence d’un suivi médical et dans l’affirmative, invitera  l’intéressé à se présenter à un établissement ou un médecin de son choix. Dès que le suivi sera mis en place, l’intéressé en justifiera par un certificat médical auprès du médecin relais qui à son tour informera l’autorité judiciaire de l’évolution de la situation médicale de l’intéressé.
 
 Le dispositif envisagé (art. L 3413-1 à L.3413-3 du code de la santé publique) appelle plusieurs remarques :

 
 - Il est étrange qu’on puisse décider d’une injonction thérapeutique avant même d’avoir soumis l’intéressé à un examen médical. On ne sait d’ailleurs pas qui lève la mesure lorsque le médecin conclut qu’une prise en charge médicale n’est ni nécessaire ni  adaptée. Certaines expérimentations en cours laissent penser que ce pourrait être le service pénitentiaire d’insertion et de probation (SPIP) ce qui ne va pas de soi.
 
 - Sur quels critères, l’autorité sanitaire (DASS ?) habilite- t-elle le médecin ?
 
 - Quelle est la situation de ce médecin qui n’a pas la qualité d’expert judiciaire mais dont il est attendu un avis motivé sur l’opportunité d’un suivi médical ? et qui a la charge d’informer l’autorité judiciaire de l’évolution de la situation médicale de l’intéressé ?
 Ces informations ne pourraient , à notre avis , être communiquées que sous la forme de conclusions « administratives » sans révéler les éléments médicaux qui les motivent (art. 104 du code de déontologie médicale figurant sous l’article R 4127-104 du code de la santé publique).
 
   - Les éventuelles relations entre le « médecin relais » et le médecin choisi par l’intéressé pour assurer le suivi médical ne sont pas définies. Or les missions confiées au médecin relais : proposer les modalités de la mesure d’injonction thérapeutique,  en contrôler le suivi sur le plan sanitaire (art. L.3413-2, 1er al) ; contrôler le déroulement de la mesure (art. L.3413-3, 3è al) pourraient laisser craindre une intervention du médecin relais dans les décisions thérapeutiques de son confrère et une atteinte à son indépendance professionnelle.
 
 La rédaction nécessite d’être éclaircie et pour autant que certaines précisions relèvent du règlement, le Conseil national de l’Ordre des Médecins demande à être consulté sur le projet de décret d’application prévu à l’article L. 3413-4.
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12 octobre 2006 4 12 /10 /octobre /2006 12:00

parfois ma voix devient celle de quelqu’un d’autre
elle devient une voix morale et dominatrice, une voix qui peut mener à l’arrogance et la cruauté, une voix qui monte sans relâche vers un ton dictatorial, une voix qui chercher la raison absolue
ou bien
elle devient une voix faible et enfantine qui se joue de tout, des mots et des questions et des situations, une voix qui n’a pas peur et qui se veut courageuse en niant toute souffrance et toute injustice, une voix de gavroche en chaussette, un peu ironique, souvent exagérée
souvent cette voix est critique d’un monde et d’une société
parfois elle est accusatrice
je ne sais pas d’où cette voix me vient ni si elle exprime des opinions qui pourraient être les miennes
je crois que c’est la voix de mon adolescence, brisée par la maladie
une voix qui n’a pas grandi mais qui n’est pas morte non plus
une voix exigeante qui supporte mal les compromissions
une voix en quête d’un absolu avec rage ou lyrisme
ou bien c’est la voix de mon âme malade
la voix de mon esprit schizophrénique
la voix sauvage et mal disciplinée qui ne supporte pas qu’on lui réponde
la voix issue de l’observation inlassable d’une communauté humaine à laquelle je n’appartiens pas mais que je ne cesse de fréquenter
la voix issue d’une analyse à distance
la voix pleine d’indifférence et de frustrations, pleine d’incompréhension et de violences incorrigibles
ou bien la voix d’un inconscient
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12 octobre 2006 4 12 /10 /octobre /2006 12:00

On n’a pas besoin d’être antipsychiatre virulent,
ou antipsychiatre grognon,
ou antipsychiatre tout court
pour penser que les soignants, parfois, sont méchants et cruels


parfois on leur fait peur et on les dégoûte
et du fait de leur peur ils prennent des mesures coercitives afin de se protéger d’un danger qu’ils ont imaginé
à moins que ce soit pour se protéger d’une pollution
car certains services sont très hygiénistes et demandent aux patients-fous de se déshabiller et de ne pas avoir avec eux d’affaires personnelles
comme si la folie du patient se logeait dans son attirail et qu’il fallait lui faire perdre ses frusques et ses habitudes pour lui donner des habits neufs
des habits d’enfant propre et sage
les habits d’un nouveau personnage

parfois ils nous méprisent
ils se moquent de nous et de nos discours
ils s’amusent de notre jeunesse et de notre discordance
ils font de nous les fous d’un jeu pervers et les marionnettes d’un spectacle qu’on ne comprend pas
ils oublient qu’on les écoute
ils oublient la politesse et l’humanité et nous transforment en choses
ils deviennent les messagers d’une société cruelle et sarcastique à l’égard des fous et des débiles
ils deviennent les caricatures d’une population mal instruite qu’on a chargé d’une mission technique et qui ne sait comment s’y prendre

parfois ils ne nous connaissent pas
ils nous confondent avec un autre patient
ils ne savent ni notre âge ni notre activité ni notre goût ni notre envie ni notre maladie
ils ont oublié de lire notre dossier, ils ont oublié de s’interesser à notre vie et notre histoire, ils nous soignent que l’espace d’un instant, le temps d’apparition d’un symptôme parmi d’autres, alors qu’on aimerait tellement être soigné depuis le début, être soigné dans la perspective de notre passé triste et de notre avenir meilleur

parfois ils profitent de notre faiblesse
ils se laissent aller à certaines violences verbales et certaines arrogances
ils sont déstabilisés par notre apathie et notre manque de resistance et se laissent entrainer par leur goût du pouvoir
ils profitent de notre obéissance pour s’adonner à leurs pulsions dominatrices
ils s’inventent un rôle paternel ou moral
ils nous dominent et nous font la leçon en profitant de notre silence qu’ils prennent pour un acquiescement
ils tentent de nous imposer leurs opinions et nous font des discours politiques
ils essayent de nous séduire
ils semblent alors souffrir eux aussi de certaines maladies mêlant les troubles du caractère, les frustrations mal acceptées, et l’égoïsme
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Published by Cépaduluxe - dans psychiatrie
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