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11 juin 2006 7 11 /06 /juin /2006 12:19

Il existe des conseils consultatifs mis en place par les pouvoirs publics pour aider les représentants de l'Etat à traiter la question du handicap.

Ces instances sont chargées de donner un avis sur les projets de textes.
Elles peuvent également faire des propositions.
Elles sont composés de représentants des secteurs associatifs, des organismes de protection sociale, des collectivités locales et de l'Etat.



LE CONSEIL NATIONAL CONSULTATIF DES PERSONNES HANDICAPÉES (CNCPH)

Il est consulté sur les projets du gouvernement relatif au handicap et aux personnes handicapées. Il est chargé d’évaluer la situation des personnes handicapées sur le plan matériel et moral.

Il est composé d'un président nommé par le ministre, de représentants d’associations d’usagers, de représentants de centres d’étude sur le handicap, de représentants d’organismes sociaux  ou d’organisations syndicales et patronales, de représentants des ministères.

Il établit un rapport annuel



LE CONSEIL DÉPARTEMENTAL CONSULTATIF DES PERSONNES HANDICAPÉES (CDCPH)

Il donne des avis et formule des propositions dans le domaine du handicap sur un plan local dans différents domaines
- la scolarisation, l'insertion professionnelle.
- l'accessibilité, transport
- le logement
- sport, loisir, culture



LE CONSEIL SUPÉRIEUR DU RECLASSEMENT PROFESSIONNEL ET SOCIAL DES TRAVAILLEURS HANDICAPÉS (CSRPSTH)

Il donne des avis en matière de réadaptation fonctionnelle et de formation professionnelle adaptée, ainsi que sur l’organisation du travail en milieu protégé.

Il est composé des représentants des ministères concernés, de représentants du Parlement, du Conseil économique et social, du Conseil d'État, de représentants des organismes de protection sociale et des partenaires sociaux, de médecins du travail et de représentants des associations de personnes handicapées.
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11 juin 2006 7 11 /06 /juin /2006 12:16

La notion de handicap psychique est récente.
Elle apparait dans rapport Charzat (2002) et loi 11 février 2005 pour l'égalité des droits et des chances, la participation et la citoyenneté des personnes handicapées.

Le handicap psychique se distingue du handicap moteur, sensoriel, mental et cognitif.
Il regroupe les conséquences durables en terme de dépendance et de difficulté d’insertion d’un trouble psychique tel que la schizophrénie.

Il s’agit non pas de la maladie mais de sa répercution dans la sphère personnelle ou sociale.

Le handicap peut être plus ou moins important ; quand il est total, il devient une incapacité. Par exemple, un handicap sur le plan relationnel se traduira par une capacité inférieure à la moyenne d’envisage des relations sociales.

Le handicap peut être évalué
- par un soignant par rapport à la situation habituelle des personnes normales du même âge et de même culture que le patient
- par la personne handicapée elle même par rapport à l’image qu’elle a d'elle et des autres, et par rapport aux souvenirs qu’elle a de l’époque précédent la maladie
- par l’entourage qui perçoit beaucoup mieux le handicap que la maladie elle même
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9 juin 2006 5 09 /06 /juin /2006 21:19
aboulie : incapacité de réaliser des actes planifiés

apragmatisme : incapacité de planifier et de réaliser des actions, incapacité de s’engager dans une action

autisme, troubles autistiques : perte de contact avec le monde environnant, repli dans un monde intérieur

BDA bouffée délirante aigue : épisode psychotique transitoire (quelques jours à quelques semaines) avec délire souvent accompagné d’hallucinations et de dépersonnalisation ; peut être unique, se répéter, ou évoluer vers une schizophrénie chronique

catatonique (symptômes catatoniques) : stupeur, absence de mouvements spontanés, résistance aux sollicitations extérieures, imitation et obéissance automatique, maniérisme de langage

CATTP centre d’accueil thérapeutique à temps partiel : il organise des activités diverses dans le domaine artistique, sportif, éducatifs, relationnel… dans un but thérapeutique, à destination d’un groupe de patients

clinophilie : tendance anormale à rester couché sur son lit parfois des heures durant

CMP centre médico psychologique : unité de prise en charge en milieu ouvert proposant des actions de soins et consultations, prévention, diagnostic, et des visites à domicile

curatelle : mesure de protection juridique concernant soit les personnes souffrant d’une altération des capacités physiques ou mentales, soit les personnes dilapidant leur patrimoine ; elle peut être demandée au juge des tutelles du Tribunal d’instance du domiciel de la personne à protéger par la personne elle même, son conjoint, ses parents, ses enfants, ses fères et soeurs, le procureur ; le juge des tutelles peut également se saisir à lui suite d’un signalement ;
curatelle simple : la personne protégée peut utiliser son chéquier, toucher son revenu, mais ne décide rien de ce qui touche à son patrimoine (vente, donation, emprunt…).
curatelle renforcée : Le curateur gère à la place de la personne protégée : il touche ses revenus à sa place, effectue les principales dépenses, en rendant compte de sa gestion au juge une fois par an.

décompensation psychique : rupture de l’équilibre psychique

délire : ensemble d’idées fausses plus ou moins organisées ; délire de persécution, délire de grandeur, délire mystique, délire de référence… : la personne psychotique adhère plus ou moins à son délire

dissociation : syndrome principal de la schizophrénie, caractérisée par une dépersonnalisation associée à une déréalisation ; c’est une perte de cohésion entre les différentes composantes de la vie psychique qui se caractérise par des phénomènes d’ambivalence et de discordance (expression clinique du processus interne de dissociation)

dopamine : neurotransmetteur (messager chimique) produit par certains neurones du cerveau, notamment certains neurones liés au mécanisme du plaisir et de la récompense, et certaines neurones impliqués dans la maladie de Parkinson, ou dans la schizophrénie ; les neuroleptiques efficaces dans le traitement de la schizophrénie agissent souvent sur les récepteurs cérébraux de la dopamine

EEG électro encéphalogramme : examen permettant d’explorer l’activité électrique des cellules nerveuses du cerveau ; l’enregistrement se fait à l’aide de capteurs placés sur le crane à l’aide d’une pate conductrice et d’un appareil permettant d’amplifier les signaux recueillis

EPS établissement public de santé : établissement public disposant d’une personnalité juridique propre, d’une autonomie financière et d’un patrimoine ; il est placé sous le contrôle de l’Etat et rattaché à une ou plusieurs communes ; ce sont des centres hospitaliers, des hopitaux locaux, ou des centres hospitaliers spécialisés

HDT hospitalisation à la demande d’un tiers : type d’hospitalisation contre la volonté du patient, demandée par sa famille ou son entourage ; elle s’applique aux personnes qui ne sont pas en état de donner leur consentement et qui nécessitent des soins urgents

hebephrenie : schizophrénie caractérisée par un fort syndrome de discordance et des symptômes déficitaires ; parfois appelée schizophrénie désorganisée

HL hospitalisation libre :  hospitalisation en accord avec le patient

HO hospitalisation d’office : type d’hospitalisation contre la volonté du patient, décidée par le préfet ; elle s’applique aux personnes dont les troubles mentaux compromettent l’ordre public ou la sûreté des personnes
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9 juin 2006 5 09 /06 /juin /2006 21:14

IDE infirmier diplomé d’Etat : infirmier polyvalent diplomé

IFSI institut de formation en soins infirmiers : accessible par concours, il dispense une formation théorique et pratique de 3 ans aux futurs infirmiers

IRM imagerie par résonance magnétique : technique d’examen par magnétisme et onde radio permettant de réaliser des images du corps humain

ISP infirmier de secteur psychiatrique : infirmier spécialisé en soins psychiatriques formé avant 1992

LCR liquide céphalo rachidien : liquide entourant le cerveau et la moelle épinière : il protège le système nerveux central contre les chocs et contre les infections (rôle immunitaire)

neurotransmetteur : substance chimique qui permet la transmission de l’influx nerveux d’un neurone à un autre ; le neurotransmetteur est libéré par le premier neurone dans l’espace situé entre les deux neurones, la synapse, et se fixe sur le second neurone ; il existe de très nombreux neurotransmetteurs, tels que la dopamine, la sérotonine, l’acétylcholine…

potomanie : trouble psychiatrique se caractérisant par le fait de boire des quantités d’eaux très importantes

schizoide, personnalité schizoïde : trouble de la personnalité se caractérisant par un repli, une fuite des contacts sociaux, une tendance à la rêverie et l’abstraction ; peut constituer un terrain favorable à l’installation d’une schizophrénie

schizotypique (troubles schizotypiques) : trouble de la personnalité se caractérisant par la faiblesse des interactions sociales et la présence de comportements excentriques

sérotonine : neurotransmetteur impliqué notamment dans le processus de dépression

synapse : zone de contact entre deux neurones

tutelle : mesure de protection la plus complète, concernant une personne majeure "dont les facultés mentales sont altérées par une maladie, une infirmité ou un affaiblissement dû à l’âge" ou dont les facultés corporelles sont altérées au point d’empêcher l’expression de sa volonté ; elle peut être demandée au juge des tutelles du Tribunal d’Instance du domicile de la personne à protéger par la personne elle même, son conjoint, ses parents, ses enfants, ses frères et soeurs, son curateur, le procureur.
La personne placée sous tutelle n’a plus le droit de vote et ne peut plus effectuer elle-même les actes de la vie civile, tels qu’acheter, vendre, emprunter ; à l’exception de certains achats courants dans le cadre d’un budget prédéfini.

tutelle aux prestations sociales : mesure de protection décidée par un juge concernant une personne qui ne peut gérer correctement ses prestations sociales ; elle peut-être demandée par la personne à protéger elle même, sa famille, le préfet, les organismes sociaux, le procureur ;

UMD unité pour malades difficiles : unité psychiatrique destinée à prendre en charge des patients dangereux
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3 juin 2006 6 03 /06 /juin /2006 13:27

LA MAISON DEPARTEMENTALE DES PERSONNES HANDICAPEES (MDPH)

La Maison départementale des personnes handicapées (MDPH) a été créée par la loi n° 2005-102 du 11 février 2005 pour l'égalité des droits et des chances, la participation et la citoyenneté des personnes handicapées.
Elle existe ou existera dans chaque département.
Elle associe l’Etat, le conseil général, la direction départementale des affaires sanitaires et sociales, la direction départementale du travail et de l’emploi, l’inspection académique, les caisses de sécurité sociale, et des adhérents volontaires.

Elle est chargée de :
    - informer les personnes handicapées et leurs familles
    - mettre en place un plan personnalisé de compensation du handicap et favoriser l’insertion professionnelle
    - assurer l’organisation de la Commission des droits et de l’autonomie des personnes handicapées (CDAPH) et le suivi de ses décisions
    - recevoir les demandes de droits ou prestations sociales

Elle dispose
    - d’un numéro telephonique d’appel d’urgence
    - d’une équipe de veille de soins infirmiers

Elle regroupe
    - la Commission technique d’orientation et de reclassement professionnel (COTOREP) et la Commission départementale de l’éducation spéciale (CDES), qui fusionnent au sein de la Commission des droits et de l’autonomie des personnes handicapées (CDAPH)
    - le site pour la vie autonome (SVA), guichet unique et centralisé d’accueil, d’information, d’orientation et de traitement des demandes d’aides pour la compensation du handicap
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1 juin 2006 4 01 /06 /juin /2006 21:49

RAPPORT CHARZAT
(introduction)

Un rapport public évaluant les besoins et les difficultés des handicapés psychiques et de leurs entourages.


RAPPORT
A Madame Ségolène ROYAL Ministre Déléguée à la
Famille,
A l’Enfance et aux personnes Handicapées
Pour mieux identifier les difficultés
des personnes en situation de handicap
du fait de troubles psychiques
et les moyens d’améliorer leur vie et celle de leurs proches
Michel CHARZAT
Parlementaire en mission
-Mars 2002-

Michel CHARZAT
Parlementaire en mission
Rapporteurs :
Martine BARRES Marie-France GOURIOU
Médecin de Santé Publique Conseillère de Paris
Conseillère à la Direction Générale Déléguée à la vie associative
De l’Action Sociale au Ministère auprès du maire du 20ème
De l’Emploi et de la solidarité auteur du livre blanc
Sur la santé mentale CICA 20ème

Présentation du rapport

I Les difficultés et les besoins

La souffrance nous révolte et doit nous interroger.
Faut-il le rappeler, la santé mentale est l’affaire de tous : la folie est dans la vie quotidienne.
« L’homme est fragile, l’homme est fou, complètement fou » écrit PASCAL.

Quelle est donc la nature du handicap psychique ? Ses conséquences ?
Le trouble psychique ne touche pas une partie de soi, mais il touche la personnalité dans son ensemble. Il met donc en cause l’identité de la personne, la blesse ; sa nature est souvent l’objet d’un déni par la personne elle-même, parfois par une partie de son entourage.
Quand quelqu’un souffre d’un trouble psychique dans une famille, c’est un traumatisme profond qui se produit alors, c’est une guerre civile et familiale, une guerre civile et sociale.
C’est absolument terrible. La souffrance est indicible.

Les causes du handicap sont diverses : troubles dépressifs graves, états psychotiques ou névrotiques, états limites, détérioration mentale liée à l’âge, à des intoxications ou à des affections neurologiques.
Les déficiences psychiques sont multiples : troubles de la pensée (délire), de la perception, de la communication, du comportement, de l’humeur, de la conscience et de la vigilance, du sommeil, troubles intellectuels (mémoire, attention, jugement, orientations temporelle et spatiale) , troubles de la vie émotionnelle et affective, expression somatique des troubles psychiatriques.
La personne souffrant de troubles psychiques peut n’avoir aucun point d’appui pour établir des repères entre ses idées et la réalité ou pour les différencier, manquer des moyens que la plupart des personnes possèdent autour d’elles, s’isoler, rompre tout lien social, devenir vulnérable. Elle a perdu une partie de ses capacités.
Les déficiences et les capacités sont évolutives, quelles que soient la nature et les caractéristiques du trouble en cause.
Ces déficiences peuvent entraîner de nombreuses incapacités dans la vie quotidienne : toilette, habillement, courses et problèmes alimentaires, cuisine, entretien, déplacements, obligations administratives, finances, santé… mais ces handicaps se manifestent aussi dans d’autres domaines de la vie sociale, affective et intellectuelle.
La souffrance peut prendre alors des formes intolérables pour le patient comme pour son entourage, sa famille. La souffrance psychique est complexe, difficile à cerner ; elle devient alors une urgence.

Parce que peu autonomes, les patients vivent souvent avec leurs parents et la cohabitation est problématique, angoissante, éventuellement source de violences en cas de crise, les malades pouvant alors mettre leur vie et celle d’autrui en danger.
A un moment donné, les familles arrivent à une situation d’épuisement.

L’accès aux soins n’est pas facile : il faut tenir compte de la spécificité des troubles des malades et nombreux sont ceux qui n’acceptent pas de se faire soigner par crainte ou refus d’un diagnostic, peur d’être marginalisés alors que ces soins sont indispensables.
Le dispositif actuel de soins ne répond pas aux besoins des patients, et les met en péril.

Il s’avère donc nécessaire de pallier les différentes difficultés auxquelles se heurtent nos pratiques soignantes : difficultés à garantir l’accessibilité aux soins, à assurer la qualité et la continuité de ceux-ci, ainsi qu’à rendre complémentaires les différentes prises en charge dans le double champ sanitaire et social.
Il y a nécessité d’améliorer l’image de la maladie par une information générale concrète. Il faut acquérir la compréhension de ce qui se passe chez le patient, avec ses changements brusques, sa perte de contact avec la réalité. Différence avec les autres handicaps : il s’agit de la personne tout entière qui manifeste une instabilité comportementale et psychologique.
Jusqu’à ce jour, l’écoute à l’égard du handicap psychique a été alignée sur les autres handicaps, la réalité de sa spécificité n’ayant pas été reconnue.

Le malade souffre mais ne pense pas qu’il s’agit d’un problème psychique. Une partie des soins devra compenser le déni. Le fondement de la mission des soignants comme des encadrants du handicap est l’éthique.
Pour répondre au besoin du patient, un système ambulatoire doit fonctionner 24 heures sur 24 au cœur de la cité : la présence d’une même équipe soignante rassurera l’opinion certes, mais surtout le malade auquel une hospitalisation peut être évitée, particulièrement lorsqu’il est fragilisé ou en pré-crise.
Le travail ne pourra commencer que lorsque le patient réalisera (ou acceptera de réaliser) que sa maladie est d’ordre psychique.
Les dispositifs de protection juridique des majeurs – tutelles et curatelles – doivent être réformés pour prendre en compte la réalité des situations, comme proposé lors des Assises Nationales de la Tutelle en décembre 1999 et dans le rapport FAVARD en avril 2000.

Le droit de la personne doit être respecté et il convient de rechercher plus d’humanité. Le patient est un citoyen à part entière, il doit être considéré comme tel. Il faut reconnaître l’homme dans toute personne qui souffre.
Il faut alors que le malade soit informé de sa maladie et formé à sa gestion, il faut l’aider à se soigner lui-même.
Ce travail est aussi nécessaire avec les familles qui doivent être formées, accompagnées et reconnues au même titre qu’une famille d’accueil, particulièrement dans une situation d’urgence. La famille est un élément essentiel du paysage thérapeutique : son inclusion dans le traitement améliore l’adhésion du patient aux soins. Le manque d’information peut être à
l’origine d’attitudes inadéquates de l’entourage répondant par de vaines injonctions ou des incitations au courage et à la volonté plutôt que par une démarche de soins.

Un travail auprès de l’opinion publique, une information à tous les niveaux sont indispensables car l’image des patients souffrant d’un handicap psychique reste déplorable dans le public. Ils ont hélas à souffrir de silences, de préjugés profondément enracinés dans l’imaginaire collectif. Rien ne justifie que l’on mette au ban de la société ceux qui souffrent d’un trouble mental cérébral, et dont les tourments dévoilent ce qui est le plus souvent maintenu au secret : notre folie privée et nos dérèglements collectifs.
Il faut combattre les a priori, informer pour transgresser les tabous. Le regard et les mentalités doivent changer pour que ces maladies soient mieux connues, acceptées et que cessent toutes attitudes stigmatisantes, culpabilisantes et d’auto-défense.

Rappelons-le, le handicap est l’affaire de tous. La maladie mentale n’est pas un échec personnel, elle n’est pas non plus un malheur qui n’arrive qu’aux autres. Chacun peut être un jour concerné, il suffit d’un accident de la vie.
La particularité du handicap dû à des troubles psychiques est bien la difficulté de la personne à articuler son désir à la réalité du monde qui l’entoure : une compétence clinique est donc indispensable dans le champ du soin, mais aussi aux différents niveaux d’articulation entre le soin et la vie quotidienne : ce travail précis d’exploration doit être basé en premier lieu sur des compétences cliniques, puis sur la confiance et enfin sur l’information.

II Jusqu’où peut s’avancer le sanitaire pour aider à l’insertion sociale ?

Aujourd’hui la mission essentielle de la psychiatrie concerne les soins, l’enseignement et la recherche. Culturellement la réinsertion est peu présente. Or paradoxalement les médecins se plaignent de ne pouvoir résoudre les difficultés sanitaires du fait de la problématique de la réinsertion sociale.

Pourtant la prise en charge du patient doit s’effectuer dans sa globalité : soins, mais aussi réinsertion sociale et médico-sociale qui fait partie des soins. La mission de la psychiatrie doit désormais comporter les soins, l’insertion, l’enseignement et la recherche.
Doit être développée une véritable politique de prévention afin de cerner au plus tôt l’importance de la maladie et de diminuer la gravité de son évolution (en s’adressant notamment aux personnels enseignants et médico-sociaux), ainsi qu’une politique d’accompagnement des malades au cœur de la cité et de réinsertion dans la vie sociale et économique. S’affirme la nécessité de développer des alternatives à l’hospitalisation en plaçant le malade au cœur d’un ensemble coordonné d’actions et de partenariats.

Il est primordial de doter tous les secteurs d’un «dispositif minimum» leur permettant de mener à bien la prise en charge ambulatoire des patients, aussi bien sur le plan curatif que sur le plan préventif.
La continuité des soins doit être organisée dans le cadre du secteur (doté des structures ambulatoires adéquates) et en coordination avec les différents partenaires intervenant dans les domaines sanitaire et social.
Il convient donc de donner davantage de moyens adaptés en veillant à leur répartition équitable en fonction des besoins et des particularités des populations. Il convient aussi d’amplifier les visites à domicile permettant l’accompagnement du malade par l’équipe d’un même centre médico-psychologique, particulièrement lorsqu’il est fragilisé ou en pré-crise et de jouer un double-rôle : celui d’apaiser la personne à laquelle une hospitalisation peut être évitée et d’accompagner les proches dans une situation d’urgence. Une telle action amplifiée permettrait d’éviter des hospitalisations répétées et coûteuses. Si cette hospitalisation s’avérait nécessaire, elle serait alors gérée par l’équipe d’intervention, sachant que doit être mis en place -particulièrement à Paris- un service d’ambulances spécialisées afin d’offrir aux personnes en état de crise un transport dans des conditions adaptées et décentes.

De nouvelles formes d’accompagnement doivent être inventées. Certaines, innovantes, – citées en annexe de ce rapport – ont déjà fait leurs preuves.
Il est indispensable de travailler en réseau afin d’harmoniser la coopération des différents acteurs professionnels : le secteur public de psychiatrie, les conseils locaux de santé mentale ( à créer ou à réanimer), la police, les secteurs social et scolaire, le Service Public de l’Emploi et de la Formation Professionnelle et les associations. Il convient de tisser la réponse la plus adaptée à la souffrance de la personne, la notion de groupe étant la base fondamentale de ce travail.

La refondation de la psychiatrie de secteur est nécessaire.
L’hospitalisation à temps plein ne disparaîtrait pas, mais les unités ne comporteraient qu’une vingtaine de lits localisés sur le secteur géographique concerné. Des centres d’accueil intersectoriels seraient alors implantés dans les centres hospitaliers généraux, à proximité des urgences, pour gérer les urgences et orienter le patient sous un délai de 72 heures vers une sortie, un traitement ambulatoire ou dans certains cas une hospitalisation.
Il s’avère donc indispensable d’envisager un accueil systématique médicalisé et de réinsertion en sortie d’hôpital. Cette carence serait la cause aujourd’hui d’un grand nombre de rechutes, voire de suicides en France.
Cet accueil, moins coûteux à la collectivité que les hospitalisations répétées, serait également moins traumatisant pour les patients et pour leurs proches. Il conduirait de plus à une prise de conscience de la personne qui lui permettrait de mieux gérer sa maladie, première étape vers une réinsertion sociale adaptée.
Rappelons toutefois que, depuis 1960, l’institution est tenue de prendre en compte la dimension de l’aide au retour à la vie sociale, mission dévolue à la psychiatrie publique.
Pour aider les personnes fragilisées ou souffrant de troubles psychiques à se resocialiser, il faut imaginer des réponses souples, en particulier dans la durée, la prise en charge sanitaire et
l’accompagnement social. Il leur faut une prise en charge individuelle dans un dispositif général.

III Action et implication des élus locaux

Les personnes ont besoin :
- en priorité d’un logement adapté : collectif, individuel, familles gouvernantes ou structures médico-sociales…
- éventuellement d’une aide à la vie quotidienne : toilette, habillement, courses, cuisine, finances…
- d’une formation permettant un travail adapté avec accompagnement, ou en milieu ordinaire chaque fois que cela est possible
- de participer à la vie sociale en luttant contre l’isolement : lieux d’accueil, d’écoute et de parole adaptés (également ouverts aux familles), clubs…
- d’accéder aux loisirs et à la culture, ce juste droit d’accès constituant un enjeu éthique et citoyen : privilégier les activités culturelles et sportives, permettant de développer au mieux la spécificité de la personne.
Le premier acte de l’insertion est de sensibiliser la commune afin qu’elle reconnaisse la personne souffrant de troubles psychiques comme un citoyen : droit au logement, au travail, aux loisirs…
Rien de novateur en ce domaine ne pourra donc se réaliser sans une prise de conscience, une réelle implication des élus locaux que sont les Conseillers généraux et les Maires afin de permettre un redéploiement progressif des structures d’accompagnement au plus près de la population, avec une disparition à terme des grands hôpitaux psychiatriques à distance des lieux de vie.
La société se veut solidaire ; elle a le devoir social de prendre en charge les personnes handicapées.
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28 mai 2006 7 28 /05 /mai /2006 17:29

le blog Cépaduluxe :

qu’est ce que la schizophrénie :

comment se traite-t-elle :

comment vivre avec la schizophrénie :

le handicap :

la psychiatrie :

LIENS
: associations, forums, sites institutionnels ou personnels, blogs...
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14 mai 2006 7 14 /05 /mai /2006 20:40

Il faut dire ce qu’on sait avant de l’avoir oublié
Il faut dire ce qu’on a appris tant qu’on est pas absolument sûr que les autres le savent
Afin de ne pas perdre l’occasion de transmettre un savoir utile

C’est en étudiant la continuité des événements qu’on comprend la nature des choses dont on parle
La schizophrénie ne peut se reconnaître que dans le déroulement d’une histoire
une histoire qui se met à enfler tout à coup, une histoire qui devient difforme

Une histoire qui tourne autour d’un mot idiot, un mot scolaire et difficile
SCHIZOPHRENIE
un ensemble de symptomes, puis une maladie autonome, une maladie qui se nourrit d’elle même, et qui installe ses propres habitudes
 

MA VIE

L’enfance s’est déroulé sans encombres jusqu’à l’âge de neuf ans, puis, s’est assortie d’un ensemble de difficultés qui ont toutes pu être surmontées, au prix d’un effort d’adaptation
La schizophrénie s’est installée à 17 ans

Cela a commencé par une première phase active de perte des repères et des habitudes, perte de la mémoire de tous les apprentissages, apparation de troubles pyschomoteurs, comme une régression dans un monde primitif et hostile et la mise en place de comportements aberrants ou erronés, le tout associé à une hyperactivité intellectuelle et physique

Cela a continé par une deuxième phase, une période de stagnation dans un état quasi immobile, un état de grande faiblesse et de grande vulnérabilité proche d’un état enfantin, un état obscur extrêmement soumis, pas forcément douloureux, une sorte de non-existence
Puis, une lutte inutile et dérisoire, une lutte rageuse et pleine d’impuissance contre un ennemi qui ne se dévoile pas, et dont on finit par penser qu’il n’existe pas

Cela s’est poursuivi, et se poursuit encore par un réapprentissage, le réapprentissage laborieux de tout ce qu’il faut savoir pour connaître les plaisirs et les déplaisirs de la vie humaine, pour s’orienter dans l’espace et dans le temps, pour gérer l’insistant regard, l’insistant discours de ceux qui nous entourent, pour comprendre les tenants et les aboutissants des jeux collectifs et sociaux, pour définir ses propres projets à la mesure de ses capacités et de son environnement matériel… pour être autonome et relativement efficace

et par l’acceptation de qu’on est devenu, à savoir une quasi femme, pas tout à fait une femme mais quelque chose qui y ressemble suffisamment pour faire illusion : une sorte de créture hybride, pas vraiment entière, une créature occupée à soigner ses lacunes, qui ne sont plus que des symptômes résiduels, et qui donnent à sa démarche un caractère inhabituel, comme une maladresse définitive

(suite)
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14 mai 2006 7 14 /05 /mai /2006 20:39


ENFANCE


parents

je suis née prématurée
ce n’était pas simple à cette époque là
j’ai contracté une maladie nosocoMiale à la maternité et j’ai commencé de péricliter
les médecins ont demandé à ma mère de me reprendre, en lui disant qu’elle avait plus de chance de me sauver qu’eux mêmes n’en avaient
elle a du assumer cette lourde tache : devoir me sauver, m’arracher à la mort et la fatalité
je pense qu’elle a développé à cette époque là une angoisse immense
que son regard sur moi s’est trouvé altéré
que notre relation s’en est trouvée perturbée, dès le départ

je suis sortie du danger à l’âge de 3 mois

Ma mère était française, issue d’une famille très conservatrice et très chrétienne, une famille d’artisans installée à l’est de la France,
elle allait à la messe presque tous les jours et elle était enseignante,
elle était porteuse de toutes les traditions françaises les plus anciennes et les plus solides,
elle était très rigoureuse,
elle était sévère et peu affectueuse bien qu’elle aimait beaucoup les enfants,
elle s’occupait particulièrement bien de son foyer,
elle était orgueilleuse et prétendait réussir mieux que les autres,
elle était particulièrement exigeante vis à vis de ses enfants,
elle était tentée par certaines théories éducatives peu éprouvées, issues des discussions postérieures aux débats sociologiques et philosophiques des années soixante,
elle était à la charnière entre deux époques, une époque ancienne, stricte et parfois triste, et une époque moderne beaucoup plus aventureuse, elle faisait partie de cette génération qui a beaucoup rêvé, beaucoup étudié, beaucoup appris, mais qui n’a pas toujours su appliquer dans l’ordre concret les conclusions de tout ce savoir
elle demeurait finalement très proche de ses propres parents
elle recherchait la perfection
elle me faisait souvent peur mais je la défendais toujours quand les autres enfants (ses élèves) critiquaient sa dureté
je crois que je lui ressemble

mon père était syrien, il était âgé, en tout cas suffisamment pour n’avoir pas vécu les mêmes événements que sa femme,
il était issu d’une famille pauvre (chrétienne et juive),
il était orphelin de père,
il travaillait dans le commerce et avait rencontré quelques succès professionnels non négligeables,
il était le premier de sa famille à avoir réussi socialement,
nous étions donc les premiers riches,
pour ses enfants, il voulait le meilleur et l’éducation la plus rigoureuse, qu’il avait entièrement déléguée à sa femme,
il était peu bavard, il était peu sociable, et souvent peu adroit,
il semblait ne pas avoir appris tout ce qu’il faut, ne pas avoir achevé son éducation, parfois, il ressemblait à un enfant paysan,
il était souvent en voyage et nous le voyions très peu,
quand il rentrait le soir, nous étions déjà couchés
ma mère nous parlait beaucoup de lui
je crois que je lui ressemble aussi

nous passions toutes nos vacances dans le sud de la France, chez la mère de mon père
là bas nous étions intégrés au reste de la famille
notre situation sociale supérieure à celle de nos cousins nous conférait une certaine autorité sur eux
nous étions toujours bien accueillis et nous étions aimés de tous

notre éducation était particulièrement rigide par la combinaison de deux sévérités, celle de l’éducation orientale et celle du catholicisme conservateur
nous étions à la croisée de deux systèmes relativement concurrents liés à deux sociétés complètement différentes par leur histoire et leur culture
c’était une éducation un peu triste car ma famille avait connu beaucoup de deuils du fait de drames individuels et de faits historiques

j’ai souvent lu des discussions relatives à la responsabilité des parents, à la responsabilité du contexte familial,
on pourrait dire que le fait d’entendre et de voir en même temps deux choses différentes, comme par exemple le fait de vivre dans un système biculturel ou de subir les errements intellectuels d’une mère partagée entre son conservatisme et ses désirs de modernité peuvent favoriser une dissociation,
mais je pense qu’il faudrait être déjà schizophrène pour vraiment souffrir de cette situation, il faudrait déjà être incapable de se défendre, incapable de prendre du recul, il faudrait déjà être éponge
une personne normale doit pouvoir trier les informations, en occulter certaines, en privilégier d’autres… cette capacité de trier les informations est très développée chez les personnes normales
Il faudrait être schizophrène au fond de soi et ne pas avoir encore vu les symptômes monter à la surface, il faudrait être né schizophrène et ne le devenir vraiment qu’au moment de l’autonomie, au moment où la volonté, les désirs, les obligations et les possibilités doivent s’aligner selon une certaine logique…

en tout cas, je suis sûre que l’enfance que nous avons connue devait du fait de sa richesse nous prédisposer à des personnalités complexes, mais complexe ne signifie pas malade, et malade ne signifie pas schizophrène
je suis le seul schizophrène de la fratrie
et je suis sûre d’avoir bénéficié à la maison d’un environnement très cohérent sur le plan pratique,
seul le discours, du fait des personnalités opposées de mes parents et du déchirement socio-culturel de ma mère, étaient ambivalents
et ma fragilité physique rendait mes parents inquiets à mon égard
mais je suis plutôt satisfaite de cette enfance et je n’y vois rien à corriger

évidement le fait d’être issu d’un mariage mixte n’est pas innocent
car outre le fait de connaitre une double éducation, et des injonctions parfois contradictoires, (qui ne sont pas des injonctions paradoxales car les injonctions paradoxales contiennent en elles un paradoxe alors que les injonctions contradictoires sont des injonctions successives), il y a le risque d’être sous éduqué
en effet, les parents étrangers ne peuvent transmettre ce qu’ils ont reçu à leurs enfants
car ils veulent que leurs enfants ne leur ressemblent pas mais soient de vrais français
ainsi, ils ont tendance à refuser de s’impliquer dans la vie de leurs enfants et cela peut ressembler à un rejet, à un déficit d’éducation ou un déficit d’affection
ainsi notre père nous répétait souvent que nous ne devions pas prendre modèle sur lui

il est vrai aussi que nos parents se comportaient plus comme des éducateurs que des parents et que nous n'avions aucune intimité avec eux



enfance

j’étais une enfant sage et relativement précoce à la fois sur le plan intellectuel et sur le plan moteur,
les adultes me remarquaient et d’une certaine manière on peut dire que je sortais de l’ordinaire,
j’étais donc relativement choyée
j’avais parfois un rôle de leader en classe, j’étais particulièrement sociable et bien intégrée
j’aimais les jeux et j’étais patiente, j’aimais lire et faire des puzzles, c’étaient des jeux lents et doux, accompagnés de silence, mais j’aimais aussi les jeux de billes et de cachette
je parlais à tous les enfants de la classe y compris aux plus faibles, ceux qui étaient malades ou un peu idiots, j’étais déjà attirée par les fous et les mendiants, par les perdants et les perdus, comme si j’anticipais ainsi mon appartenance futur à l’espèce des “cassés” et des “déclassés”
mes amitiés étaient transversales aux clans qui s’étaient formés dans la classe et dans l’école,
je n’avais pas beaucoup de méchanceté, peut-être un peu moins que les autres enfants

j’aimais les activités sportives et j’étais un garçon manqué
je faisais beaucoup de vélo et je pouvais marcher longtemps
vers l’age de dix ans, je commençais à refuser fermement tous les jeux de filles et tous les vêtements de fille aussi


premiers troubles

j’ai développé les premiers signes de “maladie” à l’âge de neuf ans,
c’est en tout cas ainsi que les choses se sont passées dans mon souvenir,
c’est à cette date là que je veux voir le début de l’histoire, parce que je souhaite qu’il y ait un début et parce que je me souviens d’un grand changement

j’ai commis une tentative de suicide et j’en ignore les motifs 
j’avais assisté quelques heures plus tôt à l’agression d’un enfant que je ne connaissais pas, un petit enfant agressé par des pré-adolescents
je n’avais pas participé à l’agression, j’avais eu un peu peur mais surtout j’avais été étonnée
l’enfant ne semblait pas souffrir du mauvais traitement qu’on lui faisait subir, c’était un petit enfant débile, un enfant qui ne se développait pas et qui était privé de langage, un petit qui se laissait faire, et qui avait été déshabillé et frappé
il est possible que je me sois identifié à cet enfant d’une manière exorbitante
je me souviens pas d’avoir voulu mourir, je me souviens d’une sorte de panique, comme une peur qui ne ferait pas peur, une peur qui serait autour de soi mais pas à l’intérieur de soi, une peur au sein de laquelle on reste lucide, lucide et paniqué, très stressé, très excité, je crois que c’était un moment d’exaltation
je crois que la peur est une émotion dont on peut facilement croire qu’elle est à la fois à l’intérieur et à l’extérieur de soi, c’est une de ces émotions qui fait facilement perdre la sensation de la limite de son propre corps et de son propre moi

mon entourage a réagi par une courte émotion, puis l’étonnement, puis quelques moqueries amicales prévues sans doute pour que chacun se rassure et que personne ne cède à la tentation de l’affolement
j’étais étonnée de n’être ni grondée ni consolée, c’était relativement inhabituel car j’étais consciente d’avoir fait quelque chose qui dépassait l’ordinaire
c’était sans doute la première fois que j’assistais d’aussi près à l’embarras des adultes, que je découvrais du même coup leur maladresse et leur impuissance, cette espèce de lacheté qui vient autant de l’éducation (par la peur du ridicule) que du caractère (par le refus de céder à certains émotions)
je crois que certains parents refusent d’être empathique avec leurs enfants,
ils les éduquent de l’extérieur mais ne se lient pas à eux de l’intérieur
ils restent en retrait

je suis devenue à la fois triste et maladroite,
l’événement avait peut-être déchiré une forme d’innocence qui pouvait s’apparenter à une forme de douceur
ou bien c’est le monde autour de moi qui est devenu tout à coup difficile et complexe, comme si tout s’était durci, comme si les angles étaient devenus plus coupants et les lumières plus sombres
j’avais l’impression d’être tout à coup en prise directe avec toutes sortes de problèmes qui autrefois ne m’atteignaient pas
j’avais perdu ma protection naturelle

c’était une forme d’anxiété permanente qui me rendait à la fois soupçonneuse et indifférente
toujours sur le qui vive

à douze ans, j’ai voulu m’engager d’avantage dans la religion, j’avais toujours été aux messes et j’avais parfois fait le service pour remplacer mes frères qui étaient enfants de choeur
je découvrais à cet âge là que la religion n’est pas qu’une pratique mais aussi une foi,
on m’a envoyé en retraite spirituelle,
j’ai connu des sortes d’hallucinations et des déformations de la réalité pendant deux jours de suite, à tel point que je ne pouvais plus me diriger sans l’aide d’un camarade auquel je donnais le bras,
l’espace était devenu lumineux et sombre à la fois et j’entendais des voix mélangées qui formaient un murmure,
l’espace était à la fois plus profond et plus étroit comme si mon champ visuel était déformé, les couleurs, les lumières ne se mélangeaient plus les unes aux autres de la même manière, les sons avaient des échos, mais des échos sans résonnance, comme des échos qui ne quittaient pas leur source, et les personnages semblaient s’ignorer les uns  les autres…
c’était la première fois et la dernière fois de ma vie que j’avais ce genre de troubles, car je n’ai jamais rien connu d’aussi fort par la suite

je pensais que j’étais destinée à un sacrifice
c’était le début d’une obsession qui m’a longtemps poursuivie, l’idée d’être destinée au sacrifice, l’idée d’être sacrifiée, d’être l’objet d’un sacrifice public ou d’une expérience, d’être le cobaye, d’être une de ces personnes à qui on fait jouer un jeu qu’on n’aurait jamais accepté de jouer soi même
de retour, j’ai commencé à m’automutiler pour apprivoiser la douleur et apprendre à la dominer


adolescence

mes enseignants ont demandé à mes parents de prendre en compte mes problèmes de comportement qui s’aggravaient brusquement
car jusque là, seuls les enfants de ma classe avaient remarqué certaines de mes brusqueries et de mes incohérences
les enseignants commençaient de remarquer mes silences et mon regard particulier
j’avais déjà une manière peu commune de fixer les gens sans vraiment les regarder
on parlait de comportement de fuite et de tendances dépressives
je supportais de moins en moins qu’on me parle et qu’on me touche
moi même, je ne parlais presque plus et ne pouvait que répondre à des sollicitations d’une manière rapide,
non pas que je refusais de parler, mais je n’avais plus de spontanéité, cette spontanéité qui poussent les gens à s’exprimer quel que soit l’intérêt de leurs arguments, cette spontanéité qui rend les gens bavards bien malgré eux
je n’étais plus capables que de conversations strictement utiles et forcément peu nombreuses

je commençais lentement de me donner une apparence
j’ai commencé à fumer et à écouter des musiques dures,
j’ai commencé à lire de plus en plus
j’ai commencé à lire entre les lignes des livres qui ne m’étaient pas destinés,
j’étais sensible au son, au ton, à l’émotion d’un texte et je ne souffrais pas de ne pas comprendre les arguments d’un auteur s’adressant à des adultes, s’adressant à des personnes bien différentes de moi
j’étais attirée par les livres de science fiction et de philosophie et je lisais sans difficulté 
j’avais une envie démesurée de m’endurcir physiquement et de développer mon intelligence
j’aurais aimé être un esprit pur dans un corps de métal

j’ai changé de classe et j’ai du abandonner l’étude de la musique classique qui me fatiguait

j’ai évolué jusqu’à l’âge de seize ans sans changement notable
mon emploi du temps avait été aménagé et je suivais une partie des cours à la maison

je parvenais à maintenir un équilibre fragile entre deux tentations, celle de l’ambition naturelle qui me poussait à vouloir m’intégrer à la société pour y réaliser une vie que j’imaginais stable et celle de la fuite, de la soumission à des perceptions cachées, à des perceptions obscures qui semblaient souvent se lier à moi et vouloir me corrompre
je subissais ainsi, de temps à autres des bouffées d’angoisse qui surgissaient de nulle part et m’obligeaient à écouter de la musique ou à me balancer pour ressentir ce rythme apaisant, ce rythme répétitif et monotone que procurent aussi bien certains sons que certains gestes

j’étais devenue une personne au tempérament sauvage, asociale, une personne qui ne parlait presque pas et qui attirait toutes sortes de commentaires...
je n’avais pas lié une seule nouvelle amitié depuis l’âge de douze ans et mes amitiés passés s’étaient dissoutes, si bien que je n’avais plus aucune vie affective
mais j’étais capable de défendre mes intérêts en cas de nécessité

j’avais des objectifs précis et je ne doutais pas de pouvoir les réaliser dans l’avenir
j’étais lucide et plus intelligente que la moyenne
j’étais attirée par les fortes personnalités
je commençais à chercher des maîtres

je ne prenais pas en compte les avertissements
on m’avait prévenu que si je ne me mettais pas à parler d’avantage, je n’arriverai pas à me développer normalement et je ne comprenais pas ce genre de menace

j’avais confiance en moi, j’ai toujours eu confiance en moi

je pense qu’à ce moment là, j’avais déjà fait l’expérience d’un nombre important de troubles et symptômes psychiatriques
pourtant, je suis sûre que je n’étais pas encore schizophrène, au sens où la schizophrénie m’a ensuite rendu complètement inapte à toutes choses, au sens de cette schizophrénie globale, qui touche l’être au plus profond et brise les mécanismes intérieurs les plus fondamentaux
j’étais encore apte à tout ce qui s’impose à la vie d’un adolescent, se diriger, demander et obtenir, se renseigner, comprendre les impératifs sociaux...
j’étais seulement devenu inapte à toute relation affective et n’imaginais les relations sociales que sous l’angle de la domination et de la protection
les notions d’échange entre deux personnes ne m’étaient plus accessibles, je n’avais avec mes contemporains de tous âges que des relations strictement utilitaires
par ailleurs, je commençais progressivement à perdre le goût et l’envie de tous les plaisirs, y compris les plaisirs de la table et je mangeais de moins en moins
j’avais ainsi développé ce qui sera plus tard certains symptômes secondaires de ma schizophrénie sans en avoir encore développé les symptômes principaux

(suite)
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14 mai 2006 7 14 /05 /mai /2006 20:38

INSTALLATION


premiers symptômes

je suis rentrée en fac de médecine à l’âge de seize ans
je crois que j’allais bien
j’avais des objectifs relativement élevés quant à ma formation universitaire
ma vie me plaisait
je garde de bons souvenirs du premier semestre
j’ai fait un stage infirmier pendant les vacances, en service de chirurgie et j’ai connu la fierté de porter la blouse blanche
c’était la frime en trois dimensions, et le plaisir d’appartenir à une institution, un monde adulte, hiérarchisé mais solidaire
cette expérience a beaucoup contribué à me donner une bonne idée du travail
par contre, je ne me souviens presque pas du second semestre, alors même que j’assistais à tous les cours
cette perte de mémoire est peut-être un des premiers symptômes

j’avais du mal à me concentrer et je devenais impressionnable, aussi bien sur le plan sensoriel (image, bruit…) que sur le plan intellectuel (certaines phrases, certaines voix…)
je m’interessais aux sciences, j’étais un esprit cartésien,
je lisais des livres consacrés à la neurologie, et d’autres, à l’histoire
je n’étais plus attirée par les religions et je me méfiais des discours inspirés, des discours exaltés
je trouvais ridicule tous les discours et tous les comportements excessifs, par contre, j’étais attirée par les attitudes esthétiques et les paradoxes intellectuels
je ne consommais aucune drogue, je n’ai même jamais goûté une seule fois au cannabis
je n’étais attirée ni par l’anarchie ni par la violence,
j’étais aimable et très serviable, beaucoup plus que la moyenne, j’éprouvais un certain plaisir à faire ce qu’on me demandait, mais je ne parlais toujours pas
j’étais réputée particulièrement raisonnable,
je fuyais les plaisirs et me soumettais à une discipline alimentaire et sportive,
j’étais soucieuse de mon allure vestimentaire et j’étais attirée par le luxe

j’ai commencé à me méfier de plus en plus de la nourriture, de certains gestes excessifs et de certaines pratiques
je cherchais à m’économiser
je cherchais les règles d’une vie où rien ne serait gaspillé
je devenais hostile aux personnes qui dispersaient leur énergie dans des choses et des paroles futiles
je mangeais de moins en moins et m’habillais toujours de la même manière
j’avais du mal à me reconnaître et j’étais obligée de détailler mon visage dans la glace pour mieux le connaître et le mémoriser
j’avais peur de me perdre

c’était pour moi sans doute une manière de me recentrer sur le principal, j’avais peur d’être distraite, je n’arrivais plus à me concentrer suffisamment pour me permettre autre chose qu’une vie réglementée sur la base d’un régime minimal
par ailleurs, je sentais mes forces décliner

je subissais différents malaises de plus en plus fréquents
ce n’était pas nouveau, c’était seulement plus fréquent
ce n’était pas des pertes de connaissance, je tombais, je transpirais, je me vidais de mon eau, et puis je me relevais, épuisée et frigorifiée, comme  vidée de ma substance
je pense que c’est une sorte de lutte qui a commencé ainsi, au sein de mon organisme, je pense à l’installation d’un désordre qui a commencé par s’exprimer d’une manière somatique avant de s’exprimer d’une manière psychiatrique 


j’ai été hospitalisée en endocrinologie, puis dirigée vers un service de neurologie
on m’a donné une prescription et on m’a indiqué que mon cas ressortissait à la fois d’un trouble nerveux et d’un contexte psychiatrique dépressif
c’était la première fois et la dernière fois avant bien longtemps que je m’intéressais au diagnostic me concernant
on ne m’a pas proposé un suivi psy à proprement parler
je faisais face à des médecins d’un certain âge peu enclin à envoyer une personne de 17 ans dans un établissement psy
dans les années 80 les hopitaux psy étaient encore peu adaptés aux plus jeunes
ils n'imaginaient pas non plus de me confier à des psychiatres libéraux qui étaient jugés trop imprégnés des théories psychanalytiques


aggravation

j’ai commencé à me figer d’une manière intempestive, c’étaient des épisodes de stupeur, comme si tout à coup j’avais été paralysée,
cela commençait par une sorte de ralentissement, et puis tout à coup c’était un oubli, un oubli de soi ou de mon corps, j’étais immobile et je ne savais pas pourquoi, et les autres me demandaient pourquoi je ne bougeais plus
le plus souvent, c’était l’inverse, je n’arrivais pas à m’arrêter, je commençais une action et je la menais jusqu’à son terme sans pouvoir m’arrêter quelle que soit l’heure et quelles que soient les circonstances
j’était comme engagée dans un tunnel et je ne voyais qu’une seule  issue : l’accomplissement de ma tache, j’étais incapable d’envisager de m’interrompre

je recherchais les répétitions, je répétais les gestes des autres et leurs paroles ainsi que leurs voix
je n’écoutais plus ce qu’on me disait, je n’entendais que le son et le ton de la voix
j’étais sensible à tous les mouvements et tous les signes

j’avais des problèmes d’élocution et je ne terminais pas mes phrases
mes parents me disaient qu'ils ne comprenaient jamais ce que je disais

j’étais maladroite, je me coupais avec les couteaux et je laissais tomber les objets, je me cognais sur les tables et je me tenais mal

je constatais ces difficultés et je m’interrogeais quant à leur signification et leur gravité,
mais je n’étais pas inquiète pour moi
j’étais plutôt inquiète des mauvaises réactions que mon comportement aurait pu susciter

j’ai cessé d’aller en faculté par peur de me faire remarquer

j’ai décidé de chercher du travail,
je voulais quitter le domicile familial et mon environnement habituel dont je pensais qu’il exerçait sur moi une influence défavorable
je ne reprochais rien à mes parents dont les choix religieux, politiques et esthétiques me convenaient, simplement je pensais que leur présence à mes côtés ne m’était pas bénéfique, je pensais qu’ils exerçaient sur moi, par leur simple présence, leur corps et leurs paroles répétives une influence néfaste comme une sorte de magnétisme
je pensais qu’eux et moi étions antagonistes
en attendant d’avoir dix huit ans, j’ai commencé de fréquenter les cafés (je ne buvais pas d’alcool) et les bibliothèques universitaires
je lisais des livres d’histoire et des encyclopédies
j’étais fascinée par la connaissance, par le savoir, par le vocabulaire, par les théories et les témoignages, j’aurais voulu tout savoir
j'accumulais un nombre énorme de connaissances
j'apprenaient beaucoup de choses par coeur
je marchais de plus en plus dans la capitale, je marchais des heures et des heures sans savoir où j’étais et à chaque fois je m’étonnais de ce que je voyais
je commençais à remarquer tous les détails, les murs, les fenêtres, les visages des gens
tout me semblait avoir un sens caché
tout me semblait important
tout me semblait inhabituel

j'avais une hyperactivité tant sur le plan intellectuel que physique et je dormais mal

j’avais l’impression d’être entourée par une infinité d’événements, d’histoires et de vies qui pouvaient toutes avoir une certaine importance
ou alors, acquérir peut-être une certaine importance, à un moment donné, comme par exemple à la suite d’un signal quelconque

j’ai commencé à lire les dictionnaires pour comprendre le sens des mots
j’ai commencé à noter mes pensées
je passais mon temps à chercher le mot juste, à mettre des mots sur les choses, à me répéter des mots et des phrases, des ritournelles et des explications savantes
je voulais apprendre des langues étrangères
je voulais changer de langue et de pays
j’ai commencé à remarquer les couleurs comme si elles étaient plus importantes que les formes,
j’étais particulièrement impressionnée par la couleur violette qui m’attirait irrémédiablement comme la lumière d’un phare dans la tempête et par la couleur rouge
j’ai commencé à remarquer la couleur du ciel et tous les changements de lumières

je voulais tout rationaliser et tout codifier, ma manière de manger, de m’habiller, de parler (rarement)
comme s’il me semblait absolument nécessaire de tout contrôler et de tout comprendre en développant si nécessaire des théories et des principes relatifs aux obligations qui étaient les miennes vis à vis de la société
j’étais très soucieuse de respecter un contrat entre la société et moi, un contrat qui aurait fixé les limites de nos obligations réciproques
et je pensais que je devais parvenir à une discipline et une obéissance parfaite

je pensais que ma vie serait courte et que j’allais finir par disparaître, au sens propre et au sens figuré
je pensais à la fois à des voyages, à des disparitions, à la mort, et à tout ce qui s’y rapporte, dans un amalgame
j’intégrais l’idée que mon histoire serait plus proche de celle d’un personnage héroïque et romantique que celle d’une personne réelle
je me considérais comme appartenant d’avantage à l’expérience humaine qu’à la société


je devenais indifférente
je passais beaucoup de temps à tenter d’imaginer l’avenir

j’étais souvent allongée sur mon lit et j’écoutais de la musique
j’essayais d’entrer dans le rythme, je choisissais des airs à la fois doux et puissants

tout devenait de plus en plus difficile
j’étais obligée de réfléchir à chacun de mes gestes, car aucun d’entre eux n’était plus naturel
j’étais obligée de contrôler mes gestes, mes paroles et mes regards, les gestes, les paroles et les événements extérieurs, je devais supporter le poids excessifs des sons et des couleurs qui me fatiguaient et ne pas céder à la poussée de mes pensées contradictoires, que je remplaçais par des ordres, des ordres que je me donnais à moi même, comme si j’étais devenu mon propre élève ou mon propre esclave

un jour, alors que je me reposais dans l’après midi, allongée sur mon lit, je me suis réveillée et j’ai pensé que j’étais peut-être morte,
j’ai attendu longtemps qu’on vienne m’emporter puis j’ai réalisé que je délirais
j’avais l’impression que mon corps se liquéfiait à l’intérieur, je sentais l’épaisseur d’un liquide chaud qui coulait depuis ma tête vers les pieds
je n’arrivais pas à me lever
j’étais comme frappée par une fatigue qui aurait non seulement affecté mon corps mais également ma perception au point que je me demandais si mon environnement ne s’était pas lui aussi figé
je ne savais plus si le temps s’était arrêté ou si j’étais la seule victime de cette immobilisme

j’ai été hospitalisée en psychiatrie
je n’étais pas opposée à cette hospitalisation même si je n’en connaissais pas les motifs
quand je suis arrivée, je n’ai pas eu d’entretien avec un psychiatre car je ne parlais pas
il m’a seulement demandé ce qui se passait et j’ai dit “je ne sais pas”
il n’a pas insisté face à mon mutisme
j’étais figée physiquement et intellectuellement
le haut de mon corps était raide et je ne réagissais plus à rien
au bout de deux jours, j’allais beaucoup mieux
je n’ai pas participé aux discussions qui ont permis l’établissement d’un diagnostic
au bout de quelques semaines je parlais un tout petit peu avec la plus jeune des infirmières, la seule qui ne me semblait pas jouer un rôle, la seule qui me semblait naturelle
je pensais que je filais un mauvais coton mais que ce n’était pas grave
je remarquais les oiseaux, les fleurs et les chats errants dans le parc de l’hopital, j’aimais leur compagnie, j’appréciais le silence de l’établissement et je dormais quatorze heures par jour

j’avais l’impression d’avoir quitté ma vie et d’être en train de vivre une sorte de voyage intérieur, dont je ne savais plus très bien comment il avait commencé ni pourquoi

c’était la fin d’une première période dont je me souviens comme celle d’une accélération
quand tout est devenu difficile
quand les échecs se sont succédés
quand les maladresses se sont accumulées
comme si je n’avais cessé de manquer des marches
comme si chaque échec créait un déficit irrémédiable
c’était une sorte de déscente vertigineuse
au pas cadencé et mécanisé de mon corps devenu raide et froid
tout s’était transformé en une multitudes de détails
de détails, de rythmes, de couleurs et de mots
jusqu’à ce que toutes les habitudes, tous les instincts, tout ce qui est naturel ait disparu
parfois je me suis demandée si je n’avais pas volontairement opéré cette mise en pièce de ma personne naturelle, de ma personne spontanée
je ne sais pas

(suite)



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