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23 novembre 2007 5 23 /11 /novembre /2007 16:55

“La pire souffrance est dans la solitude qui l’accompagne”
André Malraux

“Au fond, c'est ça la solitude : s'envelopper dans le cocon de son âme, se faire chrysalide et attendre la métamorphose, car elle arrive toujours.”
August Strindberg

“La solitude est un enfer pour ceux qui tentent d'en sortir ; elle est aussi le bonheur pour les ermites qui se cachent.”
Abe Kobo
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20 novembre 2007 2 20 /11 /novembre /2007 16:51

On pourrait croire qu’ell
es sont réalistes, réelles, très réelles… et on est encore au dessous de la réalité
les hallucinations sont souvent encore plus réelles que la réalité, car elles ont ceci de particulier qu’elles prennent toute la place dans le champ de la conscience et de la perception
alors qu’une perception réelle laisse place à d’autres perceptions annexes, laisse place à la critique, laisse place au jugement et à la réflexion… une hallucination s’impose et envahit son territoire comme une vague submergeant tout sur son passage
elle s’impose avec la force de l’évidence et ne souffre pratiquement aucune contestation
elle s’impose comme une vérité plus forte que tout.

C’est sûrement cela qui la rend si traumatisante et si difficile à chasser,
c’est sûrement cela qui lui donne son pouvoir.
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18 novembre 2007 7 18 /11 /novembre /2007 16:32

On pourrait dire qu’une forme de folie vient de l’absence de compréhension des proportions
de l’absence de connaissance de l’échelle des valeurs communautaires
de l’absence de perception non pas du bien et du mal mais du grave et du pas grave
de l’absence de mesure et de jugement

on pourrait dire que le fou se perd dans les détails
qu’il méconnait l’important
l’important individuel et collectif
qu’il attache du sens à ce qui n’en a pas
qu’il n’invente rien mais qu’il exagère
ou qu’il minimise
qu’il n’a pas de jugement
qu’il sait voir et entendre mais qu’il ne sait pas évaluer
qu’il ne connait pas le prix des choses
qu’il ne sait pas compter autrement qu’en ajoutant des unités
qu’il n’est pas capable de la moindre stratégie
qu’il décompte comme un métronome les choses et les personnes au lieu de trouver des solutions à des problèmes marchands, à des problèmes d’échanges, à des problèmes complexes

on pourrait dire qu’il voit, entend et compte… mais qu’il ne comprend pas, qu’il ne mesure pas et qu’il ne juge pas.
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15 novembre 2007 4 15 /11 /novembre /2007 16:49

Parfois, j’ai eu l’impression que les psychiatres étaient plus intéressés par la prévention de la rechute ou  de l’aggravation que par le soin de l’état existant

comme s’ils se soumettaient avec fatalisme au verdict du présent mais qu’ils se croyaient maîtres de l’avenir

souvent, j’ai eu l’impression que la prévention de l’aggravation future était un moyen pour les médecins de ne pas se soucier d’un présent trop complexe,
d’éluder les problèmes triviaux, quotidiens, les défaillances journalières et les insuffisances régulières de leur patient
de projeter leur patient dans le futur, et de l’éloigner ainsi, de le repousser, lui et ses problèmes peu glorieux d’handicapé mental plus ou moins lucide…

il est possible que cette projection dans le futur soit de la part des psychiatres une manière de fuir une réalité, qui, insidieusement, les accable, lorsqu’ils font face au présent de la maladie mentale, qui colle à leur patient comme une sangsue que rien ne décroche.

 
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10 novembre 2007 6 10 /11 /novembre /2007 16:36

Le premier rôle du psychiatre est certainement de ramener à la réalité
comme on chasserait le brouillard pour faire revenir au premier plan les contours du réel
le réel présent et passé

en quelque sorte, le psychiatre est le représentant de la réalité et du pragmatisme
il en est le porte parole et le porte drapeau
il en vante les mérites
il la soumet à sa critique et son intelligence… il la décripte et la dédramatise, il la discute et la réanime

il se trouve alors obligé de briser les angoisses et les rêves ainsi que l’imaginaire de son patient
jusqu’à prendre le risque d’être normatif et de pousser ce patient à devenir un petit homme moyen qu’aucun rêve ne traverse jamais
jusqu’à prendre le risque de défendre des principes et des usages trop communs et inadaptés aux besoins affectifs et spirituels de son patient…
jusqu’à prendre le risque de briser des rêves rassurants.
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8 novembre 2007 4 08 /11 /novembre /2007 10:33

On peut inventer son propre langage,
repartir de la langue première
se méfier des usages
réapprendre le vocabulaire
réinventer un vocabulaire personnel, expressif et imagé, comme un abécédaire qu’on aurait soi même défini avec des mots dont on est sûr du sens, et dont on est certain qu’ils ne mèneront pas à la confusion
on peut réinventer un vocabulaire et devenir un peu maniéré, un peu poétique, un peu imagé, un peu décalé
mais on ne peut pas inventer la syntaxe

ne plus maitriser la syntaxe rend la langue incompréhensible… et mène tout droit à la grande solitude de l’incommunicabilité
comme si le vocabulaire pouvait être personnalisé mais pas la syntaxe,
comme si le vocabulaire était un bien personnel et la syntaxe un bien commun

comme si la langue commune tenait dans la grammaire, tandis que l’imaginaire personnel s’abritait dans le vocabulaire.
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3 novembre 2007 6 03 /11 /novembre /2007 21:58

Comme un papillon fixé par l’alcool
comme un animal empaillé
ou pétri de peur
comme un insecte aveuglé
j’ai souvent connu cet état de stupeur
cet état immobile
où aucune action n’est possible
et le temps s’est arrêté
cet état où la vigilance n’est pas altérée, seules les actions sont interdites

parfois j’ai pensé qu’il y avait un sens à cet état, comme un refus, comme une volonté d’attendre, une volonté de maintenir le passé, de maintenir le présent coûte que coûte, de refuser le futur
comme une volonté de faire durer l’instant
une volonté de sortir du temps

parfois j’ai pensé qu’il y avait dans cet état une sorte de quête idéale d’un infini parfait, d’un état immuable, d’une mort ou d’une vie que rien n’arrête, d’une vie réduite à un seul instant méditatif, à un bref instant éternel.

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31 octobre 2007 3 31 /10 /octobre /2007 13:42

Il m’arrive parfois de ressentir des impulsions comme des urgences difficile à contrôler,
urgence d’agir ou de réagir
mélange d’ordre venu d’en haut et de soi même
mélange de pulsion, d’un instinct qui se libère d’un seul coup, et d’une raison trop exigeante qui tente de s’imposer par la force

certains diront qu’il s’agit d’une forme de délire mais le délire a bon dos et n’explique rien
il s’agit sans doute d’un mouvement naturel, comme une décompensation, une libération de certains désirs habituellement prisonniers
prisonniers dans l’absence d’échange, dans l’échange impossible, dans la solitude habituelle
il s’agit sans doute d’une libération au hasard, tout à fait inopinée et à contre courant, de sentiments et d’émotions qui sont nées de manière tout à fait logiques et raisonnables mais qui ne se sont pas exprimées au moment de leur  naissance

comme s’il y avait quelque part, dans la machine que j’habite, une raideur et un silence qui dominaient et qui parfois, se brisaient, sous l’effet d’une brusque, très brusque, volonté d’action.
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28 octobre 2007 7 28 /10 /octobre /2007 13:39

J’ai parfois lu les blogs et les témoignages de personnes souffrant de handicaps physiques
j’ai eu l’impression que quelque chose nous unissait
le sentiment très fort du caractère délétère de notre lien à cette société qui nous rejette et nous accepte à la fois, et l’envie de s’y trouver une place malgré tout
le courage indispensable jusqu’à l’héroisme quelquefois, jusqu’au sacrifice du confort, jusqu’à la douleur silencieuse
le besoin de reconnaissance
l’envie de dire et de faire comprendre

les personnes handicapées sont nombreuses
elles se reconnaissent et se respectent
elles forment ainsi une communauté riche d’un certain savoir
riche d’une expérience douloureuse

vivre avec un handicap, quel qu’il soit oblige à mieux se connaître et permet de mieux connaître la société dans laquelle on vit
le handicap est un promontoire qui permet de mesurer les failles et les carences de la société et d’observer sans concession les archaismes et les peurs collectives

il est important de bien distinguer dans les difficultés qu’on peut connaitre ce qui vient de la maladie (et qui est spécifique à cette maladie) et ce qui vient du handicap et qui est commun à tous les handicaps
à ce moment là, on se rend compte qu’on fait partie d’un groupe important, presque une classe sociale, régulièrement humiliée, et qu’une partie de nos difficultés est politique.


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25 octobre 2007 4 25 /10 /octobre /2007 13:36


Elle existe la tentation de mener cette sensibilité exacerbée, cet infantilisme, cet égoïsme, cet esprit sauvage, cette solitude personnelle… sur la pente de l’art
de changer la maladie en un nouveau territoire pour quelque expérience sensible, sensuelle, sensorielle
de donner aux symptômes une vocation, de donner aux faiblesses une utilité, de donner aux formes étranges de l’imaginaire un nouveau sens, lyrique, prophétique, et de permettre aux paroles étranges de s’écrire en poésie.

Elle existe cette tentation de s’isoler dans quelque tour d’ivoire, sur une île, sur une colline, et d’y trouver une inspiration

Elle existe cette tentation de transformer les erreurs de jugement en tempérament, de transformer les carences de l’esprit, les raideurs du regard, en force…
force du regard, force de l’esprit… force d’un personnage qui impose sa différence.

Elle existe et on y résiste
pour ne pas sombrer dans la solitude

dans le piège infernal d’une solitude acceptée
d’une solitude définitive
d’une solitude nécessaire que plus rien ne peut briser
l’abandon de toute insertion, de toute société, de toute communauté
la plongée dans un rêve
un rêve élitiste
un rêve qui ne finira pas
un rêve qui se nourrit de lui même, de ses propres mots et de ses propres images, de son propre appétit, de sa propre émotion…

elle existe la tentation artistique,
cette tentation légitime qui parfois nous élève et souvent nous marginalise.
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