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8 juin 2007 5 08 /06 /juin /2007 11:01

Les thérapies ne manquent pas
on pourrait même dire que leur liste ne cesse de s’allonger
on pourrait même dire que leur nombre est infini…

En même temps, nombre de patients ne cessent de se plaindre du fait que les thérapies qu’on leur propose ne leur sont pas adaptées

l’offre des soignants et la demande des patients ont du mal à se rejoindre
les soignants et les patients ont du mal à se rejoindre
le dialogue semble voué à l’échec
les réussites sont des miracles
pourquoi ?
qu’est ce qui empêche les soignants d’entendre les patients et les patients d’écouter les soignants ?
quel est ce conflit, ce fossé, cette indifférence, ce malentendu ?

parfois, on dirait que les uns et les autres ne se regardent pas, ne se parlent pas
les patients parlent aux patients et les soignants aux soignants
parfois on dirait que les uns et les autres ne se connaissent pas, bien qu’ils se fréquentent assidument

parfois, on dirait que les patients sont éternellement déçus par les soignants
et que les soignants sont éternellement déçus par les patients
on dirait que les uns et les autres ne parviennent pas à sortir de leur rêve, leur rêve de soignant, leur rêve de patient
ils ne parviennent pas à sortir de leur rêve, de leurs idées reçues, de leur peur et de leur angoisse
pour se confronter à la réalité de l’autre, juste devant eux
pour entamer un échange, une discussion, poser les bonnes questions, définir les missions, les obligations, les devoirs, les règles, les objectifs
parler du cadre, du projet
redéfinir les mots, les diagnostics, les symptômes
inventer de nouvelles solutions, de nouveaux équilibres, de nouveaux projets de vie acceptables ni trop pauvres ni trop ambitieux…

souvent, on a l’impression que chacun joue son rôle
les patients jouent au patient souvent un peu récalcitrant
les soignants jouent au soignant souvent un peu paresseux
et personne ne prend ce jeu au sérieux
alors même que ce n’est pas un jeu
mais la vie
la mienne
la notre.
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4 juin 2007 1 04 /06 /juin /2007 10:27

J’ai remarqué à quel point j’étais sensible aux conditions de ma vie
sur le plan psychologique
mais tout autant sur le plan physique

j’ai remarqué à quel point il était important pour moi d’avoir une bonne hygiène de vie, de bien manger régulièrement et de manière équilibrée, de faire du sport, de dormir beaucoup…
j’ai remarqué combien facilement je pouvais souffrir de troubles somatiques légers mais bien présents dès que je déréglais mon hygiène de vie

Comme si je souffrais d’une hypersensibilité physique interne qui me rendait particulièrement vulnérable sur le plan somatique, à l’identique de mon hypersensibilité psychique qui me rend fragile face aux stress et aux modifications de mon univers psychologique

Je suis donc obligée de vivre dans la discipline d’une vie régulière et hygiénique à tous points de vue
je suis condamnée à être une personne stricte et disciplinée,
et cela ne me dérange pas de l’être
ainsi qu’un sportif ou un militaire, face à un combat, un obstacle à franchir, une ascension à gravir, avec la particularité qu’il n’y a pas pour moi de vacances ou de permission.
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2 juin 2007 6 02 /06 /juin /2007 10:25

Il faut bien dire que la schizophrénie nous fait faire de drôles de choses
il faut bien dire qu’on devient une énigme aux yeux des autres et à ses propres yeux
il faut bien dire qu’on ne souffre pas toujours tant que cela des symptômes (au bout d’un certain temps) mais que les conséquences sont tristes, qui s’étalent sous nos yeux, du fait de la maladresse, de l’inaptitude, et de certaines négligences
il faut bien dire que le tableau n’est pas glorieux de notre vie bancale, et que les situations honteuses n’ont pas manqué…


Etre malade, quand il n’y a pas de douleur physique, quand les symptômes sont connus et stabilisés, ce n’est pas trop grave… pourvu que cela ne dure pas trop longtemps

Vivre en permanence avec une maladie invalidante, en accepter les conséquences, vivre en permanence dans cette image là, cette marginalité, cette impuissance, cette défaillance, dans cette idée d’une infirmité, d’un échec intrinsèque qui se prolonge, d’un échec par rapport au projet de vie qu’on aurait du faire, normalement, si tout avait été normal, ce projet de vie qu’on aurait pu faire si on avait eu des désirs, une volonté, et des possibilités habituelles, semblables à celles des autres…
vivre en permanence dans cette sorte d’infériorité que rien ne parvient à effacer, voilà qui est parfois un peu morose
et qui nous place dans une marginalité importante, en nous sortant de la compétition, dont on sait bien qu’elle est le moteur et la structure des sociétés modernes.
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30 mai 2007 3 30 /05 /mai /2007 10:23

L’antipsychiatrie,
l’existence de certaines sectes,
les difficultés du secteur psychiatrique et le désarroi de certains infirmiers,
les querelles entre les partisans de la psychanalyse et ceux des thérapies cognitives,
les interventions publiques des partisans de méthodes sécuritaires,
les inquiétudes quant aux conditions de mise sur le marché de certains médicaments…
les questions deviennent des polémiques
les questions deviennent vite dramatiques
toutes les questions sont politiques…

les groupes, les groupuscules, les associations, les industries, les gouvernements, les théories et les politiques s’affrontent,
les patients et les familles se déchirent,
les discours sont parfois durs et les conflits incessants.

C’est sous ce concert de paroles furieuses,
c’est dans ce désordre qu’il faut se frayer un chemin, trouver des soutiens, créer des relations de confiance…

Les relations soignants/soignés sont fortement perturbées par ces discours auxquels on finit tôt ou tard par se confronter, à mesure de sa recherche, de son avancée sur le chemin de la compréhension de sa maladie

Il est difficile de ne pas ressentir cette confusion, de ne pas s’inquiéter de tous ces conflits, sachant qu’ils traitent de notre propre expérience et de notre vie

On se retrouve le jouet de la politique et de la culture… le jouet et l’enjeu de débats plus destructeurs qu’autre chose…

Je me souviens d’avoir longtemps fait une confiance parfaite aux médecins qui me soignaient…
je n’en dirais pas autant aujourd’hui
leurs discours, leurs désaccords, leurs conflits, leurs éditoriaux, leurs cris d’alarme, leurs aveux et leurs désaveux, leurs inquiétudes… m’inquiètent.

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27 mai 2007 7 27 /05 /mai /2007 11:27

Cette impression de passer à côté
à un cheveu
de la réalité
de la vie
de la vie d’adulte
de la vie des autres
de la vie sociale
de la vie courante…
de sa propre vie

à un cheveu
cheveu d’ange, poil de dragon…
à un grain de poussière près
un grain invisible, à peine croyable, que personne n’a jamais vu

cette impression que tout se joue à un cheveu
à peu de choses
au hasard
cette impression qu’on pourrait être très différent s’il n’y avait pas ce cheveu
ce cheveu sur la langue
la langue de la pensée
la pensée ordinaire, la pensée méthodique…
cette pensée qui a fourché et ne finit pas de s’affoler

ce cheveu qui est tombé dans la soupe
la soupe qu’on buvait d’un air gourmand
en cette adolescence…
ce cheveu qui n’en finit pas de balbutier
de nous faire trébucher
de s’imposer
d’imposer sa maladresse et son ridicule

ce cheveu délirant
ce cheveu hirsute
broussailleux
ce cheveu sauvage
ce cheveu qui transforme les enfants sages en démons
ce cheveu si fin qu’on ne l’aperçoit qu’à certaines heures du jour, quand le soleil se reflète sur son fil
ce cheveu qui a grippé la machine
ce cheveu rebelle,
qui dessine une corne sur un front un peu blanc.

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24 mai 2007 4 24 /05 /mai /2007 11:24

L’hôpital de jour est souvent perçu comme un lieu prévu pour briser la solitude et l’inaction
on n’ose pas dire que l’hôpital de jour est un lieu thérapeutique
on préfère souvent le présenter comme un lieu de loisirs
par pudeur ou par gêne
parce qu’il est compliqué d’expliquer en quoi les activités qu’on y propose sont thérapeutiques
parce qu’il est difficile de dire ce que c’est que le “thérapeutique”

Pourtant il est bien évident qu’on ne va pas à l’hôpital de jour si on n’est pas  malade

on y va pour retrouver le plaisir de partager des petites choses entre personnes sensibles aux petites choses
on y va pour faire des choses nouvelles, et ainsi se renouveler soi même
on n’y va ni pour le travail ni pour l’amusement mais pour quelque chose d’intermédiaire, quelque chose comme la construction d’une nouvelle manière d’être
on y va pour recommencer à zéro, pour retrouver certaines bases, pour réapprendre certains instincts essentiels, pour retrouver certaines sensibilités basiques absolument nécessaires à  la construction de tous les sentiments et de toutes les émotions complexes
on y va pour faire des choses simples mais importantes, dans un environnement solidaire, dépourvu de jugement, de notations, de concurrence et d’objectifs comptables.
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18 mai 2007 5 18 /05 /mai /2007 11:41

Cela fait bien longtemps que je suis obligée de tout verbaliser
de tout dire et écrire
de tout faire passer par les mots
pour y croire

mes souvenirs sont le fait de phrases et non d’événements
je me souviens des paroles et non des personnes
ma mémoire est verbale
ma perception aussi

cette manière de tout dire et de décrire n’est pas sans conséquence
il m’arrive de croire en ce que je dis
de croire aux mots que je viens de dire
comme si je venais de les entendre et non de les dire
il m’arrive de me convaincre par mes propres pensées
et j’ai intérêt à faire attention à ce que je pense, à éviter les mauvaises pensées

c’est parfois étrange, cette nécessité d’extérioriser sa propre pensée pour ensuite la réingurgiter
comme s’il fallait poser sa pensée sur la feuille blanche, la lire, l’apprendre, pour enfin pouvoir la penser.
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15 mai 2007 2 15 /05 /mai /2007 11:39

Il faut bien donner raison aux autres
à la société
à ceux qui sont majoritaires
il faut bien admettre que leur sensibilité, que leurs manières, que leurs intentions sont celles qui sont les plus adaptées à la marche du monde
il faut bien admettre que c’est en les imitant qu’on pourra trouver une place utile, une place active dans la société qu’ils ont fondée
il faut avoir envie de devenir quelqu’un d’ordinaire dans un monde ordinaire

Il faut réussir à ne pas sombrer dans l’imitation, le mimétisme idiot, l’obéissance absolue
il faut réussir à rester entier
il ne faut pas se confondre aux autres, il ne faut pas se fondre dans leur groupe
il faut être avec eux en restant soi
il ne faut pas renoncer à soi, sacrifier sa personne, s’offrir en sacrifice au groupe

Il faut s’inventer une identité, cultiver un art, des talents, pratiquer un sport, acquérir des connaissances, acquérir une technique, s’offrir le luxe d’une certaine maitrise dans un certain domaine, n’importe lequel…
s’offrir le luxe d’une originalité, d’une personnalité forte qui ne finisse pas en marginalité…

il faut réussir cet équilibre précaire, celui de la soumission aux règles du groupe et de la préservation de son rêve intérieur…
réussir cet équilibre précaire entre une volonté vraie d’intégration et un très fort goût pour la solitude
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13 mai 2007 7 13 /05 /mai /2007 11:38

L’absence de tri naturel des informations me semble être un problème important de la schizophrénie
j’ai longtemps eu cette impression de vivre de longs moments de confusion, de subir l’amalgame ou la dispersion d’informations dont je ne savais que faire, que je ne savais utiliser

l’absence d’un système chargé d’étouffer les informations superflues pour mieux laisser émerger les informations essentielles
l’absence d’un système permettant de valoriser ce qui est important au détriment de ce qui ne l’est pas
l’absence d’une organisation de l’information pourrait créer cette confusion, cette profusion de perceptions et d’émotions, qui nous séduit et nous accable tout à la fois

il est pourtant essentiel de savoir faire la différence entre ce qui est important et ce qui ne l’est pas, entre le détail et l’événement

on cherche donc à inventer un mode de tri, un mode d’organisation bien à soi pour remplacer celui qui n’est plus, ce qui ne fonctionne plus
cela passe par
l’hyperrationnalisme, le calcul, le délire, la morale
la concentration
l'oubli, le refus
le rêve, la philosophie, la religion…
par toutes sortes d’artifices, méthodes et théories, qui nous permettent de donner du sens à notre environnement, afin de sortir de la confusion des sens, de l’insensibilité ou de l’hypersensibilité, afin de retrouver un environnement structuré.
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9 mai 2007 3 09 /05 /mai /2007 10:44

Jalousie ou véritable aversion ?
les autres, les personnnes “ordinaires”, parfois, nous font peur
leur manière d’exprimer leurs désirs et leurs craintes nous écoeurent
leurs conversations, leurs gestes nous fatiguent
leurs amitiés, leurs querelles, leurs jalousies nous semblent ridicules et obscènes
leurs soucis simples nous semblent bêtes et méchants
leurs émotions nous semblent grossières

les personnes qui vont bien nous semblent ordinaires et brutales

nous mélangeons la juste colère contre la société qui nous maltraite et nous exclut et une aversion plus intime contre les personnes que nous rencontrons

nous leur reprochons tout à la fois de participer à cette société qui nous humilie, d’en porter (et d’en colporter) les usages et les manières, les habitudes et les faiblesses
nous leur reprochons leur adaptation à une société prévue pour la survie du groupe et non celle de l’individu
nous leur reprochons leur manque d’imagination
nous leur reprochons leurs manières, issues des manières d’une société stricte et bourgeoise, exigeante et indifférente…

nous ne savons pas très bien ce que nous leur reprochons
nous leur reprochons la peur qu’elles nous inspirent, la peur et l’incompréhension…

Il faut parfois du temps pour que ces reproches cessent
pour qu’ils laissent place à une forme d’amitié un peu distante
il faut parfois du temps pour que naisse ou renaisse cette solidarité nécessaire entre eux et nous, qui formont au final une seule et même tribu.
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