Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
4 mai 2007 5 04 /05 /mai /2007 15:02

C’est une méthode et parfois une solution
on peut simplifier sa vie à l’extrême pour faire baisser l’échec
pour ne pas faire face à l’inefficacité de ses actions et de ses perceptions
pour se protéger par l’habitude et la répétition d’une vie simpliste et mécanisée
pour se protéger de l’inconnu et de l’incompris
pour rester soi même en toutes circonstances et ne jamais être débordé par un monde envahissant…

c’est une méthode mais ce n’est pas la meilleure solution
car les vies simplifiées sont des vies étriquées sur le plan relationnel et affectif, ce sont des vies quasi mortes, ce sont des vies qui penchent dangereusement vers la mort et la dépression

cela peut être une bonne solution transitoire pour prendre son autonomie, pour devenir maître du jeu…
puis il faut essayer d’introduire de la complexité
petit à petit
comme dans une recette de cuisine quand on introduit les ingrédients les uns après les autres, lentement…

je me souviens d’avoir commencé ma vie autonome dans l’ultra simplicité : je mangeais toujours la même chose, je faisais les mêmes trajets, j’allais acheter mes courses au même endroit, je n’avais pas de loisir ni d’ami, je n’avais aucune activité changeante et mon travail était très cadré, monotone et simple à réaliser
puis, j’ai commencé de faire des choses nouvelles
notamment, je m’étais promis de faire quelque chose d’important chaque année, de faire un progrès, de réaliser un projet… et chaque année, j’ai accompli une nouvelle chose importante, j’ai mis en place une nouvelle habitude ou développé une nouvelle activité… jusqu’à devenir capable de complexité, jusqu’à devenir maitre d’un panel d’habitudes et d’activités.

Repost 0
Published by Cépaduluxe - dans vivre avec
commenter cet article
1 mai 2007 2 01 /05 /mai /2007 14:58

Tout patient a connu des humiliations et des abandons
cela fait partie de la vie de la personne psychotique
certains ont connu des agressions et des crimes…

déposer plainte ?
pardonner ?
rien n’est facile

ruminer une vengeance ?
s’effondrer dans la honte et la dépression ?
tenter d’oublier ?

comment peut on comprendre sa propre vie, si on n’en comprend pas certains événements,
comment peut on être maitre de soi, de son esprit et de sa volonté si on n’a pas compris certains passages ?


Il faut avant tout comprendre la société dans laquelle on vit
connaitre le contexte culturel et politique dans lequel ces agressions et ces abandons se sont manifestés

la méchanceté ou la déviance individuelles n’expliquent pas tout
nombreuses sont les agressions où la responsabilité individuelle et collective sont mêlées

il faut apprendre et comprendre ce mécanisme
cette jalousie, cette indifférence, cette violence, cette consommation humaine, cette mécanique cannibale qui fait que des hommes en détruisent d’autres pour s’abreuver de leur substance
il faut apprendre et comprendre cette lutte, cette guerre, cette délinquance
il faut apprendre et comprendre cette domination que l’on a subie

il faut oser regarder en face le visage de son agresseur
il faut oser se souvenir de l’agression

puis,
il faut faire un choix,
celui de la plainte auprès de la justice ou celui du pardon, celui de la colère ou celui de la page tournée
il faut choisir soi même sans se laisser dicter son choix
il faut mesurer les avantages et les inconvénients des différentes possibilités et penser que l’avenir est plus important que le présent
il faut être certain d’en avoir vraiment fini avec cela
il ne faut pas avoir honte d’avoir souffert
ni s’en flatter
il faut avoir retrouvé tout ce qui a été pris, s’être réapproprié sa propre personne, sa propre identité.
Repost 0
Published by Cépaduluxe - dans vivre avec
commenter cet article
28 avril 2007 6 28 /04 /avril /2007 14:33

A quel moment peut on dire que cela a commencé ?
A quel moment peut on dire que c’est fini ?


A quel moment les pensées étranges, les pensées juvéniles, les pensées inspirées sont devenues délirantes, absurdes et préjudiciables à l’intelligence…
à quel moment les actions désordonnées, embarassées, les perceptions intenses, les sensations étranges sont devenues déficitaires, pathologiques, invalidantes…
à quel moment une personnalité fragile, structurée autour d’une perception et d’une volonté particulière, est devenue une personnalité malade…
à quel moment sommes nous devenus malades, à quel moment la fragilité, l’hypersensibilité, le caractère rêveur, la timidité sont elles devenues les symptômes d’une maladie, à quel moment, notre vie a-t-elle cessé de nous appartenir ?


A quel moment cela cesse ?
comment se fait il qu’on ait parfois l’illusion d’être encore schizophrène alors qu’on ne l’est plus ?
comment se fait il qu’on ait parfois l’illusion de ne plus l’être alors qu’on l’est encore ?


Est ce la maladie qui se greffe sur notre personnalité
ou notre personnalité qui s’adapte à elle ?
au point qu’on ne sache plus parfois faire la différence entre notre personne et notre maladie
au point que même en la connaissant on ne puisse pas savoir si on en est atteint ou pas ?


Et après,
quand on est stabilisé
durablement
quand on a retrouvé une juste conscience de sa propre personne, de sa propre limite, quand on est capable d’être soi même et de se projeter dans le monde…
qu’est ce qu’on est devenu ?
quelle est cette nouvelle maladie, cet état limite, cet état paradoxal…
quand les symptômes sont très intermittants, quand ils traversent, quand ils viennent tout d’un coup ouvrir une porte, la porte qui mène à la vie rêvée, la vie dangereuse, la vie des anges et des démons…
quelle est cette maladie qui n’en est plus une mais qui revient, qui surgit, qui s’impose soudainement, qui creuse un gouffre, qui bloque, qui stresse, qui impose tout à coup sa douleur, sa raideur, son impuissance, son désordre…
et qui s’en va
qui ne reste pas
qui ne reste plus…
mais qui reviendra…
Repost 0
Published by Cépaduluxe - dans vivre avec
commenter cet article
25 avril 2007 3 25 /04 /avril /2007 14:30
Trois prises de consciences successives, trois efforts de compréhension et d’acceptation, trois efforts de mémoire et d’intelligence nécessaires…

d’abord,
se rendre compte qu’on est malade
se rendre compte qu’on ne vit plus comme les autres, que sa propre vie est anormalement arrêtée, qu’on n’apprend plus rien, qu’on ne se développe plus, qu’on s’enferme dans une attitude répétitive et étriquée
se rendre compte que les autres n’y sont pour rien

ensuite,
se rendre compte de la nature de la maladie (la schize)
en comprendre la limite, les symptômes, en faire le tour, en découvrir le mécanisme subtil, en connaître les pièges, les rechutes, les délires, les angoisses…

et puis,
se rendre compte de la gravité plus ou moins importante de la maladie
décider de l’importance qu’on doit lui accorder
décider de la place qu’on doit lui donner dans sa propre vie
ce dernier point est probablement le plus difficile.
Repost 0
Published by Cépaduluxe - dans vivre avec
commenter cet article
22 avril 2007 7 22 /04 /avril /2007 14:10


Jour fatal où l’on apprend par hasard ou par raison son diagnostic
ainsi qu’un verdict
une ultime explication

ainsi qu’une raison d’une importance capitale et pourtant tout à fait ininteressante
car savoir qu’on est schizophrène explique tout à coup beaucoup de choses, donne de la cohérence à une histoire, crée un lien, une chronologie
et n’explique rien, bien évidemment, tant ce terme masque une vérité peu facile à apréhender

je me souviens que mes médecins n’ont jamais cherché à me dire ce dont je souffrais tant qu’ils me soignaient
moi même je ne voulais pas le savoir
je n’ai jamais parlé avec eux de maladie mais seulement de fatigue, de difficultés à gérer le quotidien, de problèmes pratiques en quelque sorte… et d’ailleurs je parlais très peu

je me souviens qu’ils me l’ont dit plus tard, alors que j’avais déjà cessé de bénéficier d’un soin régulier pour ne recevoir qu’une assistance plus relachée, destinée à prévenir les rechutes et amortir certaines difficultés de moindre importance
ils me l’ont dit car j’ai finalement manifesté ma curiosité
ils me l’ont dit car je m’étais promis de poser un jour la question, de m’interesser un jour à mon histoire, et j’ai fini par tenir ma promesse

cela faisait 17 ans que j’étais entrée en schizophrénie
et ce n’est pas un hasard si j’ai attendu aussi longtemps pour savoir

personne n’avait jamais songé à m’informer de la réalité de cette maladie m’imposant la vie réduite qui avait été si longtemps la mienne
le silence avait dominé la plupart de mes échanges avec les médecins…
le silence ou le mensonge ?
vieilles méthodes…
ce silence m’avait protégée de certaines peurs et de certaines questions difficiles que je n’aurais pas été capable de formuler

parfois je me suis demandée ce qui serait arrivé si j’avais su plus tôt…
bonne question

La connaissance du diagnostic
permet de savoir ce qu’on n’a pas : si on est schizo, cela veut dire qu’on n’est pas depressif, qu’on n’a pas fait de trauma cranien, qu’on n’est pas idiot…
permet de s’intéresser à sa maladie en apprivoisant le vocabulaire utilisé par les autres
permet de comprendre la nécessité de se soigner

dans le même temps, elle pousse à se voir comme une personne différente des autres,
elle donne du crédit à certaines impressions (souvent fortes) de ne pas être du même monde, de ne pas être de la même famille, de ne pas être de la même société…

elle peut faire peur selon les idées que l’on a ou que l’on n’a pas à ce sujet
selon ses propres idées reçues sur la maladie mentale
des idées reçues qui sont, au début, tant qu’on n’est pas capable de penser, tant qu’on en est réduit à des pensées primitives, un élément fondateur du comportement que l’on peut avoir face aux médecins et à leur discours

La connaissance du diagnostic pousse à la responsabilité
car elle oblige à se questionner et à sortir de certains délires ou de certains rêves
et à l’irresponsabilité
car elle pousse à s’inventer une identité de malade en souffrance, de handicapé et de victime, de personne sacrifiée… de personne solitaire et déliée des obligations communautaires

Il est bon de connaitre son diagnostic dès qu’on peut en parler, dès lors qu’on peut le critiquer, qu’on peut entrer en discussion…
pas avant

car ce diagnostic n’a de sens que s’il est le mot de départ d’un dialogue, d’une recherche, d’une quête personnelle, d’une redécouverte de soi, de son histoire, de ses propres forces, de ses faiblesses, et de son avenir.






Repost 0
Published by Cépaduluxe - dans vivre avec
commenter cet article
20 avril 2007 5 20 /04 /avril /2007 14:08

Quand j’essaye de comprendre ce qui a changé depuis que je ne suis plus schizophrène (au sens d’une schizophrénie globale qui annihile toute volonté), je pense que je suis passé d’une période où le monde me semblait irreel et lointain à une période où il me semble complexe.

Aujourd’hui, je perçois le monde, je me sens lui appartenir, mais j’ai encore parfois du mal à le comprendre.
J’en perçois les vibrations et la réalité matérielle, je connais les émotions, les forces affectives et les conflits qui s’y cachent… mais tout me semble un peu confus…

Repost 0
Published by Cépaduluxe - dans vivre avec
commenter cet article
15 avril 2007 7 15 /04 /avril /2007 14:21

L’art et la publicité ont donné du schizophrène une image abusive :
soit d’un grand fou dangereux, régulièrement convié dans la rubrique des faits divers pour répondre d’un meurtre ou d’une attitude scandaleuse
soit d’un artiste fou aux cheveux hirsutes, doté d’un regard magique et d’une conscience illumitée
soit d’un éternel adolescent aux paroles hermétiques et aux comportements imprévisibles, dont l’évolution se serait arrêtée définitivement…
à chaque fois, c’est la même histoire, un personnage plus qu’une personne, un héros en quelque sorte…
un héros qui fait peur et qui fascine…

les schizophrènes sont ainsi dépersonnalisés et transformés en figures typiques ou atypiques, en personnages enigmatiques plus ou moins sympathiques

Dans le même temps, il existe un usage abusif du mot schizophrénie dans les médias
ce mot est couramment et abusivement utilisé afin de parler de situations ou d’attitudes paradoxales : un homme politique est taxé de schizophrène parce qu’il a dit une chose et son contraire
il serait plus facile de dire qu’il est contradictoire, ambivalent, qu’il use d’un double langage, ou qu’il manque de cohérence

Ainsi, l’aspect médical de la schizophrénie est complètement nié
on se trouve face à un mensonge énorme où la schizophrénie est perçue comme une attitude, presque comme une posture et une manière de vivre, et non comme une maladie invalidante nécessitant des traitements et des lieux de soins

Au final, la confusion est telle, qu’on aurait presque envie qu’un nouveau mot soit inventé afin de définir notre mal
“l’étrange maladie” pourrait être son nouveau nom
 
Repost 0
Published by Cépaduluxe - dans schizophrénie
commenter cet article
12 avril 2007 4 12 /04 /avril /2007 13:24

Les forums et les blogs ont permis aux schizophrènes de prendre la parole et de la garder
sans qu’un contrôle officiel ne s’exerce sur leurs dires
c’est ainsi que les schizos ont pu s’adresser aux schizos et mettre en place des zones d’échanges

c’est ainsi que des revendications surgissent
que des incohérences et des manquements sont dénoncés
c’est ainsi qu’on voit apparaître le fossé immense qui existe entre certains patients et leurs soignants, entre l’énorme capacité d’apprendre et de progresser des patients et la faible implication des soignants

c’est ainsi qu’on apprend
comment les médecins et les soignants peuvent faire preuve d’arrogance et de mépris
comment les parents sont débordés au point de finir par penser qu’ils sont eux mêmes malades, inaugurant ainsi une sorte de phénomène de contagion au sein de la famille
comment les médicaments ont des actions imprécises selon les dosages et les patients
comment les thérapies alternatives (psychothérapie, ergothérapie, thérapie institutionnelle...) sont peu employées
comment les personnes qui travaillent malgré leur handicap sont peu aidées
comment les patients sont contraints de vivre dans le mensonge, la peur et parfois, même la honte

c’est ainsi qu’on voit vivre une communauté invisible, nombreuse, de personnes qui semblent être éternellement des perturbateurs malgré eux,
jamais prévus
jamais attendus
jamais compris
jamais acceptés
des personnes qui créent de l’étonnement et de la surprise dans le meilleur des cas, et toutes sortes de réflexes de peur
des personnes que leur maladie ne prédispose pas à la vie en société et qui doivent se contorsionner pour y trouver une place malgré tout, une petite place souvent… et parfois une bonne place grâce à la chance

C’est ainsi qu’on voit exister une communauté de personnes tellement délaissées, tellement confuses, que souvent, elles ne savent même plus ce qu’elles doivent espérer, elles ne savent même plus si elles doivent croire en leur guérison (rémission) ou si elles doivent attendre…
C’est ainsi qu’on voit exister une communauté de personnes qui parfois, semblent vouloir s’installer dans leur handicap, jusqu’à nier les possibilités de guérison, et parfois, tout au contraire, sont prêtes à forcer tous les obstacles, en se formant elles mêmes à la médecine et la pharmacologie, pour suppléer par leurs propres connaissances aux carences de leurs soignants.
Repost 0
Published by Cépaduluxe - dans vivre avec
commenter cet article
11 avril 2007 3 11 /04 /avril /2007 17:22


   

    le groupe de lecture, une approche thérapeutique de la psychose
    de Dominique Friard
    Editions Hospitalières, collection souffrance psychique et soin
   
    l'histoire d'un groupe de patients
    dans le groupe de lecture d'un hopital de jour








  

    le naufrage de la psychiatrie
    de Sophie Dufau
    préface du Dr. Patrice Pelloux
    éditions Albin Michel
       
    une enquête journalistique
    sur les dysfonctionnements de la psychiatrie en France

 

 

 

 

 

Repost 0
Published by Cépaduluxe - dans psychiatrie
commenter cet article
11 avril 2007 3 11 /04 /avril /2007 13:31

SANTE MENTALE : le mensuel des équipes soignantes en psychiatrie

des articles prévus pour les professionnels mais lisibles par des patients
parfois un peu ardus mais toujours intéressants, dans une langue dénuée de jargon


              
Repost 0
Published by Cépaduluxe - dans schizophrénie
commenter cet article