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4 avril 2007 3 04 /04 /avril /2007 13:18

C’était un bon séjour,

parce que c’était le dernier,
probablement le plus utile,
le seul séjour qui se soit ouvert sur un avenir véritable
et parce que les images qui m’en restent ne sont pas violentes

C’était un hopital public

oscillant entre un désir de modernisme
un désir humaniste
et des restrictions budgétaires frisant le ridicule
menant à cette économie, à ce catimini, à cet espace clandestin où l’atelier thérapeutique s’était installé (entre deux portes)

C’était un lieu de rencontres multiples et imprévues

C’était un endroit dépourvu de toute humiliation
c’était un endroit sans échec
c’était un endroit sans objectif particulier

Un lieu de passage calme et organisé


Un lieu de découverte
la découverte de soi
un lieu d’insertion
l’insertion en soi même

Je me souviens peu des infirmières
je ne voyais pas leurs visages
je me souviens qu’elles me disaient sans cesse de ne pas oublier de les solliciter si j’avais besoin de quelque chose
je me souviens de leur disponibilité
je me souviens des bras noirs et imberbes de l’infirmier qui s’occupait de moi

Je me souviens des autres patients qui parlaient d’eux mêmes et moi je ne parlais pas
je me souviens qu’ils ne me semblaient pas malades
je me souviens qu’ils me semblaient très conscients de ce dont ils avaient besoin et qu’ils m’étonnaient de cette manière

Je me souviens de mes après midi passées dans les jardins

je me souviens des arbres, des pelouses et des fleurs

Je me souviens des repas chauds plusieurs fois par jour
du bain chaud
du lit chaud
de la chambre éclairée
de ce confort moderne qui m’étonnait mais auquel je m’adaptais très vite

Je me souviens de l’assistant social qui me faisait signer le dossier pour la cotorep en m’expliquant que je recevrais bientôt une lettre,
sur laquelle serait mentionné le fait que j’étais handicapée
mais que je ne devais pas m’effrayer de ce mot
car je n’étais pas handicapée,
et ce n’était qu’une formule administrative

Je me souviens de l’interne qui me disait que ce serait long et qu’il faudrait que je sois patiente
je me souviens de la douceur de sa voix
de ses yeux noirs et étrangement inquiets


Je me souviens du patron qui me demandait régulièrement comment j’allais
et à qui je répondais invariablement que j’allais bien

Je me souviens de l’ergothérapeute qui m’expliquait les choses petit à petit sans chercher à croiser mon regard

Je me souviens de l’homme qui faisait le ménage et qui était toujours souriant, plein de bonheur

Je me souviens de la bibliothécaire qui me proposait d’aller me chercher d’autres livres
si je ne trouvais pas dans son panier ce qui me convenait

Je me souviens de toute cette sollicitude gratuite, légère et rassurante
de ces personnes qui ne semblaient pas s’étonner de ma présence ou de mon existence
de ces personnes qui semblaient prêtes à vivre avec moi si j’acceptais de vivre avec elles…

j’espère qu’elles se portent bien.




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8 février 2007 4 08 /02 /février /2007 19:12

Quelle est cette sensation d’exil imaginaire
de ne pas appartenir à cette terre
à ce pays
d’être privée d’une langue, d’un territoire, d’un paysage familier

j’ai souvent voulu retourner vivre au Moyen Orient sur la terre de mes ancêtres, bien que je sois née en France
j’ai souvent voulu partir vivre dans un pays pauvre, comme si la richesse et la sophistication de la société françaises m’étaient pénibles
j’ai souvent voulu partir vivre dans des pays dont les langues me sont parfaitement inconnues, comme si je voulais fuir les voix et les discours et me réfugier dans la musique d’un langue indéchiffrable

Aujourd’hui encore, je rêve d’un grand voyage de plusieurs mois, quelque part, dans une terre inconnue et dépeuplée, dans un himalaya quelconque, loin des psychiatres et de leurs conseils de bonne femme, loin des psychologues et de leurs hypothèses enigmatiques, loin des infirmiers et de leur sens moral… loin de tout cet environnement rassurant qui finit par m’inquiéter

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4 février 2007 7 04 /02 /février /2007 11:54

100 ème article

l’heure du bilan n’est pas arrivée
le projet prend forme
il évolue
les pensées s’organisent

cette forme d’écriture me convient
car elle se constitue par bribes

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1 janvier 2007 1 01 /01 /janvier /2007 10:12
2006 m'a permis de mieux organiser ma communication
d'avoir moins peur de ma propre voix et de celle des autres

2007 me permettra de poursuivre cet élan et me donnera l'occasion de nouvelles rencontres

je souhaite à chacun de réaliser ses projets, ni trop fous, ni trop raisonnables

bises

Cép

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22 décembre 2006 5 22 /12 /décembre /2006 10:47

J’ai fait quelques provisions de victuailles connues pour illustrer les tables de fin d’année
j’entends manger ce qui doit être mangé par tradition ces jours là
c’est du conformisme social
je serai seule à la maison pour chacune des deux fêtes
I’m a lonesome cowboy
comme lucky luke

ce conformisme a un sens
il est certain que pour moi aujourd’hui, il est absolument nécessaire de ne pas se retrouver décalée par rapport aux usages, aux coutumes et aux manières de faire
je lutte pour sortir de la marginalité
il me semble primordial de coller le plus possible au mode de vie de mes contemporains

je veux participer aux événements collectifs même si je dois m’imposer une certaine distance par rapport au centre de l’histoire en cours
je serai un des participants de ce double jeu (Noel et jour de l’an), participant certes très discret, mais participant quand même

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22 décembre 2006 5 22 /12 /décembre /2006 10:42

Je me souviens d’une époque où je notais tout, chaque situation, chaque mot
je décrivais les paysages et les événements
je consignais les détails
je faisais un inventaire permanent de mon environnenement
je ne me relisais jamais

comme si j’avais été chargée par un esprit mystérieux de consigner l’existence de chaque chose
comme si j’avais cherché à poser par l’écrit les réalités afin qu’elles dégorgent une vérité encore plus importante

comme si je n’étais plus capable de percevoir le monde autrement qu’en le verbalisant

je me souviens d’avoir lu des dictionnaires, page après page et des livres de linguistique à la recherche d’une mécanique, à la recherche d’un verbe idéal

je me souviens que les mots me semblaient faux

je me souviens que mon discours devenait impossible

aujourd’hui encore, souvent, quand je parle et j’écris, je sens cette impression étrange, l’impression de dire quelque chose de dissonant ou d’interdit, quelque chose d’obscur
j’ai peur de m’exprimer car j’ai peur d’introduire des idées délétères dans l’esprit de mes interlocuteurs

quand j’écris, j’ai peur de faire remonter à la surface certaines peurs, certains rêves, certaines expériences intérieures
j’ai peur par la pratique de l’écriture de favoriser mes troubles psychiatriques, d’entretenir une pensée maladive, une pensée qui ne vit que par les mots et les symboles et qui se fiche pas mal de certaines réalités
j’ai souvent l’impression que mes pensées nourrissent et réaniment au quotidien une maladie qui n’existerait pas sans cela
j’ai souvent l’impression qu’à trop choisir ses mots on finit par s’inventer une pensée et une parole pathologique
j’essaye souvent de m’interdire de penser, de parler, d’écrire… et bien sûr, ce n’est pas possible

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29 novembre 2006 3 29 /11 /novembre /2006 22:48

Ecrire
manière de parler haut et fort
manière de penser à soi en pensant aux autres
manière d’aimer les mots et leurs effets
manière de collationner des images et des sons, des sentiments et des souvenirs, des formes et des chants, des émotions et des jugements
manière d’imposer aux autres ses propres questions
en attendant les réponses

écrire
creuser le regard
chercher le détail
traquer le lien
trouver l’adjectif
s’inventer un langage
une histoire et le monde qui va avec
retrouver une langue perdue
retrouver sa langue maternelle
donner à chaque mot un sens
à chaque chose une importance

s’imposer un exercice
s’installer dans la page
se soumettre aux règles
à la grammaire
entendre les sons
le tempo
la plainte
le murmure
venu d’un tréfonds
d’un inconscient
d’un désir de mouvement
d’un désir de connaissance

écrire
pour en savoir un peu plus
pour frôler l’exactitude
pour dominer les couleurs et les paysages
pour s’approprier les querelles
pour s’affranchir
pour sortir de l’ombre.
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11 novembre 2006 6 11 /11 /novembre /2006 12:39

tout est difficile
rien n’est ordinaire
tout est exceptionnel
tout est étrange
j’évolue dans un monde d’ivresse et de vertiges incessants
l’immobilité est mon refuge
l’immobilité me rassure et me renforce
l’inaction est le seul moment rationnel
le seul moment naturel
le seul moment charnel
le bruit des draps, l’odeur du corps, le chants des oiseaux, la lumière jaune, la lourdeur de la tête, les ombres sur le mur…
la pesanteur du corps, des bras, du dos, figés dans l’attente, dans l’immensité d’un moment immobile
l’action ne peut vivre que par éclats
éclats de voix, de gestes
initiatives éclatantes
éclats brutaux et surnaturels, spectaculaires et grostesques
l’action semble se dérouler dans un monde impulsif, un monde fait de pulsions souterraines, qui émergent
l’action semble se dérouler dans un monde violent, cruel, rapide, sans mémoire, capricieux, désordonné
je n’aime pas ce monde
ce n’est pas le mien
je ne parviens pas à croire que je suis un être humain
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20 octobre 2006 5 20 /10 /octobre /2006 16:50

je vais reprendre le travail prochainement sur les conseils de mon médecin
cela faisait quelques temps que je ne travaillais plus
la fièvre, la maladie et les médicaments avaient emporté mes forces
j’étais en panne d’essence en quelque sorte

c’était la première fois depuis que j’ai commencé à travailler il y a dix ans
ce n’est pas un arrêt de travail motivé par la schizophrénie mais par une maladie somatique banale

du coup, j’ai pu me replonger dans cette situation que j’ai connu des années durant :

l’inactivité
l’absence d’activité obligatoire
l’absence de service rendu à la communauté
l’absence de rôle social


j’ai parcouru le net dans tous les sens, lu quelques journaux et regardé la télévision
j’ai rapidement laissé mes horaires de vie se décaler, les heures des repas et du sommeil se modifier
j’ai rapidement pris l’habitude de répéter les mêmes gestes, de manger la même chose, de créer des répétitions
j’ai repris l’habitude de l’immobilité, de la musique, du lit, du dialogue intérieur
j’ai rapidement retrouvé tous ces travers du schizo solitaire que j’avais bien explorés autrefois
j’ai rapidement retrouvé ce rythme étrange, fait de désordre et de maniaquerie, d’absence totale de règles et de soumission à certaines habitudes, des habitudes de vieux
de vieux ou de fous
j’ai retrouvé cette manière de vivre particulière, quand on échappe à tous les regards, quand rien ne semble vraiment urgent, quand de nouvelles lois très personnelles surgies de l’intimité remplacent les lois sociales, les lois collectives

mais là, ce n’était pas la même chose,
car aujourd’hui, j’ai changé
je sais désormais ce qui est important et ce qui ne l’est pas
je sais ce qui est normal et ce qui ne l’est pas
je suis lucide et je sais mesurer les phénomènes
je sais que ma fatigue est légitime et que ma fièvre et ma maladie sont véritables
je sais à quel moment je dois me contraindre et je n’ai pas peur de me faire mal dans ces cas là
j’ai cet instinct qui m’empêche de me laisser aller à l’immobilité, l’incurie, au delà d’une certaine limite
je reste curieuse de ce qui se passe ailleurs, au bureau, là où je ne vais pas à ce moment mais où j’ai encore ma place

bref,
j’ai tout ce que je n’avais pas autrefois, le sens de la mesure, une mémoire intacte, l’instinct de survie, le désir d’aller bien, le goût pour l’action, la possibilité de maintenir par l’esprit, la parole, le téléphone… un contact avec le monde extérieur

je mesure le chemin parcouru
lentement

je sais que je suis presque guérie
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12 octobre 2006 4 12 /10 /octobre /2006 12:00

parfois ma voix devient celle de quelqu’un d’autre
elle devient une voix morale et dominatrice, une voix qui peut mener à l’arrogance et la cruauté, une voix qui monte sans relâche vers un ton dictatorial, une voix qui chercher la raison absolue
ou bien
elle devient une voix faible et enfantine qui se joue de tout, des mots et des questions et des situations, une voix qui n’a pas peur et qui se veut courageuse en niant toute souffrance et toute injustice, une voix de gavroche en chaussette, un peu ironique, souvent exagérée
souvent cette voix est critique d’un monde et d’une société
parfois elle est accusatrice
je ne sais pas d’où cette voix me vient ni si elle exprime des opinions qui pourraient être les miennes
je crois que c’est la voix de mon adolescence, brisée par la maladie
une voix qui n’a pas grandi mais qui n’est pas morte non plus
une voix exigeante qui supporte mal les compromissions
une voix en quête d’un absolu avec rage ou lyrisme
ou bien c’est la voix de mon âme malade
la voix de mon esprit schizophrénique
la voix sauvage et mal disciplinée qui ne supporte pas qu’on lui réponde
la voix issue de l’observation inlassable d’une communauté humaine à laquelle je n’appartiens pas mais que je ne cesse de fréquenter
la voix issue d’une analyse à distance
la voix pleine d’indifférence et de frustrations, pleine d’incompréhension et de violences incorrigibles
ou bien la voix d’un inconscient
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