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18 octobre 2007 4 18 /10 /octobre /2007 11:11

J’ai mis du temps avant d’apprendre à parler, à parler correctement, à parler à quelqu’un, avec une intonation dans la voix, en regardant mon interlocuteur, en variant mon vocabulaire
et puis j’y suis parvenu
j’ai cessé de parler dans le vide pour enfin m’adresser à des personnes et guetter leurs réactions, susciter leurs commentaires
j’ai commencé à parler et écouter en même temps, j’ai fait attention à mon environnement

et puis je me suis rendu compte que je n’avais rien à dire
que je me censurais
que je répugnais à l’idée de livrer l’objet de mes préoccupations
que je ne voulais pas que les autres me connaissent

j’acceptais de parler de notre travail, de parler de questions techniques… mais je ne voulais pas partager mes pensées
comme si je voulais rester seule propriétaire de mes pensées
ou comme si je n’avais pas moi même été très certaine de connaître mes pensées
comme si je n’avais pas de pensées mais uniquement des connaissances
comme si je voulais rester une personne sans histoire, sans mémoire, sans personnalité, sans intimité

comme si je voulais rester parfaitement anonyme et parfaitement inconnue
comme si je n’avais pas encore pris la décision de devenir le sujet de ma vie
comme si je n’étais pas encore tout à fait d’accord avec ma naissance et mon existence
comme si je voulais continuer de mimer ma vie ou de faire l’automate.

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13 octobre 2007 6 13 /10 /octobre /2007 10:41


“On n’est certes pas responsable d’une pathologie qui vous accable, mais on peut devenir responsable de la manière de la vivre.“
Edouard Zarifian


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7 octobre 2007 7 07 /10 /octobre /2007 10:35

Les symptômes faibles créent une gêne, une fatigue, engendrent des erreurs… par dessus un comportement normal

les symptômes forts avalent le comportement normal et prennent sa place, ils créent un oubli de ce qui précède, ils prennent le contrôle du corps.

Les symptômes faibles s’ajoutent, les symptômes forts remplacent.


Je suppose qu’on peut mener une vie normale avec des symptômes faibles, à condition de supporter l’inconfort permanent qu’ils procurent.

Les symptômes forts créent une nouvelle personne et conduisent à une nouvelle vie, une vie qui n’a rien à voir avec celle des autres.


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4 octobre 2007 4 04 /10 /octobre /2007 14:49

Je ne me suis jamais sentie aussi fragile qu’aujourd’hui
aussi vivante aussi
comme si j’avais cessé d’être ce monolithe pour devenir un papillon qu’un brin de souffle suffit à bousculer

je ne me suis jamais sentie aussi vulnérable, émotive, sensible…

j’ai l’impression de sortir d’une caverne et de voir fondre une carapace au soleil
jamais je n’aurais pensé que cela se passerait comme cela
qu’il faudrait en passer par cette étape comme une sorte d’adolescence ou d’enfance tardive
comme une sorte d’état précaire
d’état intermédiaire.

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22 septembre 2007 6 22 /09 /septembre /2007 21:28

Je ne sais pas comment font ceux qui acceptent

je ne sais pas si c’est moi qui ai la tête plus dure que les autres
moi qui refuse la réalité
qui nie la réalité
la réalité du handicap

je ne sais pas d’ou vient cette force qui me pousse à vouloir toujours être intègre, en bonne santé, guérie
cette force qui me pousse à croire que mon esprit va renaître, que mes forces vont revenir, que tous mes problèmes vont disparaître prochainement.

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16 septembre 2007 7 16 /09 /septembre /2007 13:28

Je crois, qu’outre le sport, ce qui m’a sauvé, c’est la curiosité
le volonté de comprendre
le souci du monde
l’intérêt pour les fonctionnements et les dysfonctionnements de la société et de la nature
le goût d’apprendre.

Je crois qu’à toutes les époques, j’étais encore capable d’apprendre des notions théoriques et que jamais cette fonction n’a été chez moi touchée

je n’ai pas honte parfois d’acheter des petites encyclopédies pour les enfants plus faciles à lire que des livres pour adultes et très instructives

je crois qu’une école dédiée aux personnes souffrant de handicap psy ne serait pas du luxe,
un lieu qui leur permettrait d’apprendre, malgré leur handicap
une université ouverte, grande ouverte accueillant les patients pour leur permettre de se cultiver et de rester lucide et intelligent.
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14 septembre 2007 5 14 /09 /septembre /2007 10:25

De toute cette histoire, cette vie malade, ce dont je me souviens le plus, c’est cette indifférence, cette insensibilité de mon environnement
comme si j’avais passé ma vie à me noyer sous les yeux de personnes incouciantes
comme si j’avais traversé un paysage un peu mort.

Je ne sais pas ce que j’aurais aimé, qu’on me plaigne, qu’on me console, qu’on m’insulte…
qu’on me comprenne, qu’on m’aide un peu…

C’est curieux comme on peut vivre à côté des autre sans rien, vraiment rien, partager avec eux
sans leur ressembler, sans être aimé par eux, sans les aimer soi même… comme s’il était évident qu’on n’était pas fait pour vivre ensemble, eux et nous (eux et moi).

Souvent j’ai pensé que l’indifférence était réciproque
que petit à petit le monde répondait aux symptômes du patient
et que le monde devenait indifférent au patient indifférent.
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7 septembre 2007 5 07 /09 /septembre /2007 11:11

Je ne sais pas pourquoi, je n’ai jamais pensé que je souffrais d’une maladie psychiatrique mais j’ai toujours pensé que j’avais un problème de développement…
je pense que j’ai raté certains apprentissages.

J’étais jeune, comme la plupart, quand je suis tombée dans la schizophrénie
je crois que j’aurais aimé être soignée par un pédopsychiatre, par quelqu’un qui aurait vu en moi une personne en train de se développer, en train de se développer de manière aberrante, en train de se développer de manière solitaire, sauvage, sans respecter les lois sociales… en train de se développer à la brute, sous l’effet d’impulsions et de pensées fortes, trop fortes

j’aurais aimé être soignée comme une personne souffrant d’un trouble du développement nécessitant un accompagnement paternaliste
nécessitant une méthode de réapprentissage progressif des attitudes et des comportements
j’aurais aimé qu’on m’enseigne une manière d’être acceptable plutôt que d’être traitée comme une personne souffrant de symptômes.

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2 septembre 2007 7 02 /09 /septembre /2007 18:20


Quand les symptômes remontent, je vois s’installer ce double phénomène :
l’hypersensibilité qui me rend sensible à tous les détails et qui m’impose un flux énorme d’information visuelles, sonores, verbales, qui m’assaillent et tournent dans ma tête
la trop faible réactivité de ma personne devenue lente, raide, maladroite, passive, soumise.

C’est un déséquilibre énorme qui se crée alors entre le grand nombre d’informations qui entre et le faible nombre d’actions qui sortent de ma personne

je deviens un objet et cesse d’être un sujet
je deviens un réceptacle
un spectateur conscient, aveuglé, pétrifié, immobilisé.

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27 août 2007 1 27 /08 /août /2007 13:08

admirer, imiter, chercher l'image, chercher l'identité



De tous les symptômes dont j’ai souffert, un seul me fut utile je crois… c’était le mimétisme

je crois qu’il m’a bien servi ce pouvoir étrange de me laisser envahir par les manières des gens, au point de les imiter instantanément, de répéter leurs paroles et leurs gestes
je crois que cela m’a bien servi pour que je continue de leur ressembler alors même que j’avais cessé de les comprendre

parfois j’ai pensé que c’était l’une des clefs
parfois j’ai pensé que l’admiration, l’imitation, la recherche d’une identité autre que la sienne, rythmaient à la fois les rechutes et les progrès

parfois j’ai pensé qu’on pouvait s’y perdre, dans des imitations de personnages étranges, mystiques, mythologiques, excessifs, impossibles, improbables…
et qu’on pouvait aussi se retrouver dans l’imitation des personnes ordinaires, collègues et voisins de paliers, médecins et infimiers, familles et commerçants, petit peuple ordinaire, petit peuple innocent…
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