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26 août 2007 7 26 /08 /août /2007 19:22

Est ce que sombrer dans la schizophrénie, ce n’est pas sombrer dans la mort
est ce que faire le schizophrène, ce n’est pas faire le mort

le mort social
le mort familial
le mort tout court

est ce que ce n’est pas un instinct morbide qui éteint une à une les fonctions vitales
jusqu’à ce qu’il n’y ait plus que des os et du sang
un squelette minéral nourri par des liquides

est ce qu’il n’y a pas un abandon
un refus irrévocable
un départ
un enterrement avant l’heure…
une attirance énorme pour cet instant méconnu, cet instant et cette éternité qui succède à la mort…
une envie de disparition, un désir fou d’être ailleurs, seul, là où personne ne peut nous rejoindre.

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25 août 2007 6 25 /08 /août /2007 19:20

Il faut retrouver le naturel,
retrouver une gestuelle pure, souple, déliée
retrouver une parole nette, vive, rapide, spontanée

il faut quitter l’armure
la discipline
la raideur et le calcul
la théorie

il faut abandonner tous ces efforts
se laisser aller
se laisser emporter par le rythme du corps…

il faut…
il faut…
il faudrait retrouver l’instinct.
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17 août 2007 5 17 /08 /août /2007 09:35

Pendant longtemps j’ai fui certaines sollicitations parce qu’elles me fatiguaient, me stressaient, me déroutaient et me faisaient peur :
le cinéma
les restaurants et bars
la foule
les lieux inconnus
certains discours politiques radicaux
la religion
la lecture d’ouvrages de science fiction

depuis que je vais mieux, je tente de réintroduire petit à petit certaines de ces sollicitations
les restaurants notamment
les livres de science fiction
les lieux inconnus…
en effet, je trouve que ma vie est trop simple et trop disciplinée

mais je me demande s’il faut maintenir certains interdits

je me demande qu’elle est la valeur de ces interdits
interdit par soi même au nom d’une théorie qui n’existe pas, au nom d’une peur que l’interdit finit par alimenter, au nom d’une intuition contestable…

parfois je me dis que ces interdits me rassurent
que mon obéissance me rassure, à l’image de ma soumission à l’autorité psychiatrique
je me dis que je ne peux pas rechuter car je respecte les interdits et les prescriptions…

parfois, je pense qu’il faudrait que je sois accompagnée de manière à pouvoir affronter certaines situations difficiles sans trop de craintes
de manière à pouvoir lever les interdits progressivement sans trop de difficulté
parfois, je pense que j’aurais besoin d’un guide… d’un parrain, d’un tuteur…
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15 août 2007 3 15 /08 /août /2007 09:31

La schizophrénie
une maladie ou un handicap
cette question est pour moi essentielle
lancinante

une maladie mais qu’on ne parvient pas à soigner
une maladie qu’on ne parvient qu’à grand peine à décrire
une maladie qui ne fait pas toujours souffrir
une maladie qui se nourrit de la vie psychique du patient ainsi qu’une sangsue
un handicap qui rend chaque perception complexe, chaque action douloureuse
un handicap qui rend marginal
un handicap qui rend maladroit, faible et sans défense
une maladie qui fatigue
une maladie qui évolue et réagit à certaines thérapeutiques de manière spectaculaire
une maladie qui impose au patient de devenir son propre soignant, son propre infirmier
un handicap qui dure et n’en finit plus

une maladie et un handicap
une fragilité faite d’une multitude de petits symptômes dont l’arrangement finit par détruire tout élan naturel et tout instinct
une fragilité à laquelle on s’habitue à condition de devenir modeste, à condition d’accepter sa faiblesse et de réinventer ses repères.
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27 juillet 2007 5 27 /07 /juillet /2007 10:54


Parfois, certains symptômes deviennent un socle sur lequel on s’appuie
sur lequel on fonde sa personnalité
sur lequel on fonde une attitude, un état d’esprit, une manière d’être, plus observatrice, plus sensible, plus fragile, plus onirique, plus intellectuelle, plus indépendante…
parfois, la sensibilité extrême devient une manière d’être et le prétexte à certaines attitudes plus morales et plus douces
parfois, le retour sur soi devient une attitude, permanente, acceptable, acceptée
parfois, la maladie devient un trait de caractère supplémentaire à tous les autres comme un regard supplémentaire tourné vers l’intérieur

Parfois la maladie rend plus intelligent, plus calculateur, plus dur et plus tendre à la fois
parfois, on se rend compte qu’on est devenu un pur produit de l’institution psychiatrique
parfois, on se rend compte de toutes les habitudes qu’on a prises, dans la manière de s’observer, de rendre compte de ses actes et de ses pensées à des psy, dans la manière de prendre soin de soi et des autres, de s’informer, de demeurer attentif…
parfois, on se rend compte qu’on est devenu non plus l’objet d’une maladie (son jouet) mais le produit d’un système de soin et de réflexion

Parfois on se rend compte qu’on a été façonné par la maladie et les soins, qu’on a été déconstruit et reconstruit.

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22 juillet 2007 7 22 /07 /juillet /2007 10:51

Parfois j’ai l’impression qu’il y a deux schizophrénies
une profonde et une superficielle
une qui fait un développement atypique et qui reste avec le temps, qui vient de loin, peut-être de la naissance
une autre qui se serait manifestée de manière plus spectaculaire sous l’effet d’un dérèglement brusque et qui pourrait être contenue par les traitements

parfois j’ai l’impression qu’il y a cette schizo profonde, cette schizo intérieure,
celle qui vient de l’enfance,
qui ne se voit pas ni se sent
constituée d’une hypersensibilité à certains phénomènes
d’une sensibilité mal équilibrée, décalée, aberrante
et d’une insensibilité vis à vis du monde et de certains usages sociaux
une impossibilité de s’impliquer
un énorme besoin de silence et de solitude…

et qu’il y a cette schizo superficielle, la plus visible
celle qui vient de l’imaginaire, du rêve, de la lecture et qui fonde des idées très personnelles
celle qui vient d’un souci abstrait, d’un souci d’absolu
celle qui se nourrit de certaines ambitions et de certains refus
celle qui se développe au contact de la société
celle qui crée des désordres
celle qui crée des attitudes de refus et d’insoumission
celle qui finit par disparaître quand on vieillit
celle dont on guérit.
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22 juin 2007 5 22 /06 /juin /2007 12:39

Je me souviens de perceptions extrêment sommaires à l’époque où j’allais très mal

je ne percevais que les sons, les lumières, les couleurs…
je ne percevais plus le côté agréable ou désagréable, ordonné ou désordonné, accueillant ou agressif…
je ne percevais plus aucune perception élaborée
je vivais dans un environnement extrêmement rustique et peu humain, un environnement dépourvu de charge affective et émotive

parfois, je perds de nouveau cette capacité de percevoir des sensations élaborées et je me retrouve face à ces formes, ces couleurs et ces sons très déshumanisés… cela ne dure pas…
cela me rappelle que le monde dans lequel je vis aujourd’hui est un monde dans lequel je projette mes goûts et mes sentiments, c’est un monde que ma perception recrée à chaque instant, un monde que je m’approprie, que je digère, et c’est comme cela que j’arrive à m’y repérer et à y trouver ma place.  

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14 juin 2007 4 14 /06 /juin /2007 11:10

J’ai recommencé à travailler assez tôt
j’avais encore beaucoup de difficultés,
ma vie était extrêmement simplifiée
le travail me servait de lieu d’apprentissage, me permettait d’avoir un cadre, de profiter d’un élan, celui de mes collègues, jeunes pour la plupart…
le travail me sortait de la marginalité, me permettait de profiter d’un environnement banal, ordinaire, et j’avais besoin de cela

mais des années après, alors que j’allais mieux, que je commençais à m’interroger, que je commençais à parler, que je commençais à m’inquiéter pour moi même… quand j’ai compris que j’étais malade ou, tout au moins, que je souffrais d’une déficience durable… je me suis trouvée piégée
je n’avais plus assez de temps et d’énergie pour me consacrer à une thérapie que j’ai du arrêter plus tôt que prévu

je ne parvenais pas à vivre la semaine dans la peau d’une personne ordinaire qui s’impose des efforts et une discipline intransigeante,
puis à me mettre dans la peau de la personne souffrante, face au thérapeute
je ne parvenais pas à faire ce grand écart, à gérer cette double attitude, ce double langage


c’est ainsi qu’on se rend compte qu’il y a deux stratégies souvent contradictoires
soit, on se soigne, et cela demande du temps et de la disponibilité, cela impose de beaucoup se centrer sur soi même… on risque alors de se marginaliser et de s’installer dans une position de handicapé définitif (narcissique ?) par la force des habitudes
soit, on travaille en acceptant ses handicaps et en tentant de minimiser le stress… mais on risque de ne plus pouvoir progresser, de stagner, de voir son propre développement psychique ralenti, voire même étouffé par la fatigue et le stress professionnel… on est tenté de s’imposer une vie extrêmement rétrécie… on risque de s’installer dans un métier et une vie très étriqués


évidemment,
des mi temps thérapeutiques, des lieux de travail protégés permettraient de ne pas faire ce choix tellement difficile entre se soigner ou s’insérer
ces lieux existent mais sont en nombre insuffisants
ces lieux sont pourtant essentiels

malheureusement, l’offre de soins est encore peu adaptée aux personnes qui travaillent
beaucoup de patients sont obligés de diminuer leur prise en charge thérapeutique au moment où ils reprennent une activité professionnelle
le risque de rechute est important
le risque de stagnation de son propre développement l’est encore plus, et il est peu pris en compte par les médecins

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4 juin 2007 1 04 /06 /juin /2007 10:27

J’ai remarqué à quel point j’étais sensible aux conditions de ma vie
sur le plan psychologique
mais tout autant sur le plan physique

j’ai remarqué à quel point il était important pour moi d’avoir une bonne hygiène de vie, de bien manger régulièrement et de manière équilibrée, de faire du sport, de dormir beaucoup…
j’ai remarqué combien facilement je pouvais souffrir de troubles somatiques légers mais bien présents dès que je déréglais mon hygiène de vie

Comme si je souffrais d’une hypersensibilité physique interne qui me rendait particulièrement vulnérable sur le plan somatique, à l’identique de mon hypersensibilité psychique qui me rend fragile face aux stress et aux modifications de mon univers psychologique

Je suis donc obligée de vivre dans la discipline d’une vie régulière et hygiénique à tous points de vue
je suis condamnée à être une personne stricte et disciplinée,
et cela ne me dérange pas de l’être
ainsi qu’un sportif ou un militaire, face à un combat, un obstacle à franchir, une ascension à gravir, avec la particularité qu’il n’y a pas pour moi de vacances ou de permission.
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2 juin 2007 6 02 /06 /juin /2007 10:25

Il faut bien dire que la schizophrénie nous fait faire de drôles de choses
il faut bien dire qu’on devient une énigme aux yeux des autres et à ses propres yeux
il faut bien dire qu’on ne souffre pas toujours tant que cela des symptômes (au bout d’un certain temps) mais que les conséquences sont tristes, qui s’étalent sous nos yeux, du fait de la maladresse, de l’inaptitude, et de certaines négligences
il faut bien dire que le tableau n’est pas glorieux de notre vie bancale, et que les situations honteuses n’ont pas manqué…


Etre malade, quand il n’y a pas de douleur physique, quand les symptômes sont connus et stabilisés, ce n’est pas trop grave… pourvu que cela ne dure pas trop longtemps

Vivre en permanence avec une maladie invalidante, en accepter les conséquences, vivre en permanence dans cette image là, cette marginalité, cette impuissance, cette défaillance, dans cette idée d’une infirmité, d’un échec intrinsèque qui se prolonge, d’un échec par rapport au projet de vie qu’on aurait du faire, normalement, si tout avait été normal, ce projet de vie qu’on aurait pu faire si on avait eu des désirs, une volonté, et des possibilités habituelles, semblables à celles des autres…
vivre en permanence dans cette sorte d’infériorité que rien ne parvient à effacer, voilà qui est parfois un peu morose
et qui nous place dans une marginalité importante, en nous sortant de la compétition, dont on sait bien qu’elle est le moteur et la structure des sociétés modernes.
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