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18 mai 2007 5 18 /05 /mai /2007 11:41

Cela fait bien longtemps que je suis obligée de tout verbaliser
de tout dire et écrire
de tout faire passer par les mots
pour y croire

mes souvenirs sont le fait de phrases et non d’événements
je me souviens des paroles et non des personnes
ma mémoire est verbale
ma perception aussi

cette manière de tout dire et de décrire n’est pas sans conséquence
il m’arrive de croire en ce que je dis
de croire aux mots que je viens de dire
comme si je venais de les entendre et non de les dire
il m’arrive de me convaincre par mes propres pensées
et j’ai intérêt à faire attention à ce que je pense, à éviter les mauvaises pensées

c’est parfois étrange, cette nécessité d’extérioriser sa propre pensée pour ensuite la réingurgiter
comme s’il fallait poser sa pensée sur la feuille blanche, la lire, l’apprendre, pour enfin pouvoir la penser.
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15 mai 2007 2 15 /05 /mai /2007 11:39

Il faut bien donner raison aux autres
à la société
à ceux qui sont majoritaires
il faut bien admettre que leur sensibilité, que leurs manières, que leurs intentions sont celles qui sont les plus adaptées à la marche du monde
il faut bien admettre que c’est en les imitant qu’on pourra trouver une place utile, une place active dans la société qu’ils ont fondée
il faut avoir envie de devenir quelqu’un d’ordinaire dans un monde ordinaire

Il faut réussir à ne pas sombrer dans l’imitation, le mimétisme idiot, l’obéissance absolue
il faut réussir à rester entier
il ne faut pas se confondre aux autres, il ne faut pas se fondre dans leur groupe
il faut être avec eux en restant soi
il ne faut pas renoncer à soi, sacrifier sa personne, s’offrir en sacrifice au groupe

Il faut s’inventer une identité, cultiver un art, des talents, pratiquer un sport, acquérir des connaissances, acquérir une technique, s’offrir le luxe d’une certaine maitrise dans un certain domaine, n’importe lequel…
s’offrir le luxe d’une originalité, d’une personnalité forte qui ne finisse pas en marginalité…

il faut réussir cet équilibre précaire, celui de la soumission aux règles du groupe et de la préservation de son rêve intérieur…
réussir cet équilibre précaire entre une volonté vraie d’intégration et un très fort goût pour la solitude
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13 mai 2007 7 13 /05 /mai /2007 11:38

L’absence de tri naturel des informations me semble être un problème important de la schizophrénie
j’ai longtemps eu cette impression de vivre de longs moments de confusion, de subir l’amalgame ou la dispersion d’informations dont je ne savais que faire, que je ne savais utiliser

l’absence d’un système chargé d’étouffer les informations superflues pour mieux laisser émerger les informations essentielles
l’absence d’un système permettant de valoriser ce qui est important au détriment de ce qui ne l’est pas
l’absence d’une organisation de l’information pourrait créer cette confusion, cette profusion de perceptions et d’émotions, qui nous séduit et nous accable tout à la fois

il est pourtant essentiel de savoir faire la différence entre ce qui est important et ce qui ne l’est pas, entre le détail et l’événement

on cherche donc à inventer un mode de tri, un mode d’organisation bien à soi pour remplacer celui qui n’est plus, ce qui ne fonctionne plus
cela passe par
l’hyperrationnalisme, le calcul, le délire, la morale
la concentration
l'oubli, le refus
le rêve, la philosophie, la religion…
par toutes sortes d’artifices, méthodes et théories, qui nous permettent de donner du sens à notre environnement, afin de sortir de la confusion des sens, de l’insensibilité ou de l’hypersensibilité, afin de retrouver un environnement structuré.
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9 mai 2007 3 09 /05 /mai /2007 10:44

Jalousie ou véritable aversion ?
les autres, les personnnes “ordinaires”, parfois, nous font peur
leur manière d’exprimer leurs désirs et leurs craintes nous écoeurent
leurs conversations, leurs gestes nous fatiguent
leurs amitiés, leurs querelles, leurs jalousies nous semblent ridicules et obscènes
leurs soucis simples nous semblent bêtes et méchants
leurs émotions nous semblent grossières

les personnes qui vont bien nous semblent ordinaires et brutales

nous mélangeons la juste colère contre la société qui nous maltraite et nous exclut et une aversion plus intime contre les personnes que nous rencontrons

nous leur reprochons tout à la fois de participer à cette société qui nous humilie, d’en porter (et d’en colporter) les usages et les manières, les habitudes et les faiblesses
nous leur reprochons leur adaptation à une société prévue pour la survie du groupe et non celle de l’individu
nous leur reprochons leur manque d’imagination
nous leur reprochons leurs manières, issues des manières d’une société stricte et bourgeoise, exigeante et indifférente…

nous ne savons pas très bien ce que nous leur reprochons
nous leur reprochons la peur qu’elles nous inspirent, la peur et l’incompréhension…

Il faut parfois du temps pour que ces reproches cessent
pour qu’ils laissent place à une forme d’amitié un peu distante
il faut parfois du temps pour que naisse ou renaisse cette solidarité nécessaire entre eux et nous, qui formont au final une seule et même tribu.
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4 mai 2007 5 04 /05 /mai /2007 15:02

C’est une méthode et parfois une solution
on peut simplifier sa vie à l’extrême pour faire baisser l’échec
pour ne pas faire face à l’inefficacité de ses actions et de ses perceptions
pour se protéger par l’habitude et la répétition d’une vie simpliste et mécanisée
pour se protéger de l’inconnu et de l’incompris
pour rester soi même en toutes circonstances et ne jamais être débordé par un monde envahissant…

c’est une méthode mais ce n’est pas la meilleure solution
car les vies simplifiées sont des vies étriquées sur le plan relationnel et affectif, ce sont des vies quasi mortes, ce sont des vies qui penchent dangereusement vers la mort et la dépression

cela peut être une bonne solution transitoire pour prendre son autonomie, pour devenir maître du jeu…
puis il faut essayer d’introduire de la complexité
petit à petit
comme dans une recette de cuisine quand on introduit les ingrédients les uns après les autres, lentement…

je me souviens d’avoir commencé ma vie autonome dans l’ultra simplicité : je mangeais toujours la même chose, je faisais les mêmes trajets, j’allais acheter mes courses au même endroit, je n’avais pas de loisir ni d’ami, je n’avais aucune activité changeante et mon travail était très cadré, monotone et simple à réaliser
puis, j’ai commencé de faire des choses nouvelles
notamment, je m’étais promis de faire quelque chose d’important chaque année, de faire un progrès, de réaliser un projet… et chaque année, j’ai accompli une nouvelle chose importante, j’ai mis en place une nouvelle habitude ou développé une nouvelle activité… jusqu’à devenir capable de complexité, jusqu’à devenir maitre d’un panel d’habitudes et d’activités.

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1 mai 2007 2 01 /05 /mai /2007 14:58

Tout patient a connu des humiliations et des abandons
cela fait partie de la vie de la personne psychotique
certains ont connu des agressions et des crimes…

déposer plainte ?
pardonner ?
rien n’est facile

ruminer une vengeance ?
s’effondrer dans la honte et la dépression ?
tenter d’oublier ?

comment peut on comprendre sa propre vie, si on n’en comprend pas certains événements,
comment peut on être maitre de soi, de son esprit et de sa volonté si on n’a pas compris certains passages ?


Il faut avant tout comprendre la société dans laquelle on vit
connaitre le contexte culturel et politique dans lequel ces agressions et ces abandons se sont manifestés

la méchanceté ou la déviance individuelles n’expliquent pas tout
nombreuses sont les agressions où la responsabilité individuelle et collective sont mêlées

il faut apprendre et comprendre ce mécanisme
cette jalousie, cette indifférence, cette violence, cette consommation humaine, cette mécanique cannibale qui fait que des hommes en détruisent d’autres pour s’abreuver de leur substance
il faut apprendre et comprendre cette lutte, cette guerre, cette délinquance
il faut apprendre et comprendre cette domination que l’on a subie

il faut oser regarder en face le visage de son agresseur
il faut oser se souvenir de l’agression

puis,
il faut faire un choix,
celui de la plainte auprès de la justice ou celui du pardon, celui de la colère ou celui de la page tournée
il faut choisir soi même sans se laisser dicter son choix
il faut mesurer les avantages et les inconvénients des différentes possibilités et penser que l’avenir est plus important que le présent
il faut être certain d’en avoir vraiment fini avec cela
il ne faut pas avoir honte d’avoir souffert
ni s’en flatter
il faut avoir retrouvé tout ce qui a été pris, s’être réapproprié sa propre personne, sa propre identité.
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28 avril 2007 6 28 /04 /avril /2007 14:33

A quel moment peut on dire que cela a commencé ?
A quel moment peut on dire que c’est fini ?


A quel moment les pensées étranges, les pensées juvéniles, les pensées inspirées sont devenues délirantes, absurdes et préjudiciables à l’intelligence…
à quel moment les actions désordonnées, embarassées, les perceptions intenses, les sensations étranges sont devenues déficitaires, pathologiques, invalidantes…
à quel moment une personnalité fragile, structurée autour d’une perception et d’une volonté particulière, est devenue une personnalité malade…
à quel moment sommes nous devenus malades, à quel moment la fragilité, l’hypersensibilité, le caractère rêveur, la timidité sont elles devenues les symptômes d’une maladie, à quel moment, notre vie a-t-elle cessé de nous appartenir ?


A quel moment cela cesse ?
comment se fait il qu’on ait parfois l’illusion d’être encore schizophrène alors qu’on ne l’est plus ?
comment se fait il qu’on ait parfois l’illusion de ne plus l’être alors qu’on l’est encore ?


Est ce la maladie qui se greffe sur notre personnalité
ou notre personnalité qui s’adapte à elle ?
au point qu’on ne sache plus parfois faire la différence entre notre personne et notre maladie
au point que même en la connaissant on ne puisse pas savoir si on en est atteint ou pas ?


Et après,
quand on est stabilisé
durablement
quand on a retrouvé une juste conscience de sa propre personne, de sa propre limite, quand on est capable d’être soi même et de se projeter dans le monde…
qu’est ce qu’on est devenu ?
quelle est cette nouvelle maladie, cet état limite, cet état paradoxal…
quand les symptômes sont très intermittants, quand ils traversent, quand ils viennent tout d’un coup ouvrir une porte, la porte qui mène à la vie rêvée, la vie dangereuse, la vie des anges et des démons…
quelle est cette maladie qui n’en est plus une mais qui revient, qui surgit, qui s’impose soudainement, qui creuse un gouffre, qui bloque, qui stresse, qui impose tout à coup sa douleur, sa raideur, son impuissance, son désordre…
et qui s’en va
qui ne reste pas
qui ne reste plus…
mais qui reviendra…
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25 avril 2007 3 25 /04 /avril /2007 14:30
Trois prises de consciences successives, trois efforts de compréhension et d’acceptation, trois efforts de mémoire et d’intelligence nécessaires…

d’abord,
se rendre compte qu’on est malade
se rendre compte qu’on ne vit plus comme les autres, que sa propre vie est anormalement arrêtée, qu’on n’apprend plus rien, qu’on ne se développe plus, qu’on s’enferme dans une attitude répétitive et étriquée
se rendre compte que les autres n’y sont pour rien

ensuite,
se rendre compte de la nature de la maladie (la schize)
en comprendre la limite, les symptômes, en faire le tour, en découvrir le mécanisme subtil, en connaître les pièges, les rechutes, les délires, les angoisses…

et puis,
se rendre compte de la gravité plus ou moins importante de la maladie
décider de l’importance qu’on doit lui accorder
décider de la place qu’on doit lui donner dans sa propre vie
ce dernier point est probablement le plus difficile.
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22 avril 2007 7 22 /04 /avril /2007 14:10


Jour fatal où l’on apprend par hasard ou par raison son diagnostic
ainsi qu’un verdict
une ultime explication

ainsi qu’une raison d’une importance capitale et pourtant tout à fait ininteressante
car savoir qu’on est schizophrène explique tout à coup beaucoup de choses, donne de la cohérence à une histoire, crée un lien, une chronologie
et n’explique rien, bien évidemment, tant ce terme masque une vérité peu facile à apréhender

je me souviens que mes médecins n’ont jamais cherché à me dire ce dont je souffrais tant qu’ils me soignaient
moi même je ne voulais pas le savoir
je n’ai jamais parlé avec eux de maladie mais seulement de fatigue, de difficultés à gérer le quotidien, de problèmes pratiques en quelque sorte… et d’ailleurs je parlais très peu

je me souviens qu’ils me l’ont dit plus tard, alors que j’avais déjà cessé de bénéficier d’un soin régulier pour ne recevoir qu’une assistance plus relachée, destinée à prévenir les rechutes et amortir certaines difficultés de moindre importance
ils me l’ont dit car j’ai finalement manifesté ma curiosité
ils me l’ont dit car je m’étais promis de poser un jour la question, de m’interesser un jour à mon histoire, et j’ai fini par tenir ma promesse

cela faisait 17 ans que j’étais entrée en schizophrénie
et ce n’est pas un hasard si j’ai attendu aussi longtemps pour savoir

personne n’avait jamais songé à m’informer de la réalité de cette maladie m’imposant la vie réduite qui avait été si longtemps la mienne
le silence avait dominé la plupart de mes échanges avec les médecins…
le silence ou le mensonge ?
vieilles méthodes…
ce silence m’avait protégée de certaines peurs et de certaines questions difficiles que je n’aurais pas été capable de formuler

parfois je me suis demandée ce qui serait arrivé si j’avais su plus tôt…
bonne question

La connaissance du diagnostic
permet de savoir ce qu’on n’a pas : si on est schizo, cela veut dire qu’on n’est pas depressif, qu’on n’a pas fait de trauma cranien, qu’on n’est pas idiot…
permet de s’intéresser à sa maladie en apprivoisant le vocabulaire utilisé par les autres
permet de comprendre la nécessité de se soigner

dans le même temps, elle pousse à se voir comme une personne différente des autres,
elle donne du crédit à certaines impressions (souvent fortes) de ne pas être du même monde, de ne pas être de la même famille, de ne pas être de la même société…

elle peut faire peur selon les idées que l’on a ou que l’on n’a pas à ce sujet
selon ses propres idées reçues sur la maladie mentale
des idées reçues qui sont, au début, tant qu’on n’est pas capable de penser, tant qu’on en est réduit à des pensées primitives, un élément fondateur du comportement que l’on peut avoir face aux médecins et à leur discours

La connaissance du diagnostic pousse à la responsabilité
car elle oblige à se questionner et à sortir de certains délires ou de certains rêves
et à l’irresponsabilité
car elle pousse à s’inventer une identité de malade en souffrance, de handicapé et de victime, de personne sacrifiée… de personne solitaire et déliée des obligations communautaires

Il est bon de connaitre son diagnostic dès qu’on peut en parler, dès lors qu’on peut le critiquer, qu’on peut entrer en discussion…
pas avant

car ce diagnostic n’a de sens que s’il est le mot de départ d’un dialogue, d’une recherche, d’une quête personnelle, d’une redécouverte de soi, de son histoire, de ses propres forces, de ses faiblesses, et de son avenir.






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20 avril 2007 5 20 /04 /avril /2007 14:08

Quand j’essaye de comprendre ce qui a changé depuis que je ne suis plus schizophrène (au sens d’une schizophrénie globale qui annihile toute volonté), je pense que je suis passé d’une période où le monde me semblait irreel et lointain à une période où il me semble complexe.

Aujourd’hui, je perçois le monde, je me sens lui appartenir, mais j’ai encore parfois du mal à le comprendre.
J’en perçois les vibrations et la réalité matérielle, je connais les émotions, les forces affectives et les conflits qui s’y cachent… mais tout me semble un peu confus…

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