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3 mars 2007 6 03 /03 /mars /2007 10:35

Il faudra un jour qu’on sache
qu’on puisse mettre un mot sur cette décadanse qui nous secoue

Il faudra qu’on arrive un jour à nommer cette colère qui nous agite et nous dépasse comme si notre corps était trop étroit, notre volonté trop fragile pour la contenir… cette colère et cette maladresse… cette maladresse et cette exaltation… cette exaltation et ce refus du monde…

Il faudra un jour qu’on puisse en parler comme on parlerait de quelque chose de vrai, de quelque chose d’existant, de quelque chose de véridique
 
Il faudra qu’on trouve des mots, des logiques et des raisons

Il faudra sortir des gloses, des mensonges, de la poésie, des doutes et des suspicions

Il faudra pouvoir enfin écrire l’histoire de ce mal, d’un ton affirmatif et précis, d’un ton sérieux et méthodique, d’un ton patient et impartial, d’un ton mesuré et convaincu… un ton dépourvu de toute éloquence

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24 février 2007 6 24 /02 /février /2007 12:04

La fatigue,

c’est la compagne habituelle, celle qui ne nous quitte pas, celle qui ne nous oublie pas,
celle qui rend chaque chose difficile et chaque journée laborieuse,
celle qui fait le handicap,
celle qui remplace le boulet du condamné,
qui forme un corset,
qui crée une douleur,
qui entraine un sentiment de lassitude posé comme un voile gris et poussiéreux sur toutes les actions,
qui entraine une vieillesse prématurée et l’envie d’une libération

Car il faut se concentrer plus que tous les autres,
car il faut réfléchir plus que les autres,
car il faut rester attentif et vérifier chaque impression afin de parvenir à conduire sa vie d’une manière ordinaire…
car rien ne peut être naturel,
rien ne peut être spontané,
car il faut sans cesse se surveiller comme le lait sur le feu et que tout cela a un prix…
le prix de cet effort permanent, c’est cette fatigue aussi familière qu’un manteau sale qu’on n’enlèverait jamais

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21 février 2007 3 21 /02 /février /2007 20:33

Le rêve est un espace que rien ne vient corrompre, que rien ne vient contredire, c’est un espace pur et lent, très imagé, plein de symboles
c’est le lieu d’une histoire simple mais décisive, l’histoire qu’on se raconte et par laquelle on tente de donner un sens à ses désirs,
comme s’il fallait qu’on teste ses désirs et ses volontés en les rêvant, avant de les offrir à la communauté, ou à la réalité

C’est un espace neuf toujours disponible dans lequel on se rassure,
dans lequel on se retrouve,
dans lequel on retrouve les personnages et les événements récurrents qu’on a soi même patiemment élaborés et qui deviennent les éléments fondateurs d’une mémoire et d’une intimité, d’un imaginaire et d’une personnalité

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21 février 2007 3 21 /02 /février /2007 20:32

De ma jeunesse chrétienne, il ne me reste presque plus rien
je m’interdis d’aller aux messes
j’ai peur de ce vertige
pourtant je n’ai jamais vraiment déliré (au sens de l’adhésion à ses propres délires), mais j’ai suffisamment été portée par des rêves grandioses (dont je savais qu’ils n’étaient que des rêves) pour en avoir aujourd’hui assez peur

Je me méfie des pratiques qui mêlent les sentiments, l’intelligence, et les sens, notamment par le biais de la musique, et qui finissent par créer un vertige global comme une sorte de climat sensoriel et intellectuel total et trop cohérent, auquel on est alors soumis des pieds à la tête et qui crée l’oubli de tout le reste


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14 février 2007 3 14 /02 /février /2007 21:46

Je ne me souviens pas d’avoir souffert tant que cela
je me souviens d’une résistance particulière qui me permettait de supporter des conditions de vie particulièrement dures et humiliantes, des conditions de vie qu’aujourd’hui je n’accepterais pas
je me souviens en particulier d’une grande propension à résister à la dépression, je me souviens d’une grande facilité à trouver des récompenses et des refuges afin de pallier aux angoisses montantes, aux angoisses qui semaient parfois le doute dans mon esprit et semblaient vouloir me liquider
je me souviens d’une grande capacité au rêve, d’un goût pour l’art très prononcé qui me permettaient de cueillir la beauté dans une vie parfois un peu rude
je me souviens d’une forme d’insouciance, antagoniste de toute souffrance
je souviens d’avoir accompagné ma maladie dans sa phase la plus aigue d’une insensibilité à la douleur autant physique que morale
je me souviens d’une vie dans l’instant et non dans le temps, une vie vécue comme une succession d’instants tellement courts qu’ils ne permettaient pas l’installation de la moindre douleur, ni d’ailleurs de la moindre émotion

je me souviens que le réveil de la douleur est venu avec le réveil des sens, et que ma vie est devenue tout d’un coup beaucoup plus complexe et beaucoup plus dure, bien que j’allais beaucoup mieux

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11 février 2007 7 11 /02 /février /2007 09:47
On passe sa vie à faire des efforts
ainsi qu’un pénitent
on passe sa vie à progresser, marche après marche, comme s’il fallait gravir une montagne
on passe sa vie à essayer de comprendre, à écouter des médecins, à leur parler, à se conformer à leurs prescriptions, à accepter leurs méthodes parfois un peu brutales…
ou à les contester timidement, sachant qu’on leur doit quand même une certaine obéissance

on passe sa vie à faire des efforts, à respecter des règles, à obéir à une institution

il est certain qu’on parvient par une forte discipline à contenir la confusion de l’esprit et des sens
on arrive à donner de la structure à ce qui n’en a pas, par des exercices quotidiens, des médicaments, des paroles et l’application d’une routine imparable
on arrive à créer des habitudes qui remplacent l’instinct défaillant
on arrive à recréer autour de soi une vie acceptable
une vie qui reste fragile et menace de s’effondrer si l’effort se relache
alors on maintient l’effort

pourquoi tout cela ?
pourquoi tous ces efforts
quel est le but, l’espoir, l’objectif ?
parfois je ne sais plus

parfois, je pense qu’il n’y a pas d’objectif, et qu’on est simplement entré dans une logique, un souci de conformisme, un désir de guérison qui s’est imposé et qu’on n’a jamais osé contester
on veut aller mieux par principe, on fait des efforts par habitude, mais on ne sait plus pourquoi on veut aller mieux
on n’a pas le courage de revendiquer le droit d’être malade et de le rester
on n’a pas le courage d’abandonner ce rêve idiot : la guérison
on continue de chercher à s’améliorer comme si rien d’autre n’était plus important que cela : devenir enfin quelqu’un de solide, quelqu’un qui ne s’effondre pas, quelqu’un d’intègre… et cette recherche devient le moteur même de la vie

et alors on se rend compte qu’on vit dans une perpetuelle recherche de soi même, dans une perpetuelle lutte pour exister, dans un combat permanent pour porter sa propre vie
on se rend compte qu’on devient plus responsable de soi même que tous les autres, on devient presque son propre créateur et une sorte d’explorateur de sa propre substance intérieure

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11 février 2007 7 11 /02 /février /2007 09:46
Certains pensent qu’on ne veut rien entendre alors même qu’on ne peut rien comprendre
car “se sentir malade” signifierait qu’on soit capable de sentir ses propres défaillances, or on ne peut pas,
on ne peut plus se juger, s’inquiéter, s’interroger
on ne se connait plus et on ne se reconnait pas
on ne ressent pas l’échec sensoriel, l’échec relationnel, la défaillance des perceptions, on ne ressent pas l’erreur et le manque de son propre fonctionnement

on ne peut que voir sa propre vie qui se délite et on ne sait pas pourquoi,
on ne peut que voir cette déchéance, cette corruption, cette violence, cette déliquescence qui monte autour de soi…
on ne peut voir que les conséquences d’un mal dont on ne comprend pas l’origine
on ne peut qu’assister à un étrange spectacle, parfois ridicule, parfois monstrueux, toujours navrant, et tout à fait irreel
on ne peut pas croire qu’on soit vraiment en train de devenir malade ou handicapé, on ne sent ni douleur, ni malaise, ni manque
on voit la vie et le monde changer et on assiste à ce changement, triste et impuissant
on ne sait pas si on est la cause ou la victime, l’origine ou l’objet de cette situation

on ne se souvient pas du début, on ne peut imaginer l’avenir
on ne se souvient plus de ce qu’on était, on ne se souvient plus de ce que c’était, quand tout était facile
on perd la mémoire de cette expérience ancienne, on ne peut pas se comparer à ce qu’on était
on accepte la nouvelle donne, on accepte le dysfonctionnement, on s’adapte à ce qu’on est devenu, parce qu’on ne se souvient pas de l’ancienne vie, parce qu’on n’est plus capable de se mesurer, de se comparer

mais je ne pense pas qu’il faille connaitre son diagnostic pour se soigner
je ne crois pas qu’on ait besoin de cette étiquette pour prendre les choses au sérieux
je crois qu’on peut lutter contre la maladie sans savoir qu’on lutte contre une maladie
je crois que le plus important est de garder l’envie de vivre, l’envie de voyager, d’aller ailleurs, de sortir, de construire, de progresser, d’apprendre, de partager et d’aimer
je crois que le plus important est d’avoir confiance en sa chance et de réapprendre à vivre petit à petit comme si on naissait une deuxième fois

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8 février 2007 4 08 /02 /février /2007 19:10
On pourrait croire que la schizophrénie s’installe sur la partie la plus fragile de soi même
je l’ai longtemps cru
je pensais que c’était une sorte de pourriture de certaines failles internes nées de l’enfance
et puis j’ai pensé ensuite que c’était l’inverse
que la schizophrénie s’installait sur la partie la plus forte
sur le meilleur de soi

j’ai alors pensé que la schizophrénie s’installait sur la part de soi la plus altruiste et la plus généreuse, sur la part de soi même la plus riche
j’ai pensé que c’était une sorte de dérapage d’un mouvement de l’esprit et de l’âme tout à fait honorable
le dérapage d’un souci esthétique, littéraire, artistique, scientifique, le dérapage d’une curiosité, d’une intelligence, d’un souci humaniste

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1 février 2007 4 01 /02 /février /2007 17:50

Il fut une époque où je cherchais à connaître les grandes théories
celles qui régentent le monde
et le langage
j’étais à la recherche d’une vérité ultime
comme d’autres cherchent Dieu

je cherchais à comprendre les mécanismes étranges qui créaient des relations entre les phénomènes
qui créaient une dynamique
qui créaient un mouvement et une histoire

chaque chose semblait liée à une théorie et toutes les théories s’enchainaient les unes aux autres pour dessiner des vérités d’envergure philosophique
chaque chose semblait pouvoir être un signe

je percevais certains phénomènes comme annonciateurs d’un événement important
je n’écartais pas l’hypothèse que cet événement pourrait avoir l’envergure majeure d’une déchirure historique (notamment à l’époque de la guerre du Golfe) même si je ne favorisais pas cette hypothèse
cet état d’esprit était nourri par l’écoute répétée des informations à la radio presque toutes les heures
le plus souvent, je pensais que l’événement en question me concernerait et aurait l’apparence d’une hospitalisation ou d’une quelconque mesure sociale
ou  bien c’était ma mort qui m’obsèdait
certains diront que je délirais
moi je pense que j’exagèrais

je pensais à l’époque que mon état d’impuissance et d’immobilité avait un sens en tant que processus d’attente d’un événement futur

aujourd’hui encore j’ai souvent une conscience très aigue de la futilité de ma vie par rapport à l’immensité de l’espace, par rapport à l’histoire du monde
mes origines étrangères m’ont certainement portée à prendre conscience de la complexité du monde (au moins de sa complexité politique et culturelle)
aujourd’hui encore je pense parfois qu’il vaut mieux attendre, observer, plutôt qu’agir

aujourd’hui encore, j’ai du mal à dicerner quelles sont les choses insignifiantes et quelles sont celles qui ont un sens

quand je vais moins bien, alors, mon esprit cesse d’accepter l’idée que certaines choses sont liées au hasard, sont sans importance, sont innocentes
tout me semble pouvoir être important
il n’y a plus de hiérarchie entre les détails et les événements d’importance

et il est certain que j’ai du mal à accepter l’idée que je dois vivre dans un environnement chargé d’événements et de détails mais que je ne dois pas chercher à les comprendre
j’ai du mal à accepter la réalité comme une donnée brute, comme une existence qui ne se discute pas
peut-être s’agit il de ma part d’une contestation permanente, d’une forme de rebellion, d’une forme de refus, d’une sorte d’insolence
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30 janvier 2007 2 30 /01 /janvier /2007 17:38

Les rues paraissent trop longues, les perspectives de fuite semblent pouvoir m’entrainer dans leur chute, le sol ne paraît pas plat, il y a un vertige permanent, des obliques qui remplacent les droites, une incertitude spatiale… je crois que je vais tomber
mais je ne tombe jamais

Les personnes qui marchent sur les trottoirs semblent devoir me cogner, je ne les vois pas arriver, elles semblent nombreuses et agitées, elles ne me semblent pas hostile, je sais qu’elles passeront à côté, je les laisser faire, j’essayer de leur faire confiance, je les regarde à peine

Les couleurs et les lumières sont trop fortes, les couleurs m’attirent et me cachent les formes des objets, comme si le paysage était formé de taches de couleurs, les lumières ne cessent de changer, tout est trop rapide, comme si les choses et les gens allaient plus vite que ma capacité à les suivre
les lumières me fascinent comme les flammes dans la cheminée
parfois, je ferme les yeux

Je préfère d’ailleurs vivre la nuit quand les lumières et les couleurs tombent, quand il y a moins de bruit et de mouvement
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